Notre-Dame-des-Landes: ça chauffe, malgré l’hiver

Le 25 février 2013 par Marine Jobert
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Pas d’affrontement violent à Notre-Dame-des-Landes [JDLE] en ce moment. L’heure est plutôt à la guérilla médiatique et juridique. Une reprise en main d’autant plus urgente pour les «pro-aéroport», après la Berezina judiciaire de l’Etat et de Vinci fin janvier [JDLE]. La trêve hivernale, pendant laquelle la commission du dialogue annoncée en novembre dernier par Jean-Marc Ayrault [JDLE] effectue ses auditions, est donc ponctuée de coups de pub, de communiqués virulents et de recours juridiques. Passage en revue.

 

C’est un appel d’offres sans grand intérêt, à première vue. Emis par la direction générale de l’environnement, de l’aménagement et du logement des Pays de la Loire, il porte sur la «réservation de végétaux à l'automne 2013. Livraison prévue entre l'automne 2016 et le printemps 2017». Sauf qu’il concerne la desserte routière du projet d'aéroport du Grand-Ouest, ce qui n’a pas manqué de faire tiquer les opposants au projet. Réponse claire de la Dreal Pays de la Loire: «L’Etat étant maître d’ouvrage sur le 'barreau routier' qui desservirait l’aéroport, nous achetons aujourd’hui des arbres à haute tige de petite taille, pour les mettre en culture en pépinière et les replanter quand ils seront plus grands», explique Nicolas Faverel, responsable de la direction de la maîtrise d’ouvrage à la Dreal Pays de la Loire. Le dossier suit son cours. «On n’a pas arrêté de travailler pendant les 4 mois que dure la commission du dialogue», confirme le fonctionnaire. «On plantera les arbres… quand et où on pourra les planter. C’est souple en termes de report ou d’annulation.»

 

De son côté, le syndicat mixte de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes (qui réunit les collectivités impliquées dans la réalisation de la future plate-forme) lançait la semaine dernière une campagne de communication intitulée «Aéroport du Grand Ouest, + d’emplois, + de visiteurs, + de voyages. Un vrai + pour nous tous». Budget: 300.000 euros. Supports: affichage urbain, encarts dans la presse écrite régionale, spots radio. Riposte immédiate des opposants, qui affublaient la jolie jeune femme blonde de l’affiche d’un strabisme convergent vers un slogan remanié «Un vrai problème pour nous tous». (voir photo). Le Collectif du pays de Morlaix a lui aussi pris le parti de l’humour, dans un clip qui met en scène des patates, des brocolis et des radis noirs plus vrais que nature…

 

Moins cocasse, la lettre ouverte des journalistes de la radio France-Bleu Loire Océan à leur président Jean-Luc Hess, en réaction à cette campagne de publicité. «Nous estimons que le spot publicitaire porte atteinte à notre travail et à notre crédibilité. Nous craignons d'en subir les conséquences sur le terrain», écrivent les journalistes. «Cette campagne risque d'avoir des conséquences graves sur la sécurité des personnels de cette station locale», redoutent les élus du comité d’entreprise Radio France Grand Ouest. L’agence France Presse rapporte l’information en l’assortissant de ce commentaire: «Ces derniers mois, les journalistes -tous medias confondus- ont souvent eu le plus grand mal à faire leur travail sur le site où ils ont été fréquemment pris à partie par des opposants au projet».

De son côté, le journaliste Hervé Kempf, salarié du journal Le Monde et animateur du site Reporterre, poursuit ses recherches dans ce dossier. Il avait émis des doutes, en décembre dernier, sur le fait que la construction de ce nouvel aéroport permette, d’une part, aux utilisateurs de gagner du temps sur leurs trajets et, d’autre part, de valoriser monétairement ces gains de temps de transport. Un argument pourtant essentiel puisqu’il fonde tout le raisonnement des porteurs du projet. Une contre-expertise sur le dossier d’enquête publique, menée par un cabinet néerlandais, concluait que les calculs retenus par les pouvoirs publics «permet(tent) de présenter comme économiquement avantageux un projet d’aéroport qui, si l’on avait suivi la méthode recommandée, serait apparu comme déficitaire». En clair, le journaliste accusait l’Etat d’avoir manipulé les chiffres. La divulgation, par la Direction générale de l’aviation civile, de deux notes censées expliquer comment ont été calculés ces chiffres, vient de relancer le débat. Loin de dissiper leurs questions, ces notes font encore plus douter… le Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Cedpa), qui interroge à nouveau l’Etat sur les modes de calcul. «Alors, si on mettait tout sur la place publique?» demande Hervé Kempf sur son blog.

 

C’est peut-être la Commission européenne qui mettra un terme à ce bras de fer qui s’enlise. La Commission environnement a reçu à sa demande l'eurodéputé Sandrine Bélier, accompagnée de représentants associatifs. Bruxelles a décidé de saisir l’Etat français en procédure précontentieuse, afin d'obtenir des éclaircissements sur le dossier. «Les questionnements [de la Commission] reprennent des arguments fondés (…) notamment sur le non-respect de la directive sur l’évaluation des incidences sur l’environnement, de la directive-cadre sur l’eau, des directives dites Oiseaux et Habitats. La Commission partage notre analyse d'une potentielle violation du droit communautaire, qui conduit au lancement de la procédure précontentieuse dite «EU Pilot»[1], écrit l’association Citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport (Acipa) dans un communiqué. «La France dispose de 10 semaines pour répondre aux interrogations de la Commission européenne. Le dossier de Notre-Dame-des-Landes pourrait être examiné par le Parlement européen à l’issue de ce délai (fin avril)», précise l’eurodéputé écologiste Sandrine Bélier. La Commission des pétitions du Parlement européen devrait en effet auditionner d'ici quelques semaines les représentants des associations qui contestent le projet d'aéroport.

 

Les «zadistes», qui occupent toujours la «zone d’aménagement différée» -rebaptisée «zone à défendre», ont donné rendez-vous à tous le 11 mai prochain, pour former une chaîne humaine. Et pendant ce temps-là, le groupement des «naturalistes en lutte» continue de sillonner les 2.000 hectares pressentis pour construire l’aéroport [JDLE]. Prochain rassemblement: le 17 mars prochain.

 


1 - Cette procédure, à l’initiative de citoyens ou d’entreprises, vise à apporter des réponses et des solutions plus rapides et plus complètes aux problèmes apparaissant dans l'application du droit de l'Union européenne. Il a été conçu afin d'améliorer la communication entre les services de la Commission et les autorités des États membres, et ce à un stade précoce, c'est-à-dire avant le lancement d'une procédure d'infraction.

 



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