Nos infrastructures vitales de plus en plus vulnérables

Le 22 avril 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les barrières de Londres sont de plus en plus utilisées pour protéger la capitale britannique des inondations.
Les barrières de Londres sont de plus en plus utilisées pour protéger la capitale britannique des inondations.
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Les changements climatiques n’affecteront pas que les pays du Sud. Nos grands réseaux d’énergie, d’eau ou de transport apparaissent de plus en plus vulnérables à la montée des eaux, aux températures extrêmes ou aux chutes de neige. Sans que cela n’inquiète beaucoup les opérateurs ou les services de l’Etat.

Dans son second tome, le dernier rapport du Giec[1] pointe la vulnérabilité de nos infrastructures aux conséquences des changements climatiques. Les routes côtières, les villes du littoral et les ports peuvent être submergés par l’élévation du niveau de la mer. Les réseaux électriques aériens sont susceptibles d’être couchés par des événements météo extrêmes. Les inondations menacent un peu partout les routes et les voies de chemin de fer. Les réseaux souterrains de gaz, d’eau ou d’électricité sont la proie des glissements de terrain. Bref, nos infrastructures sont vulnérables. Reste à savoir si les autorités et les gestionnaires desdits réseaux en sont conscients.

Outre-Manche, le sujet est sur la table depuis des décennies. Pour protéger le Grand Londres de la montée des eaux de la Tamise et de marées de plus en plus fortes, le Royaume-Uni a construit la grande barrière. Inauguré en 1983, ce barrage connaît une activité grandissante. Conçues pour éviter l’inondation de l’agglomération londonienne en cas de crue centennale, les 8 portes ont été fermées 4 fois dans les années 1980, 35 fois la décennie suivante, et à 75 reprises durant la première décade du siècle. Mais entre les seuls mois de décembre et de mars derniers, les pans d’acier de la Thames Barrier ont été actionnés 50 fois, s’alarme Pete Fox, le patron de l’agence de l’environnement britannique (AE). Selon les projections des climatologues, le niveau moyen de la Tamise à Londres devrait s’élever de 36 centimètres d’ici 2080. Aucune protection actuelle ne suffira.

Pas d’eau, pas d’énergie

En 2011, un rapport de l’académie britannique de l’ingénierie tire la sonnette d’alarme. En une centaine de pages, le document rappelle la vulnérabilité certaine d’un grand nombre d’infrastructures, à commencer par les centrales électriques. Un manque d’eau (durant les étés caniculaires) est préjudiciable au fonctionnement des centrales thermiques. Un trop plein d’eau bouleverse le fonctionnement des réseaux de transport et de distribution.

Moins connu: les changements climatiques perturberont les réseaux de télécommunications. Une forte pluviométrie ou une végétation plus dense atténuent les signaux de téléphonie mobile. Un taux d’hygrométrie élevé peut créer des interférences radio. Les fortes chaleurs sont parfois fatales aux câbles enterrés. L’audit académique souligne la grande interdépendance des différents réseaux: pas d’eau potable, de télécommunications ni de transports sans énergie. D’où l’importance, bien sûr, de bâtir des infrastructures résilientes. D’où l’importance, également, de rendre chaque infrastructure multi-usages: un barrage écrêteur de crue qui produit aussi de l’électricité, une digue qui porte aussi une voie de chemin de fer.

La mer grignote le centre de stockage

La leçon n’a pas encore été retenue. En début de semaine, The Guardian rendait publique une étude gouvernementale concernant le site d’entreposage de déchets faiblement radioactifs de Drigg (LLWR). Situé à quelques encablures du site nucléaire de Sellafield, le LLWR commence à être attaqué par l’érosion marine. Et il n’est pas impossible que, dans un avenir plus ou moins lointain, les déchets, civils et militaires, se retrouvent dans la mer d’Irlande. Sans que cela n’émeuve l’exploitant.

Après plusieurs années d’inondations hivernales, la peur de l’eau s’est emparée de tout l’archipel britannique. A la demande de l’administration Cameron, des centaines de militaires et d’ingénieurs ont ausculté, ces 6 dernières semaines, les 150.000 ouvrages de défense contre les inondations. Les réparations les plus urgentes devraient être achevées d’ici la fin de l’année. Le gouvernement a prévu d’y consacrer 270 millions de livres en deux ans. Mais dans le même temps, il ordonne à l’AE de licencier 1.500 personnes, dont des spécialistes de la protection contre les crues. Comprenne qui pourra.

Une ligne touchée par le feu, une région dans le noir

La situation ne semble guère plus favorable sur cette rive-ci du Channel. Un rapport récent du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) n’est pas tendre, ni avec les services de l’Etat, ni avec les gestionnaires de réseau. Ses 4 auteurs soulignent que seuls les risques inondation et sismique sont bien cartographiés et pris en compte par les autorités. En revanche, les risques liés aux incendies de forêt ne sont jamais considérés comme une menace par les gestionnaires de réseau. En juillet 2009, 500.000 ménages provençaux ont pourtant été privés de courant à la suite d’un feu de forêt qui menaçait une ligne à très haute tension.

«La prise en compte de l'émergence de nouveaux risques liés au changement climatique et/ou à l'évolution technologique, ou de l'intensification de risques connus, reste à approfondir», écrivent les rapporteurs. Directement lié à l’élévation du niveau de la mer, le risque de submersion marine (bien réel pourtant, on l’a vu cet hiver sur les côtes atlantiques) «impose de reconsidérer le dimensionnement des ouvrages à la mer». Qui s’en soucie?

Les composants électroniques affectés

Des phénomènes «de plus en plus récurrents» comme les températures extrêmes prolongées (fortes chaleurs, gel) affectent la fiabilité des composants électroniques. De quoi semer la panique chez les gestionnaires de réseaux de transport d’énergie, de trains, d’équipements de santé. Des chutes de neige récurrentes, «avec des qualités de neige difficiles», paralysent régulièrement les infrastructures électriques et routières. Avec des effets dominos à la clé.

Directement menacés par ces «nouvelles» menaces, les réseaux de transport et de distribution d’énergie et de télécommunications apparaissent de plus en plus vulnérables. De quoi s’inquiéter, rappellent les fonctionnaires français, car ils «apparaissent de plus en plus critiques pour la résilience des autres réseaux, notamment de transport, mais aussi les réseaux d’eau, d’assainissement, de santé, et tous les réseaux dits de proximité ou de solidarité».

D’où l’importance de durcir les réseaux électriques et de télécommunications, «condition nécessaire de la résilience des autres réseaux». Une idée qui fait consensus parmi les parties prenantes. Pour autant, aucun des industriels et des autorités concernés ne s’organise en conséquence. En outre, «la coopération entre opérateurs différents ne s'établit pas naturellement, comme en témoignent les crises réelles et les exercices de crise». On attend la catastrophe pour agir?

 



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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