Norovirus enfin mis en culture

Le 12 novembre 2014 par Romain Loury
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Norovirus enfin capturé
Norovirus enfin capturé

Des chercheurs américains sont parvenus pour la première fois à cultiver du norovirus in vitro, lors de travaux publiés dans la revue Science. Une avancée technique qui permettra de mieux connaître ce pathogène, voire de mettre enfin au point des médicaments.

 

Considérés comme bénins, les norovirus, à l’origine de gastro-entérites, sont les pathogènes alimentaires les plus fréquents. Aux Etats-Unis, 5,46 millions de personnes en ont contracté un en 2013, avec 159 décès, généralement des personnes âgées ou de très jeunes enfants [1]. Un vaccin est actuellement à l’étude, mais les norovirus ne disposent à ce jour d’aucun médicament. Et pour cause: ils demeurent très peu connus, personne jusqu’à présent ne sachant comment les cultiver in vitro.

C’est désormais chose faite, grâce aux travaux menés par l’équipe de Stephanie Karst, de l’Emerging Pathogens Institute à l’université de Floride (Gainesville). Pour cela, les chercheurs ont fait une découverte majeure: les norovirus n’infectent pas les cellules de la paroi intestinale, comme on le croyait jusqu’alors, mais les lymphocytes B, acteurs-clés du système immunitaire, également présents dans l’intestin.

Autre découverte importante, les norovirus ont besoin de la flore intestinale bactérienne pour infecter l’organisme. Chez la souris, le fait d’éliminer ce microbiome par un traitement antibiotique empêche ainsi toute contamination par le norovirus. Par ailleurs, un virus extrait de selles filtrées s’avère incapable d’infecter des cellules in vitro, tandis qu’un virus non filtré, donc en présence de bactéries intestinales, y parvient.

Les chercheurs ont même trouvé la bactérie qui pourrait épauler le norovirus. Il s’agit d’Enterobacter cloacae, qui a la particularité de présenter à sa surface un antigène proche de ceux responsables de notre groupe sanguin. Cette molécule bactérienne pourrait faciliter l’infection par le norovirus, en permettant son entrée dans les cellules de l’hôte.

S’il reste encore beaucoup de travail aux chercheurs pour améliorer leur système de culture in vitro, il devient désormais possible d’explorer comment il se réplique au sein des cellules, et de mettre au point des médicaments antiviraux. Voire d’autres vaccins, basés sur des virus vivants mais ayant perdu leur virulence, des virus dits «atténués».

[1] On dispose de très peu de données sur le norovirus en France, d’autant que bien d’autres virus sont impliqués dans les gastroentérites, notamment les rotavirus, les astrovirus, les sapovirus et les adénovirus. S’ils sont souvent bénins dans les pays riches, les norovirus sont responsables dans les pays en développement de 1,1 million d’hospitalisations et de 218.000 décès chez les enfants de moins de 5 ans.



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