Nouveau plan pour la bio: d’où vient l’argent ?

Le 06 avril 2018 par Stéphanie Senet
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Objectif: 15% de la surface agricole utile en bio en 2022
Objectif: 15% de la surface agricole utile en bio en 2022

Le ministre de l’agriculture Stéphane Travert a officiellement lancé, le 5 avril, le nouveau programme de développement de l’agriculture biologique. Ambition Bio vise 15% de la surface agricole utile (SAU) en 2022, avec une enveloppe de 1,1 milliard d’euros. Reste à savoir si cet argent est réellement disponible.

 

C’est mi-avril que débutera officiellement la concertation autour du programme Ambition Bio 2022, lors de la première réunion du comité de pilotage. Selon le communiqué diffusé le 5 avril par le ministre de l’agriculture, elle devrait se conclure à l’occasion du printemps de la bio, organisé du 1er au 15 juin dans l’Hexagone. But du jeu: se donner les moyens d’atteindre 15% de la SAU en 2022 (contre 6,5% fin 2017[1]), et 20% de produits biologiques dans les cantines publiques en 2022[2]. Soient les deux objectifs annoncés par le Premier ministre à l’issue des états généraux de l’alimentation.

Pour mémoire, le dernier plan Ambition Bio remonte à mai 2013. Stéphane Le Foll, alors ministre de l’agriculture, voulait alors doubler la SAU dédiée à la bio de 4 à 8% d’ici fin 2017. Et atteindre 20% de produits bio dans les cantines… de l’Etat!

 

Priorité aux conversions

Pour accélérer le déploiement de l’agriculture sans chimie, le ministre de l’agriculture annonce une enveloppe de 1,1 milliard d’euros de financements publics, exclusivement consacrée à la conversion, pour la période 2018-2022. Cette manne représente, selon le communiqué ministériel, «une augmentation de 62% par rapport aux 700 M€ accordés entre 2013 et 2017».

«Si on veut atteindre ces deux objectifs, il faut mettre le paquet sur l’accélération de la conversion, parce que c’est décisif dans la structuration de l’offre aujourd’hui», a indiqué le cabinet de Stéphane Travert à l’AFP. Le gouvernement craint que l’explosion de la demande, confirmée chaque année par l’Agence Bio, n’accroisse les importations de produits bio, à moindre coût, fragilisant ainsi les producteurs français. Aujourd’hui, environ 30% des produits bio sont importés.

 

Des fonds majoritairement européens

En réalité, le gouvernement ne va guère mettre la main à la poche. Sur l’enveloppe de 1,1 Md€, 630 M€ proviendront de l’Union européenne (Feader[3]), 200 M€ de crédits d’Etat, et 8 M€ de l’Agence Bio (contre 4 M€ aujourd’hui). Le solde (262 M€) sera prélevé dans les caisses de différentes institutions dont les agences de l’eau, pourtant de plus en plus ponctionnées.

La Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) s’est bien sûr réjouie de cette annonce, alors «qu’il ne reste que 65 M€ de fonds publics, tous financeurs confondus, pour financer la bio jusqu’en 2020», a déclaré Stéphanie Pageot, sa présidente. La Fnab avait d’ailleurs tiré le signal d’alarme à plusieurs reprises pour rappeler au gouvernement que les caisses étaient vides. Les aides au maintien[4] versées par l’Etat avaient d’ailleurs été supprimées en septembre dernier.

 

Transfert opaque

L’éleveuse laitière reste toutefois sceptique quant au versement de 630 M€ au titre du Feader, «alors qu’il ne reste aujourd’hui que 40 M€ disponibles pour l’agriculture biologique sur ce budget européen jusqu’en 2020». «Ce montant correspond au montant du transfert effectué en juillet entre le pilier 1 et le pilier 2 de la politique agricole commune. Nous voulons donc savoir si c’est bien cet argent qui sera attribué en totalité à la bio ou si l’Etat pense effectuer un second transfert pour financer ce soutien», s’interroge l’agricultrice. L’agricultrice rappelle enfin que 2,5 Md€ de fonds publics sont encore versés, chaque année, à l’agriculture dite conventionnelle. Au prix d’un coût sanitaire, économique et environnemental élevé pour la collectivité.



[1] Selon le bilan dressé en février par l’Agence Bio

[2] Sur un total de 50% de produits bio, locaux et de qualité

[3] Fonds européen agricole pour le développement rural

[4] Versées au-delà des trois années de conversion

 



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