Notre-Dame-des-Landes: les opposants cessent leur grève de la faim

Le 09 mai 2012 par Geneviève De Lacour
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Les grèvistes de la faim prennent leur première soupe
Les grèvistes de la faim prennent leur première soupe

Les opposants au projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, situé à 30 kilomètres au nord de Nantes, ont décidé d’arrêter le 8 mai leur grève de la faim. Une épine de moins dans le pied de celui qui est pressenti comme le futur Premier ministre de François Hollande. Pourtant Jean-Marc Ayrault a réaffirmé aujourd’hui qu’il ne renoncerait pas au projet qu’il porte depuis des années.

La tente des grévistes de la faim, plantée depuis fin avril dans le centre de Nantes va pouvoir être repliée. Les opposants au projet de futur aéroport nantais de Notre-Dame-des-Landes ont annoncé mardi 8 mai mettre fin à leur mouvement. Une décision prise après l'annonce que les collectivités locales concernées s’engageaient à suspendre les expulsions des propriétaires et des exploitants. Des expulsions qui concernent 577 propriétaires, dont seulement une petite centaine auraient accepté un accord à l’amiable avec le groupe Vinci (voir JDLE).

«Nous arrêtons notre mouvement suite aux propositions du conseil général de Loire-Atlantique, du conseil régional des Pays de la Loire et de la mairie de Nantes qu'il n'y ait pas d'expulsions avant la fin des recours en justice engagés à la date du 4 mai», a déclaré Cyril Bouligand, porte-parole de l’association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport Notre-Dame-des-Landes (Acipa). L’Acipa estime qu’il reste à exproprier 600 hectares et 8 exploitants regroupés autour des propriétaires.

Michel Tarin, 64 ans, qui en était à son 28e jour de grève de la faim et avait été rejoint par 5 autres jeûneurs depuis le 27 avril, a expliqué à la presse ne pas vouloir «quitter ses terres tant qu'on n'a pas l'assurance de gagner en justice».

Les grévistes réclamaient que les expropriations des agriculteurs -devant tous avoir quitté le territoire du futur aéroport le 31 décembre 2012- soient suspendues jusqu’à la conclusion des nombreux recours judiciaires (notamment la loi sur l’eau et les compensations environnementales).

Ces recours ont été déposés contre la concession accordée pour les travaux au groupe Vinci, d'autres contre les expropriations, sans oublier une QPC (question prioritaire de constitutionnalité), qui devrait être examinée, le 15 juin, par le Conseil constitutionnel.

Pourquoi un tel revirement de situation et pourquoi maintenant, alors que François Hollande affirmait encore la semaine dernière sur les ondes de France Inter (voir JDLE), que le projet ne serait pas abandonné?

Il semblerait que le nouveau président de la République, souhaitant nommer Jean-Marc Ayrault à un poste ministériel important, ne pouvait laisser pourrir un dossier qui avait toutes les caractéristiques d'un nouveau Larzac.

L'affaire Notre-Dame-des-Landes, laissée en l'état, aurait été politiquement complexe à gérer pour François Hollande. «Difficile de dire qu'on va incarner une présidence "normale", en se montrant autiste sur un dossier aussi conflictuel», analyse le député européen José Bové, qui a beaucoup œuvré pour une sortie de crise. Mais il n’est pas le seul: José Bové et Daniel Cohn-Bendit ont longuement discuté au Parlement européen avec le socialiste Stéphane le Foll, pressenti au poste de ministre de l’agriculture, un proche de François Hollande. Les écologistes de Loire-Atlantique n’ont pas non plus baissé les bras dans cette bataille qui semblait perdue d’avance.

Géraud Guibert, un des conseillers de François Hollande sur les questions environnementales, qui a toujours défendu l'idée d'un moratoire, a alerté les socialistes: «François Hollande a fait comprendre à Jean-Marc Ayrault qu'un compromis était nécessaire».

Ce qui ressemble fort à un moratoire est donc le résultat d'un travail acharné de certains écologistes.

La suspension des expulsions redonne ainsi espoir aux grévistes de la faim. L’un des leurs, Marcel Thébault, exploitant agricole ayant fait la grève de la faim du 11 au 27 avril, assure néanmoins: «Nous n'avons pas gagné ce que nous comptions gagner, l'arrêt de la procédure d'expropriation». Et de rajouter, «mais l'épée de Damoclès qui nous obligeait à quitter nos terres fin 2012 est décalée d'un ordre de grandeur de deux ans».

«Je me félicite que la grève ait pris fin et que la voie de la raison et du dialogue l'ait emporté», a déclaré aujourd’hui Jean-Marc Ayrault. «Nous avons rassuré les agriculteurs: engagement a été pris qu'ils pourront rester dans leurs fermes jusqu'à la fin des derniers recours concernant les procédures actuellement engagées», a-t-il complété.

«Ce projet est maintenant engagé dans une phase de préparation pour sa réalisation mais il s'agissait, sans que personne ne soit humilié, qu'une voie soit trouvée et c'est la voie du dialogue qui a été trouvée», a estimé le maire de Nantes.

Aujourd’hui, si le maire de Nantes a insisté sur le fait qu’«il n'y aura pas d'expulsions et que ceux qui sont dans leur ferme pourront continuer à les exploiter», il a aussi fait remarquer que «c'est un signe de dialogue, mais ça ne veut pas dire que le projet est abandonné».

«On ne demande pas à ceux qui sont opposés au projet de se rallier, eux-mêmes comprennent qu'on ait une conviction... Mais on peut très bien avoir des désaccords et les traiter de façon humaine, responsable et respectueuse des gens», a ajouté celui qui est souvent cité comme futur Premier ministre de François Hollande.

 

 

 



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