«Nous attendons que la décision de déqualification soit annulée»

Le 25 janvier 2012 par Geneviève De Lacour
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Emmanuelle Amar, directrice du registre des malformations congénitales en Rhône-Alpes
Emmanuelle Amar, directrice du registre des malformations congénitales en Rhône-Alpes

La survie du registre Remera est remise en cause. Pourtant reconnu pour la qualité de son travail, le registre de la région Rhône-Alpes qui collecte des informations sur le lien entre expositions environnementales et malformations congénitales, a été déqualifié en novembre dernier. Emmanuelle Amar, la directrice, s’interroge sur les raisons profondes de cette décision du Conseil national des registres (CNR) sachant que d’autres registres moins performants ont vu leur qualification reconduite. Interview.

A quoi sert le registre Remera ?

Il s’agit du plus important et plus ancien registre français qui recense les malformations congénitales, des maladies qui ne sont pas soumises à déclaration obligatoire. L’outil est donc important pour identifier les propriétés tératogéniques [responsables de malformations fœtales, ndlr] des substances ou des pollutions auxquelles les femmes enceintes sont exposées dans leur environnement. Tous les cas de malformations anténatales de la région nous sont rapportés, tous les fœtus dépistés nous sont signalés. De plus, une enquêtrice du registre collecte les données dans les maternités, dans les services de cytogénétique, de fœtopathologie, de néonatologie, de pédiatrie. Ainsi, en collaboration avec Sylvaine Cordier (Inserm), à partir des données du registre, nous avons pu mettre en évidence une augmentation importante des malformations urinaires chez les nouveau-nés de mères habitant près d’incinérateurs d’ordures ménagères, ce qui a abouti à la publication de deux études. Nous avons aussi travaillé sur le cas du distilbène (DES) puisque 29 cas de bébés de troisième génération ont été recensés dans la région. Les effets transgénérationnels de ce médicament anti fausse-couche ont été démontrés par les professeurs Sultan et Slama que nous avons rencontrés.
 
Quels sont les motifs de sa soudaine déqualification?
Nous avons été audités le 5 septembre dernier à la demande du CNR, et nous pensions avoir passé le test. Mais la déqualification du registre a été décidée le 17 novembre par le comité avant d’être annoncée le 15 décembre. Quatre motifs de déqualification ont été invoqués dans le courrier du CNR. Le fait que nous ne réalisions des collectes que dans 2 des 4 départements de la région, sans préciser lesquels d’ailleurs... Or c’est totalement faux! Autre critique avancée, l’exhaustivité des données serait à améliorer. Pourtant nous avons obtenu de très bons résultats. Le CNR, qui est présidé alternativement par l’Inserm et l’Institut de veille sanitaire (InVS), qui sont aussi nos co-financeurs, évoque également un manque de transmission des données personnelles par l’assurance maladie. Or en France il faut l’accord des parents pour transmettre ce genre d’informations. Enfin dernier point, on nous reproche un manque de valorisation de nos informations. Pourtant nos données ont fait l’objet de 11 publications internationales dans des revues à comité de lecture.
 
Quel était le mode de financement du registre jusqu’à présent?
Le registre Remera, le premier en France, a été créé en 1973, bien avant l’apparition de l’InVS qui n’a jamais voulu l’intégrer dans sa structure, malgré notre demande. Jusqu’à présent, Remera est donc resté une association co-financée depuis 2007 par l’InVS (85.000 euros), l’Inserm (34.000 €), l’Afssaps (30.000 €) et le conseil régional Rhône-Alpes (70.000 €). Et depuis 5 ans, nous nous battons chaque année pour boucler le budget. L’argent arrive parfois des mois après l’échéance. Il avait d’ailleurs été décidé récemment que la subvention devienne pluriannuelle, mais subordonnée à la qualification.
 
Tout devrait s’arranger puisque l’InVS a annoncé vouloir continuer à financer le Remera (voir JDLE)?
Effectivement, l’InVS s’engage à continuer à financer notre travail, mais nous venons aussi de recevoir les conditions et obligations nécessaires à l'obtention de sa subvention. Et les nouvelles exigences ne sont absolument pas réalistes. L’institut nous demande par exemple d’être porteur de projets, or le pilotage d’études coûte très cher et nous n’avons ni les moyens financiers, ni humains pour développer ce genre d’activité. La situation n'est pas encore réglée et nous le regrettons.
 
Que va-t-il se passer maintenant?
Déqualifié, le registre devait s’arrêter au 1er janvier 2012. Mais les Hospices civils de Lyon ont décidé de continuer à nous payer, et cela sans garantie de tutelle des organismes financeurs. La région nous soutient et fait tout son possible pour que le registre puisse survivre. D’ailleurs, Jean-Jack Queyranne, le président du conseil régional, a écrit au Premier ministre à ce sujet. Enfin, nous avons reçu le soutien des patrons de CHU qui connaissent notre travail et qui sont indignés par cette situation. De notre côté, nous avons déposé un recours qui devra être étudié par le CNR. Nous n’avons pas le choix : nous comptons sur l’étude de notre dossier pour que la décision de déqualification soit annulée. Nous espérons aussi que la transparence soit dorénavant la règle tant pour l’évaluation  que pour le financement de tous les registres. Je sais que nous pourrons nous appuyer sur des résultats sérieux, ce qui me rend, quand même, optimiste pour la suite…
 
 


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus