«Nous sommes obligés de trouver des solutions dans le monde tel qu’il est»

Le 28 septembre 2016 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Ronan Dantec, président du 2ème Climate Chance.
Ronan Dantec, président du 2ème Climate Chance.
DR

Après trois jours de débats plus ou moins féconds, la deuxième édition de Climate Chance s’achève. Ronan Dantec, son président, a accordé un entretien au Journal de l’environnement.

JDLE - Climate Chance… Ces termes sonnent comme un oxymore.

Ronan Dantec – Oui et non. D’abord, c’est un nom que tout le monde retient. Mais c’est aussi une façon de dire que, pour avoir une chance d’amener l’ensemble de la population vers une action climatique résolue, il faut mettre en avant les co-bénéfices. Et le premier de ces co-bénéfices, c’est la création d’emplois dans les territoires. Viennent ensuite la qualité de vie améliorée -comme pour l’air, en Europe tout comme en Chine, ou le bruit s’il y a moins de voitures en ville-, ou encore une agriculture extensive moins émettrice et plus solide sur les territoires. En outre, tout en étant dans un monde de tensions géostratégiques, on voit bien que Chinois et Américains finissent par passer des accords de coopération, parce que leurs sociétés sont très menacées par le changement climatique. Cette mobilisation, c’est donc une réponse à la possible montée de l’affrontement à travers le monde.

Climate chance fait des émules. Outre les sommets annuels (à Marrakech en 2017 et en Amérique du Nord en 2018) pour faire le point sur les avancées des derniers mois et bâtir le nouveau message à adresser à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), il y aura un Climate Chance Day à Melbourne en juillet 2017, lors du sommet Ecocity de la ville durable. De nombreuses régions songeraient même à organiser des Climate Chance locaux.

JDLE – Vous évoquez un monde de tensions… La présence d’entreprises comme Bouygues, Veolia, GRDF, Engie, Air France et d’autres, ont décidé des acteurs qui auraient eu leur place ici –Attac par exemple- à ne pas participer à Climate Chance. Pourquoi accueillir des entreprises qui participent pleinement à ce changement climatique contre lequel il s’agit de lutter?

Ronan Dantec – C’est une vraie question. Mais j’assume à 1.000% la radicalité de l’opposition. Et ce n’est pas qu’un slogan: c’est une méthode. Le monde du changement climatique oblige à des compromis, à des discussions avec des gens qui sont en désaccord. On ne mènera pas la transition énergétique contre ce monde-là. Je ne vois pas les Américains abandonner le capitalisme demain. Nous sommes obligés de trouver des solutions dans le monde tel qu’il est. C’est un exercice extrêmement déstabilisant.

 

JDLE - Mais à part financer le sommet, qu’est-ce que ça coûte à ces entreprises, culturellement, d’être présentes?

Ronan Dantec – Je souligne que toutes les entreprises ne sont pas ici: les pétroliers ne sont pas là [à la différence d’Engie]. Les entreprises présentes ont un vrai discours sur la nécessité d’agir sur le changement climatique, elles sont prêtes à bouger. Probablement parce qu’elles savent que si le monde va à l’extrême tension, -conséquence du changement climatique-, leur business model ne survivra pas. Elles sont prêtes à discuter, notamment avec les collectivités territoriales (comme elles le font déjà dans tous les sommets où celles-ci sont présentes), mais aussi avec les ONG et les acteurs de la société civile. Personne ici n’a abdiqué ses convictions en rentrant. Par contre, il y a des groupes qui considèrent que discuter, c’est déjà se mettre en danger soi-même. Le label Climate Chance, cela veut dire: je refuse l’entre-soi, j’invite tout le monde. Des altermondialistes comme des grands groupes. Ceux qui ne veulent pas franchir le seuil de Climate Chance, je crois qu’ils mettent plutôt en scène leur propre fragilité.

 

JDLE – On parle, on échange, on compare. Mais à la fin, il n’y a aucun objectif. Sur quoi débouche concrètement Climate Chance?

Ronan Dantec – Il y a eu 3.000 participants en trois jours, sur 75 ateliers, avec près de 300 présentations au cours desquelles les gens ont raconté ce qu’ils font chez eux. C’est là la base de l’action, ce n’est pas de la parlote: l’essentiel des émissions de CO2, c’est l’organisation des territoires et la vie quotidienne des gens. Les acteurs non étatiques, ce sont précisément ceux qui émettent le CO2 et qui ont la capacité de le réduire. Si nous, on ne fait pas ce boulot, aucun Etat ne tiendra sa contribution volontaire (déjà insuffisante). C’est très concret ici: il s’agir d’aider les Etats à réévaluer leurs contributions, qui aujourd’hui nous mènent à 3°C, voire 3,5° par rapport à la période préindustrielle. Puis de les recroiser avec nos potentiels d’action. De sorte que les Etats puissent, à partir de nos propositions, réévaluer en 2018 leur contribution nationale. Si on ne démontre pas qu’en mettant toute l’action en cohérence, on stabilise le climat sous les 2°C, les gens vont produire du barbelé. Car la première adaptation, ce sera que l’autre ne débarque pas chez soi…

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus