«Nous sommes tous exposés à un cocktail de perturbateurs endocriniens»

Le 15 avril 2010 par Sabine Casalonga
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Rémy Slama, chargé de recherche à l’Inserm et président du comité scientifique du Programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE) fait le point sur ces molécules aux effets potentiels préoccupants. Un colloque de restitution des travaux du PNRPE a eu lieu lundi 12 avril à Rennes.

Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ?

Ce terme désigne toute substance exogène [extérieure à l’organisme] qui peut altérer le système endocrinien [l’ensemble des glandes secrétant des hormones et leurs tissus cibles] et induire un effet sanitaire dans l’organisme d’une personne ou dans celui de sa descendance, en affectant la synthèse, le transport, le métabolisme ou l’activité des hormones.

Plusieurs centaines de perturbateurs endocriniens (PE) ont été identifiés à ce jour: certains pesticides, métaux lourds (plomb, cadmium), polluants organiques persistants (POP) comme les PCB et les dioxines, médicaments et contraceptifs, phtalates et bisphénol-A (BPA) utilisés dans la fabrication de plastique, ou encore les phytoestrogènes naturels. La liste s’allonge  chaque jour, au fil des résultats des études in vitro (sur les cellules) et in vivo (chez l’animal).

Comment et à quelle quantité la population est-elle exposée?

Bien que l’on manque de données précises, il apparaît que nous sommes tous exposés à un mélange (ou «cocktail») de perturbateurs endocriniens à faibles doses, via l’eau, l’air, le sol, l’alimentation et les produits courants (cosmétiques, parfums…). Dans certains pays, 90% de la population serait ainsi exposée au BPA.

Que sait-on de leurs effets chez l’homme?

Il est très difficile de déterminer l’impact chez l’homme. Une substance peut en effet avoir un impact différent d’une espèce à l’autre. Ces incertitudes expliquent les débats entre ceux qui estiment que les preuves sont suffisantes pour agir et ceux qui pensent qu’il n’est pas nécessaire de s’inquiéter en l’absence de preuves formelles chez l'homme.                      

Néanmoins, de très nombreux effets sanitaires sont suspectés: troubles de la fertilité, malformations congénitales, troubles du métabolisme comme le diabète ou l’obésité, altérations des systèmes immunitaires et nerveux et certains cancers, comme celui du sein. En revanche, on dispose de peu de pistes pour expliquer l’augmentation de l’incidence du cancer du testicule au cours du XXème siècle en Occident.

Que pensez-vous de la récente étude ayant montré un lien entre la présence de perturbateurs endocriniens chez des jeunes filles et leur puberté précoce (1)?

Cette étude est intéressante car elle démontre une exposition large et fréquente aux PE chez ces jeunes filles. Mais la démonstration du lien avec le développement de la puberté me semble moins convaincante que celle d’autres études ayant déjà suggéré cette hypothèse.

Quels sont les principaux résultats des projets du PNRPE?

Les travaux conduits de 2006 à 2009 ont permis de remettre en cause plusieurs dogmes, comme celui de la relation d’effet-dose «monotone». L’équipe de Jacques Auger de l’hôpital Cochin a ainsi montré sur des modèles animaux que paradoxalement, un impact sanitaire plus fort se produisait avec une dose plus faible de certains PE. Par ailleurs, il a été confirmé que l’impact d’un mélange n’était pas déductible du cumul des effets de chaque substance individuelle. Le test de criblage mis au point par l’équipe de Barbara Demeneix, du Muséum national d’histoire naturelle, devrait enfin intéresser les industriels en vue de leurs nouvelles obligations dans le cadre de Reach.

Quid des prochains thèmes de recherche et du budget associé?

Le troisième appel à projets du PNRPE sera lancé cet été. Il s’agira de mieux comprendre les effets des cocktails de substances à faibles doses, de renforcer les données sur les expositions humaines et animales et d’identifier les populations les plus sensibles. Nous espérons que les efforts financiers des années précédentes du ministère chargé de l’environnement (Meeddm) et de l'Ademe [3 millions d’euros pour 22 projets de recherche sur la période 2005-2012], seront maintenus.

Quelle réglementation est d'ores et déjà envisageable?

Certaines substances ont déjà été proscrites, à l’instar du DDT interdit par la Convention de Stockholm. D’autres l’ont été partiellement comme certains phtalates dans les jeux d’enfants en Europe. Une loi a récemment été proposée par le Sénat pour les biberons contenant du BPA, sur le modèle de l’interdiction des biberons au BPA au Canada. Néanmoins, pour les autres PE potentiels, c’est aux politiques et à la société de définir une gestion des risques adaptée, et sans attendre la confirmation de potentiels effets chez l’homme, qui dans certains cas prendra plusieurs années. Le principe de précaution fournit un cadre pour prendre ces décisions dans un contexte d’incertitude scientifique.

(1) “Investigation of Relationships between Urinary Biomarkers of Phytoestrogens, Phthalates, and Phenols and Pubertal Stages in Girls” Wolff M. et al. , Environmental Health Perspectives (publié en ligne 22 mars 2010)

Site du PNRPE

Dans le JDLE Fertilité humaine: les perturbateurs endocriniens sur la sellette

Dans le JDLE «Pesticides: l’EPA traque les perturbateurs endocriniens»

Dans le JDLE «Le Conseil s'attaque aux cocktails chimiques»

Dans le JDLE «Bisphénol A: l’Afssa va rouvrir son expertise»

 



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