- 

Notre-Dame: un projet de loi imprimé au plomb

Le 09 mai 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Légalement, la cathédrale pourrait être assimilée à un site pollué.
Légalement, la cathédrale pourrait être assimilée à un site pollué.
DR

Les députés examinent à partir du 10 mai le projet de loi pour la restauration et la conservation de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Un texte qui inquiète certaines ONG.

 

Le chantier de la reconstruction de Notre-Dame-de-Paris n’a pas débuté que pointent les premières polémiques. La dernière en date n’est pas la moindre. Elle a surgi ces derniers jours, à l’occasion de la publication du projet de loi pour la restauration et la conservation de la cathédrale; texte que les députés doivent examiner, en première lecture, vendredi 10 mai.

Concocté par les services du ministère de la culture, il a pour but d’évacuer les écueils juridiques qui entraveraient le relèvement du monument. Un chantier que le président de la République veut voir terminer dans les 5 ans. D’où la nécessité de travailler en mode accéléré.

faciliter les travaux

L’article 9 inquiète les associations environnementales, à l’instar de Robin des bois. Il habilite le gouvernement à légiférer par ordonnance, dans les deux ans, pour «faciliter la réalisation des travaux de restauration […], y compris des aménagements, ouvrages et installations nécessaires à ceux-ci». Pour aller vite, l’Etat entend assouplir fortement les règles du code de l’environnement relatives à l’autorisation environnementale (pour faciliter l’ouverture de carrières de pierres), encadrant les installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA). Sans oublier les textes encadrant la gestion des sites pollués.

460 tonnes de plomb

Car la cathédrale sinistrée relève aujourd’hui de cette dernière catégorie. La flèche et les toitures détruites par l’incendie du 15 avril contenaient 460 tonnes de plomb. Ce métal lourd toxique a fondu ou s’est volatilisé pendant l’incendie. «Sans oublier les fongicides de la charpente et les peintures au plomb (céruse) à l'intérieur de la cathédrale, le plomb et l’étain contenus dans les vitraux et le cadmium dans les peintures liturgiques», rappelle Jacky Bonnemains, président de Robin des bois.

déchets toxiques

Craignant que l’Etat sacrifie la protection de l’environnement à la vitesse d’exécution du chantier, l’association appelle les parlementaires à ne pas adopter ce fameux article 9. «Les eaux d’extinction, les cendres, les suies, les gravats au sol et dans les parties aériennes doivent être, dès que la sécurité pour les travailleurs sera garantie, caractérisés, triés, regroupés et orientés vers des sites légaux et confinés de stockage et d’élimination. Les bois calcinés doivent aussi être considérés comme des déchets. Ils étaient en contact avec les feuilles de plomb et traités au fongicide», demande l’ONG. Ce n’est pas tout.

pollutions localisées

Une partie des métaux et produits toxiques se sont volatilisés durant l’incendie. L’ampleur de cette pollution reste à déterminer. Dès le lendemain du sinistre, Airparif indiquait dans un communiqué qu’aucune de ses 5 stations situées à proximité de la cathédrale n’avaient mesuré d’augmentation des seuils de pollution. «Ce qui tend à confirmer que cet impact serait plutôt localisé sur les zones avoisinants l’incendie», commentait le réseau francilien de mesure de la qualité de l’air.

sols contaminés

Information validée le 29 avril par la préfecture de police de Paris et l’agence francilienne de la santé (ARS). S’appuyant sur les résultats d’analyses conduites par le Laboratoire central de la préfecture (LCPP), les deux institutions confirment la contamination par le plomb de «zones, très localisées, notamment dans des locaux qui ont pu être laissés ouverts au moment de l’incendie et où se sont déposées des poussières».

Les sites pollués ont été interdits au public, poursuit le communiqué, «leur accès ne sera rouvert que lorsque ces teneurs en plomb seront redevenues normales». Les riverains sont invités à faire le ménage chez eux, «à l’aide de lingettes humides pour éliminer tout empoussièrement». Les ingénieurs, techniciens, architectes et ouvriers qui interviendront sur le chantier seront ravis d’apprendre que la préfecture prévoit de mettre en place «un dispositif de suivi» «pour assurer la protection de l’ensemble des salariés». Ce ne sera pas du luxe.

poussières résiduelles

Dans un communiqué mis en ligne ce jeudi 9 mai, l’ARS souligne l’importance de la pollution des sols par le plomb. Sur le parvis de la cathédrale et dans les rues environnantes, de nouvelles analyses réalisées par le LCPP montrent des points chauds où la contamination par le plomb peut atteindre 10 à 20 grammes de plomb par kilo de sol: soit 30 à 60 fois la valeur-repère donnée en 2014 par le Haut conseil de la santé publique. Des dépôts de poussières résiduelles de plomb ont également été découverts dans les étages supérieurs de locaux administratifs donnant sur la cathédrale, indique l’ARS.

L’Association des familles victimes du saturnisme (AFVS) rappelle que l’inhalation ou l’ingestion peuvent entraîner «des conséquences particulièrement néfastes sur la santé».



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus