«Nous voulons clore une triste page de la Polynésie»

Le 17 janvier 2012 par Geneviève De Lacour
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Le 2 juillet 1966, la France procède à son 1er essai nucléaire en Polynésie.
Le 2 juillet 1966, la France procède à son 1er essai nucléaire en Polynésie.

30 ans d’essais nucléaires en Polynésie française ont laissé des traces. Depuis 1966, date du premier tir, 193 essais ont été réalisés sur les atolls de Moruroa et Fangataufa, dont 41 dans l’atmosphère. Adoptée en commission du Sénat, la proposition de loi du sénateur polynésien Richard Tuheiava sera soumise au vote en séance publique le 18 janvier. Elle vise à mettre en place un suivi des conséquences environnementales des essais sur ces atolls, mesure qui avait été oubliée par la loi Morin de 2010 relative à l’indemnisation des victimes des essais.

«Le texte doit réparer une omission législative, la loi Morin de 2010 qui n'aborde que l'aspect sanitaire des essais nucléaires», a souligné Richard Tuheiava, lors d'une conférence de presse qui s'est ouverte aujourd’hui 17 janvier par la prière de John Doom, un opposant historique aux essais en Polynésie. Ce geste, traditionnel dans l'archipel, est totalement inédit au Sénat.

«Régler la question sanitaire sans régler la question environnementale est déjà étrange dans la mentalité occidentale, mais pour les autochtones, dissocier à ce point l'individu de son environnement naturel, ça ne passera jamais», a insisté le sénateur apparenté PS.

Mais l’adoption de cette proposition de loi déposée en novembre 2010 reste incertaine. Le texte, soutenu par la majorité PS, EELV, radicaux de gauche et communistes, a droit à deux heures de débats dans le cadre d'une niche socialiste. Et déjà l'opposition de droite se déchaine puisqu’elle a déposé 7 amendements de suppression des 7 articles. Pour le sénateur socialiste Roland Courteau, rapporteur du texte, il s’agit d’«une obstruction inacceptable» pour empêcher d'arriver au vote.
 
Selon lui, le gouvernement s’opposerait à cette proposition pour des raisons de sécurité des matières radioactives et pour éviter la diffusion d'informations confidentielles sur la composition de la bombe atomique «made in France».
 
Du côté de la Polynésie, les débats seront suivis à la loupe et notamment par son président indépendantiste Oscar Temaru qui a appelé la population à descendre dans la rue si la France refusait la rétrocession des deux atolls de Moruroa (Mururoa) et Fangataufa au domaine public de la Polynésie française.
L’article 1er de la proposition de loi du jeune sénateur de 37 ans propose en effet d’accélérer le processus de rétrocession des atolls à la collectivité territoriale puisque, selon lui, la Polynésie française possède un statut d’autonomie renforcée et des compétences sur le plan environnemental et culturel (voir JDLE).
 
Que contiennent en substance les 7 articles de cette proposition de loi? En premier lieu, ils visent à assurer la sécurité des populations voisines potentiellement en danger. Un danger avéré en ce qui concerne la radioactivité des dépôts de plutonium au fond du récif. Et un danger prévisible, en ce qui concerne l'affaissement du platier de Moruroa. Outre le fait de libérer d’importantes quantités de radionucléides dans le milieu marin, cet effondrement pourrait générer une vague de 2 mètres de haut, un tsunami qui pourrait affecter 2 ou 3 atolls voisins et notamment le plus proche, celui de Tureia.
 
Alors que les flancs extérieurs de Moruroa risquent de s’effondrer là où il y a eu le plus d’essais souterrains, Richard Tuheiava a insisté sur la nécessité de raccorder les acteurs locaux au système d'alerte déjà en place et donc de renforcer la coopération entre l’Etat, la Polynésie française et surtout les communes concernées. Des effondrements se sont en effet déjà produits dans la zone Sud-ouest de l’atoll en 1977, 1978 et 1979.
 
L’Etat aura la charge d’assurer la radioprotection des personnes, la réhabilitation et la surveillance radiologique et géomécanique des deux atolls, tout cela en coopération avec la Polynésie et les communes. Le texte prévoit également la mise en place, auprès du Premier ministre, d’une commission nationale de suivi des conséquences environnementales des essais nucléaires.
 
Sur les 5.048 victimes d'essais nucléaires répertoriées en Polynésie, 637 ont pu faire l'objet d'un dossier correspondant aux critères de la loi Morin et 2 personnes ont été indemnisées à ce jour par l'Etat. D’ailleurs la caisse de prévoyance sociale (CPS) a porté plainte contre l’Etat pour obtenir le remboursement des frais engagés qui s’élèvent à 226 millions d’euros (voir JDLE). La CPS estime avoir pris en charge à 100% les dépenses de santé des malades, qui souffrent ou ont souffert de l'une des 18 pathologies recensées par la loi Morin, potentiellement liées aux expérimentations nucléaires effectuées en Polynésie française entre 1966 et 1996.
 
Ronan Dantec, sénateur EELV présent à la conférence de presse, a souligné la part symbolique très forte que représente pour les Polynésiens la restitution des atolls, qui permettrait en outre une confrontation d'expertises. Ce sénateur a aussi mis l'accent sur le travail en commun avec le PS sur ce texte, sorte de résilience politique. Une allusion à l'affaire du Rainbow Warrior, le navire de Greenpeace en route pour Mururoa que le gouvernement socialiste avait fait couler en 1985 à Auckland.
 
«La Polynésie française a permis à la France, grâce à ces essais nucléaires, de devenir une grande nation. La demande du sénateur n’est donc que justice pour le peuple polynésien qui subit dans ses chairs les conséquences des essais passés», a déclaré solennellement un représentant de l’église protestante Maohi de Polynésie.
 


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