Nous mangeons et buvons des microplastiques

Le 06 juin 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Micro fibres de plastiques.
Micro fibres de plastiques.
Monique Raap, University of Victoria

Des scientifiques canadiens ont évalué la quantité de particules de plastiques que nous absorbons via notre alimentation. Des chiffres probablement très sous-estimés.

 

Partout. Ils sont absolument partout. Dans les rivières, les océans et leurs écosystèmes, dans l’air, en Antarctique. Les microplastiques sont une plaie environnementale majeure. Reste à savoir si ces particules présentent aussi un risque sanitaire. Car, nous en absorbons des quantités astronomiques, à en croire une étude canadienne publiée le 5 juin par Environmental Science and Technology.

L’équipe menée par Kieran Cox (université de Victoria, Colombie britannique) a évalué le nombre de particules de plastiques que nous ingérons via notre alimentation. Pour ce faire, les chercheurs se sont basés sur 26 études ayant quantifié la contamination d’aliments[1] et de boisson courants[2].

chiffres à réévaluer

Les résultats sont sidérants. Selon sa morphologie, son menu, son âge et son sexe, chaque personne est susceptible d’absorber entre 39.000 et 52.000 particules de plastiques par an. Ces chiffres peuvent être revus à la hausse. En effet, seule la contamination de quelques denrées est connue. L’étude de Cox ne porte ainsi que sur 15% des apports caloriques quotidiens. Or, il y a tout lieu de penser que les produits laitiers, le pain et certains légumes, par exemple, contiennent aussi du plastique.

Certaines habitudes peuvent aussi alourdir le bilan plastique. Un amateur d’eau en bouteille peut ingérer 90.000 microparticules par an: 20 fois plus qu’en buvant de l’eau du robinet. Et n’oublions pas les poussières de plastiques présentes dans l’air ambiant. En respirant simplement, nous inspirons plusieurs dizaines de milliers de particules de plastique chaque année.

risques inconnus

Est-ce grave, docteur ? Pour le moment, on n’en sait rien, comme l’a rappelé il y a quelques jours un rapport du groupe des conseillers scientifiques de la Commission européenne. Nul ne sait vraiment, rappelions-nous dans le JDLE, ce que deviennent les microplastiques lorsqu’ils sont dans l’estomac: certaines études ont suggéré qu’au-dessous de 150 microns (0,15 millimètre), certaines (environ 0,3%) pourraient franchir la barrière intestinale et se retrouver dans l’organisme, voire pénétrer dans les organes. Il n’existe en revanche aucune donnée quant à leur métabolisme ou à leur excrétion.

On en sait encore moins sur les nanoplastiques, d’une taille comprise entre 1 et 100 nanomètres (millionièmes de millimètre). Certaines études ont montré qu’ils pouvaient pénétrer dans les cellules, mais les conséquences sanitaires en sont inconnues.

Toujours plus

La situation va-t-elle s’améliorer? Rien n’est moins sûr. Certes, les pays de l’Union européenne interdiront dès 2021, quelques produits en plastique à usage unique. Et sous la houlette de l’ONU, de nombreux pays aimeraient faire de même. Les producteurs ne sont pas sur cette longueur d’onde. Avec 359 millions de tonnes de plastiques mises sur le marché, l’an dernier, les plastiques sont l’une des matières les plus présentes dans notre environnement.

Cette tendance n’est pas prête de s’inverser. Pour compenser la baisse annoncée de revenus dans le pétrole, la plupart des grandes compagnies, d’Aramco, à Shell, en passant par Total ou ExxonMobil, investissent dans la production de … plastiques. Selon Citigroup, les seuls pétroliers chinois vont investir 100 milliards de dollars, ces 5 prochaines années, dans des projets pétrochimiques. Nous n’avons pas fini d’en absorber.



[1] Miel, sucre, sel, crustacés, poissons.

[2]

 



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