Notre gestion de l'eau peu en phase avec le réchauffement

Le 27 septembre 2018 par Stéphanie Senet
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Le rapport Bisch invite à prendre en compte le réchauffement et à faire évoluer les pratiques agricoles
Le rapport Bisch invite à prendre en compte le réchauffement et à faire évoluer les pratiques agricoles

Bien ficelés, les projets de territoire peuvent répondre aux défis posés à la gestion de l’eau par le changement climatique, selon le rapport Bisch publié le 25 septembre. Des défis non relevés aujourd’hui.

«Les réponses envisagées aujourd’hui sont sous-dimensionnées face à un dérèglement dont l’ampleur s’accélère au fil des années», affirme sans détours le rapport du préfet Bisch. Celui-ci rappelle aux étourdis les trois urgences pour la ressource en eau: restaurer les équilibres en période estivale et s’assurer du bon fonctionnement des milieux naturels qui en dépendent, garantir leur pérennité dans le contexte du changement climatique et construire de nouveaux modèles d’agriculture durable, résilients et économes en eau.

 

Sortir d’une gestion de crise

Ce sont les records de sécheresse de l’été 2017 qui ont conduit les ministères de la transition écologique et de l’agriculture à mettre en place une cellule d’expertise, en novembre 2017. Sa mission: examiner les projets de territoire en cours. Si l’administration en a répertorié une soixantaine dans l’Hexagone, cette cellule en a étudié 20 dont 5 seulement sont validés et mis en œuvre. A noter que le concept de projet de territoire est récent. Il remonte à une instruction du gouvernement du 4 juin 2015 visant à sortir de la gestion de crise fonctionnant sur des arrêtés de restriction d’eau, au profit d’une gestion structurelle équilibrée de la ressource sur les secteurs les plus en tension. Sa mise en place ouvre droit à des financements des agences de l’eau.

Dans son rapport, réalisé avec FNE, le CGEDD, le CGAAER, et l’APCA[1], Pierre-Etienne Bisch insiste aussi sur la nécessité de repenser la création de retenues, qui sont le plus souvent surdimensionnées, mal justifiées au plan économique et inadaptées aux enjeux locaux.

 

Gouvernance et concertation

C’est pourquoi il recommande d’éviter tout projet porté par un seul acteur (le monde agricole, au hasard) car il court d’emblée à l’échec. L’exemple le plus caricatural étant celui de la retenue de Sivens. Il préconise de s’appuyer les commissions locales de l’eau (CLE), à défaut sur le préfet et les collectivités locales, si possible dans le cadre d’un Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE). Un comité de pilotage devrait valider le projet de territoire finalisé après une concertation qui peut être pilotée par un garant.

 

Evaluation environnementale et économique

Mener à bien un projet de territoire impose de préciser les besoins, l’état des milieux et d’inventorier avec précision les plans d’eau à usage d’irrigation. Lorsqu’une retenue de substitution est envisagée, les alternatives doivent être sérieusement étudiées, à commencer par une stratégie d’économie d’eau, rappelle FNE.

Le rapport met aussi l’accent sur l’analyse du rapport coût/bénéfice dont la plupart des projets en cours font abstraction. L’Irstea[2] pourrait d’ailleurs mettre au point une méthodologie destinée aux porteurs de projet.

 

Accompagnement des agriculteurs

Côté agricole, le rapport se montre plus discret. Il recommande seulement un accompagnement des professionnels «pour envisager des solutions systémiques et non seulement des réponses à des besoins en eau». En clair, mieux vaut faire évoluer les cultures que s’acharner à poursuivre des pratiques trop consommatrices.

La gestion de l’irrigation pourrait par ailleurs relever collectivement d’un établissement public spécialisé dans la gestion de l’eau.

Quant au gouvernement, il est invité à préciser les lignes directrices de ces projets, renommés pour l’occasion «projets de territoire pour la gestion de l’eau», dans un guide méthodologique ou une instruction aux préfets. Autant de recommandations qui tombent à pic, alors que le ministère de la transition ouvre la deuxième partie des Assises de l’eau, dédiée à la raréfaction de la ressource.



[1] FNE: France nature Environnement; CGEDD: Conseil général de l’environnement et du développement durable; CGAAER: Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux; APCA: Assemblée permanente des Chambres d’agriculture 

[2] Irstea: Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture 



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