Norme de 50 kWh/an/m2: avantage à la pompe à chaleur
Le 04 décembre 2009 par Victor Roux-Goeken
Energie, Politique & Société, Consommation d'énergie, Energie renouvelables, Droits/Fiscalité Energie
Modulation selon le climat et la surface du logement, ajout d'un plafond de 5 kg/m²/an de CO2 pour limiter le recours aux énergies fossiles, le tout sans favoriser l’électricité… C’est le «niveau pertinent de modulation» que réclament deux députés dans un rapport publié hier par l'Opecst sur la norme de consommation primaire d'énergie dans le bâtiment neuf en 2012.
Saisi avant même que la loi Grenelle I, qui l'impose (art. 4), soit votée par le Parlement en août dernier, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) a présenté hier 3 décembre sa copie sur la norme de consommation d'énergie primaire du bâtiment neuf en 2012 –le fameux et polémique 50 kilowattheures par an et mètre carré pour 5 usages (éclairage, chauffage, ventilation, climatisation, eau chaude sanitaire).Ses rapporteurs, les députés Christian Bataille (PS, Nord) et Claude Birraux (UMP, Haute-Savoie) préconisent deux modulations de la norme: la première en fonction de la zone géographique et de l'altitude du logement. Six modulations climatiques sont prévues dans toute la France. Le nord aurait droit à une norme 1,3 fois supérieure à cette valeur-pivot de 50 kWh, soit 65 kWh. Le pourtour méditerranéen serait doté d'un coefficient correcteur de 0,8, soit 40 kWh. Trois autres coefficients pourraient être créés en fonction de l'altitude, selon que le logement se situe sous 400 mètres, entre 400 et 800 m, au-dessus de 800 m.
La seconde modulation serait fonction de la taille du logement, pourquoi pas 100 mètres carrés, surface minimale restant à affiner. «La consommation relative par mètre carré des petits logements est plus importante que les grands, de même que leur déperdition de chaleur, puisque la zone de contact avec l'extérieur est relativement plus grande», justifie Christian Bataille.
Au final, la valeur de 50 kWh serait respectée en compensant les aménagements pour les petites surfaces et en imposant des obligations plus fortes pour les grandes. La loi Grenelle I précise bien que l'objectif de 50 kWh/an/m2 doit être atteint «en moyenne». Dans le logement collectif, la norme s'appliquera à la surface moyenne du bâtiment.
La mise en application de cette norme telle que proposée par le rapport correspond-elle à un détricotage de l'engagement du Grenelle, ou non? Les deux députés expliquent avoir refusé deux modulations: la réduction du nombre d'usages de l'énergie dans le logement (supprimer par exemple l'éclairage de la norme aurait déserré la contrainte sur la norme de 10 kWh) et l'anticipation sur la maison à énergie positive. Seules sont prises en compte les énergies consommées sur place. Ces maisons-là devront par conséquent être isolées comme les autres.
Par ailleurs, quelle énergie sort-elle vainqueur du débat sur cette norme? Le sujet est sensible et polémique. Le fait que la loi Grenelle I précise que le seuil de 50 kWh pourrait être modulé «pour les énergies qui présentent un bilan avantageux en termes d'émissions de gaz à effet de serre» avait suscité un tollé auprès des ONG environnementales, car perçu comme une belle faveur à l'électricité nucléaire et un moyen de revoir à la baisse les ambitions de cette norme. Les deux députés assurent qu'il n'en est rien.
«Utiliser de l'électricité pour tous les usages vous place déjà hors jeu [de la norme] avec le seul chauffe-eau électrique, précise Claude Birraux. Il faut aller vers une combinaison de solutions. Coupler l'électricité avec du gaz ou de la pompe à chaleur.» Ainsi, le rapport recommande de laisser «intangible le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire», fixé par convention à 2,58. Il est «certes un handicap pour les équipements électriques classiques, mais aussi un stimulant fort pour le développement technique et industriel des pompes à chaleur». L'association Négawatt estime que ce coefficient devrait plutôt se situer entre 3,2 et 3,5. Dans l'Union européenne, il oscille entre 2 et 3, selon les deux députés (2).
Enfin, le rapport botte en touche sur la question du contenu carbone du kWh nucléaire. La modulation de la norme était perçue comme un moyen de favoriser le nucléaire, donc d'augmenter la consommation de chauffage en hiver, de générer des pointes de consommation électrique et ainsi de recourir à des centrales thermiques pour pallier l'insuffisance de la production nucléaire. Une crainte notamment partagée en juillet 2008 par la présidente de l'Ademe Chantal Jouanno (1).
Cette question renvoie à un «faux débat théologique» introduit par «certains courants écologistes», selon les députés. Elle constitue un «paradoxe», car favorisant une énergie [le gaz] plus émettrice de gaz à effet de serre que l'électricité. La seule association écologiste consultée est donc «l'association des écologistes pour le nucléaire». Négawatt, l'Alliance pour la planète ou France nature environnement ne l'ont donc pas été, alors qu'ils ont beaucoup travaillé sur le sujet. Pas très «grenellien»...
(1) Dans le JDLE «La norme de basse consommation pourrait être remise en cause»
(2) Lors des négociations du Grenelle, en octobre 2007, la norme de consommation de 50 kWh/m2/an aurait pu être non pas d’énergie primaire, mais d’énergie finale, pour ne pas disqualifier le chauffage électrique. Pour consommer 20 kWh de chauffage électrique dans un logement (énergie finale), il faut que la centrale nucléaire en produise 51,6 (énergie primaire).
9 réactions
philippe chadeyron | 09/12/2009 - 15H55
Réponse au M. sceptique... (Bug informatique en validant : je recommence en espérant que le message n'apparaisse pas deux fois !) J'avais bien indiqué dans mon billet la source de l'étude : L'exansion.com (publication le 17 novembre). L'étude, basée sur des donées RTE entre oct 2008 et oct 2009, montre que la contribution mini/maxi du thermique sur la pointe (soirée) est comprise entre 4,7 et 10,2%, alors que la part de l'hydraulique se situe entre 16,4 et 20,6%. Ces chiffres ne me surprennent pas, même si ils sont "politiquement incorrect". Pourquoi ? 1/ RTE appelle les énergies les moins coûteuses en premier ; 2/ l'hydraulique de barrage permet justement de retenir l'eau en période creuse (WE, nuit...) et de turbiner en période de pointe. CQFD ! L'association nuc/hydraulique semble donc être une très bonne équation... A noter : malheureusement, éolien et solaire ne contribue que marginalement à la pointe "dirune" (faible ensolleillement matin et fin d'après midi, et vent plus faible...), ce qui est moins vrai pour les pointes saisonnières (hiver)...
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Chanson Pierre | 09/12/2009 - 00H41
PAC; ça marche fort et c'est sobre! équipé depuis 2004 d'une PAC eau/eau en géothermie, la résistance élec de soutien ne s'est jamais déclenchée, je n'ai jamais dépassé la moitié du curseur de réglage de température. bilan conso totale maison 167m2; 10 000kwh/an, comprenant ce chauffage+éclairage+cuisine tt élec(pour éviter un autre abonnement ;gaz)+filtre piscine+ballon d'eau chaude électrique (en attendant un CESI)= peu mieux faire mais ravi de la PAC!
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Pierrotb | 07/12/2009 - 19H09
Etude pertinente??? PAC = Gaz à Effet De serre Directs (Fuites diffuses de fluides frigorigènes) et indirectes production électrique en pointe. L'internaute qui a émis un post concernant l'affirmation que "un prof émérite" avait rélaisé une étude démontrant le contraire est prié d'indiquer la source. Je doute fort que cette étude soit sérieuse.Par qui a t-elle été payée? L'usage en pointe c'est des centrales thermiques, seules réactives en hiver. L'hiver les rivières de montagne n'ont pas le plus fort débit. PB
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S SDN | 05/12/2009 - 18H42
S20 Pompes à chaleur air ou pompes à fric ? Pourquoi les PAC ne sont pas installées dans les garages ou l'air est moins froid en hiver ? Parce que dehors elles consomment plus et qu'EDF s'y retrouve ainsi ? Le coefficient de performance du solaire, lui, n'est pas de 2, 3 ou 4 mais de 200 ! Oui, avec 50 w de circulation d'eau, on récupère 10 kW d'eau chaude quasi-gratuite !
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DURAND Bernard | 05/12/2009 - 09H38
pompes à chaleur Si comme nous dit ce détracteur des pompes air eau ou air air les pompes à chaleur sont si peu efficaces que çà, comment se fait-il que presque toutes les maisons neuves en sont équipées en Suède? Tous les utilisateurs avec lesquels j'ai pu discuter jusqu'à présent en sont satisfaits!
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Duchemin Arthur | 04/12/2009 - 17H01
Grand débat pour ... le neuf et l'ancien? Tout cela est excellent, théorique et certainement difficile à mettre en place et sans doute impossible à vérifier réellement sur le terrain. N'oublions pas que cela représente une action à la marge de ce qui est vraiment nécessaire. En effet le neuf c'est moins de 1% des logements en France. A quand une vraie action pour l'ancien ou rien n'est fait. Les PTZ sont principalement utilisés pour mettre du double vitrage alors que le toit et les murs restent des passoires...On attend la bonne volonté des citoyens de la même façon que le titanic pouvait attendre une modification de la place de l'iceberg alors qu'il s'agit de tourner la barre???
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Yan Meroth | 04/12/2009 - 16H11
A qui profite la modulation? DJU de 2000 au sud, et de 3000 au nord. Objectif modulé de 40kwh/m²/an au sud et 65kwh/m²/an au nord. Autrement dit, le résultat de la modulation sera qu'on isolera pareil au sud où il fait plus chaud/ensoleillé qu'au nord où il fait plus froid/moins ensoleillé! Messieurs de l'Opecst, porteriez-vous honnêtement le même manteau à Lille et à Nice le 1er janvier? Cela m'étonnerait très fort... Alors, à qui cela profite-t-il que tout le monde porte le même manteau si ce n'est au fabricant de manteau? A qui profite cette modulation géographique qui va encore et toujours en sens inverse du besoin?
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chadeyron philippe | 04/12/2009 - 15H29
Etude du Pr Prud'homme Le 17 Novembre, ce Professeur émérite de Paris XII a publié une étude qui démontre très clairement que c'est l'hydraulique qui assure la quasi totalité des besoins en électricité de pointe (et non les centrales thermiques, comme certains le croyaient depuis toujours...). Dès lors, dans une maison quasi étanche, équipée d'une ventilation double flux, un apport électrique simple, peu couteux et donc finalement neutre pour les émissions de CO2, même en pointe, semble être de loin la meilleure solution... Ceci étant d'autant plus vrai si l'on intègre le commentaire précédent et le fait que le standard BBC sera atteint avec un surcoût non neutre, compensable par l'apport marginal, lors des grands froids, de convecteurs électriques... Mais la politique a ceci de particulier dans ce pays que les évidences deviennent rapidement théologiquement incorrectes... Pour découvrir l'étude : L'expansion.com
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LEFEBVRE Michel | 04/12/2009 - 15H08
Bilan pompe à chaleur C'est un peu n'importe quoi ! quand la température diminue, en particulier l'hiver où on a le plus besoin de chauffage le bilan d'une pompe à chaleur peut être catastrophique. En effet en dessous de 0°C une pompe à chaleur, air-air ou air-eau peut consommer plus d'électricité qu'elle ne produit e KW/h. Une pompe à chaleur n'a d'intérêt que dans le Sud, et encore, attention à la maintenance et au vieillissement qui pénalise le bilan énergétique.
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