Nourrir la planète en produisant moins de CO2

Le 13 avril 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Il faut favoriser la coopération entre les scientifiques des Etats membres.
Il faut favoriser la coopération entre les scientifiques des Etats membres.

Les représentants de 31 Etats se sont réunis du 28 février au 4 mars 2011 pour parler de la réduction des émissions de gaz à effet de serre d’origine agricole. Retour sur l’événement avec Jean-François Soussana, directeur scientifique Environnement à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra).

La semaine passée, l’Inra organisait une conférence sur les liens entre agriculture et gaz à effet de serre. Quelles en sont les conclusions?

Ce colloque correspondait, en fait, à la seconde réunion plénière de la Global Research Alliance on Greenhouse Gas mitigation in Agriculture (GRA).

Une nouvelle institution?

Justement non. Il s’agit d’un consortium d’Etats qui entend développer les recherches sur les moyens d’accroître la production de produits alimentaires, sans pour autant alourdir le bilan climatique de l’agriculture, c'est-à-dire sa contribution à l’effet de serre. Cela se fera en renforçant la coopération entre les instituts de recherche existants.

Vaste projet…

Effectivement. Mais nous n’avons pas le choix. Car, selon la FAO, la demande alimentaire mondiale va progresser de 70% d’ici 2050 et la production de viande devrait doubler. Si nous voulons nourrir la planète sans pour autant renforcer l’effet de serre, nous devons trouver des moyens de réduire le bilan carbone de l’agriculture. Nous devrons aussi développer les techniques et les pratiques qui permettront à l’agriculture et à la forêt de demain de s’adapter aux conséquences des changements climatiques.

Quand l’Alliance est-elle née?

Au moment de la conférence de l’ONU sur le changement climatique de Copenhague, en décembre 2009. A l’origine, il s’agit d’une initiative de la Nouvelle-Zélande. Désormais, l’Alliance regroupe 31 pays, dont la France. Auxquels il faut associer, comme observateurs, l’Afrique du Sud, le Brésil, la Chine et la Corée du Sud.

Quelle sera sa fonction?

Schématiquement, l’Alliance est composée de 4 groupes de travail. L’un travaillant sur le riz, l’autre sur les cultures, le troisième sur l’élevage. Et le dernier, coordonné par l’Inra, sur les cycles du carbone et de l’azote dans le sol. Ils devront définir les objectifs des recherches à mener. Ensuite, l’Alliance favorisera la coopération entre scientifiques des pays membres.

A quelles difficultés vous heurtez-vous?

Nous avons du mal à intéresser les pays de certaines régions, comme l’Afrique du Nord et sub-saharienne ou le Moyen-Orient. Cela vient, je crois, de deux facteurs. Le premier est que les priorités de ces pays ne sont pas les nôtres. En Afrique, comme dans toutes les régions en développement, il faut, avant toute chose, trouver les moyens de nourrir une population qui progresse rapidement. D’autre part, certains pays attendent une compensation financière des pays riches, jugés responsables de la situation climatique actuelle.

Conséquences?

Nous tentons d’intégrer davantage les problématiques d’adaptation au changement climatique aux sujets que nous avions identifiés initialement dans notre agenda de recherche.

Et que comporte cet agenda?

Pour le moment, il recense près de 1.100 projets, de toutes tailles, dans les 4 domaines dont traitent les groupes de travail.

Récemment, le Joint Research Centre a publié une nouvelle estimation des émissions agricoles de GES qui minore sensiblement les premières estimations faites par la FAO en 2006 [JDLE]. Qui faut-il croire?

Tout d’abord, et cela est parfois oublié, ce genre d’estimation est empreint d’incertitudes assez fortes. Ceci s’applique aussi bien au rapport de la FAO qu’à celui du JRC. D’autre part, l’étude européenne s’appuie sur des données statistiques qui sont souvent beaucoup plus précises que celles qu’avait pu exploiter la FAO en 2006 dans le cadre d’une étude mondiale.

Pour autant, ces deux études sont-elles compatibles avec les méthodologies d’inventaires nationaux labellisées par le secrétariat de la convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques?

Non, car elles ne s’intéressent pas aux mêmes choses. Les inventaires nationaux ont pour objet d’évaluer les émissions des pays et des secteurs d’activité. Pour l’agriculture, par exemple, on quantifiera, plus ou moins bien, les émissions directes de GES produites depuis les surfaces agricoles et par les troupeaux. A contrario, les études de la FAO et du JRC entendent, en suivant la méthode de l’analyse de cycle de vie, évaluer les émissions par unité de produit. Les émissions comprennent alors la contribution de l’ensemble des secteurs nécessaires à l’obtention d’un produit agricole (agriculture, transports, industrie pour la synthèse des engrais, etc…).

Le maintien de ces deux types d’études ne risque-t-il pas d’introduire de la confusion?

Leur philosophie est différente et elles ne répondent pas aux mêmes questions. L’industriel a besoin de connaître les émissions associées à son produit et un Etat doit avoir une vision d’ensemble des rejets de GES effectués depuis son territoire. Cela étant, elles ont des progrès à faire.

Par exemple?

Prenons le cas d’une vache laitière. A quoi doit-on imputer les émissions de méthane, de CO2 et d’azote: au litre de lait qu’elle produit ou au kilo de viande qu’elle donnera après sa réforme? C’est une question simple qui n’a pas, pour le moment, de réponse méthodologique approuvée par tous.

Globalement, quels sont les potentiels de réduction d’émission pour l’agriculture?

Il est encore un peu tôt pour répondre à cette question qui, elle, est complexe. Car les problématiques sont différentes, selon les régions du monde et les systèmes de production. Par exemple, l’agriculture chinoise consomme trop d’engrais azotés. Elle pourrait sans doute réduire son impact climatique en optimisant son utilisation d’intrants. En Afrique, le problème, nous l’avons dit, c’est d’accroître la production alimentaire. En ce cas, il faut développer des pratiques qui permettent d’accroître la productivité ce qui limitera les émissions par unité de produit. En Europe, les réponses seront différentes, selon que l’on se situe en plaine (systèmes intensifs) et en montagne (systèmes extensifs qui préservent la biodiversité). On ne peut pas avoir de vision monolithique.

Le développement des activités de l’Alliance peut-il influer sur les négociations climatiques internationales?

Les problématiques agricoles n’étaient pas dans l’agenda politique des conférences de Copenhague ni de Cancun. Ce qui n’empêche pas les négociateurs de travailler. Et il n’est pas impossible que ces questions soient enfin traitées par l’Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique (SBSTA, selon l’acronyme onusien).

Sur quoi ces discussions pourraient-elles déboucher?

Peut-être sur la mise au point de mécanismes conjuguant adaptation et atténuation. Mais nous n’en sommes pas encore là.

Propos recueillis par Valéry Laramée de Tannenberg

Dans le JDLE : Le bétail européen moindre émetteur que prévu



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