Non, la vente de légumes issus de semences paysannes n’est pas interdite

Le 27 septembre 2017 par Marine Jobert
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Les semences, fort enjeu au plan mondial.
Les semences, fort enjeu au plan mondial.
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Carrefour, héraut de la paysannerie et de la biodiversité? La multinationale de la grande distribution se paye une campagne de notoriété, en présentant la commercialisation d’une dizaine de fruits et légumes issus de semences paysannes comme un acte de résistance. Sauf que c’est tout à fait légal. Et que la multinationale n’est pas étrangère au manque de variétés sur les étals.

Un géant mondial qui dénonce la disparition des semences paysannes, la mainmise de l’industrie chimique sur la production vivrière et la standardisation de l’agriculture. C’est le grand écart que vient de réaliser l’enseigne Carrefour –n° 1 européen de la grande distribution, n°2 mondial– dans une campagne aussi belle que mensongère. Le pitch? «Une loi» –qui a créé un catalogue officiel des variétés et espèces - nous priverait «de milliers de fruits et légumes [en interdisant] la commercialisation de leurs semences.» Pourfendeur de ce système injuste, Carrefour a donc mis en rayon ces artichauts Camus du Léon, ces potimarrons Angélique, ces courges Butternut Kouign Amann ou ces rhubarbes acidulées de Bretagne dont les paysans, «depuis des millénaires, ont soigneusement sélectionné les semences de variétés paysannes pour leurs goûts variés et leur adaptation naturelle aux différents terroirs et écosystèmes».

Ouvrir le catalogue officiel

Un acte de résistance, en somme, dans ce monde où «l’agriculture intensive et la consommation de masse ont fait la part belle aux variétés qui assurent un meilleur rendement, qui sont plus résistantes aux transports et dépendantes des pesticides». Pour parfaire son geste, l’enseigne s’est fendue d’une pétition demandant que la loi soit simplifiée «pour permettre aux petits paysans de commercialiser en circuit court leurs semences librement reproductibles», et «pour ouvrir le catalogue officiel à ces semences paysannes, pour que les fruits et légumes qui en sont issus puissent être commercialisés plus largement auprès de tous les consommateur». 

Des terrasses cultivées au bout du monde, des herbiers centenaires qui fleurent encore bon la prairie, des milliers de sachets aux graines plus précieuses que des diamants… L’héritage de Nikolaï Vavilov, ce botaniste visionnaire qui quadrilla la planète au début du XXe siècle pour y glaner des milliers de semences, a été photographié sous toutes ses coutures par Mario Del Curto. Dans un livre dense, le photogramhe suisse donne à voir cette moisson sans pareille, et comment des scientifiques acharnés la font fructifier en la régénérant à intervalles réguliers. Un trésor sauvé des griffes de Moscou, qui avait voulu exproprier 90 hectares d’un des vergers conservatoires de l’institut Pavlovsk en 2010. L'Institut Vavilov, Les graines du monde, Mario Del Curto, Actes sud.

 

Opération de com’

Tout cela présente bien dans les allées éclairées des supermarchés, mais cela fleure bon l’opération de communication à l’oreille des connaisseurs du dossier. «C’est carrément un hold-up!, s’étrangle Patrick de Kochko, coordinateur du réseau Semences paysannes. Car il est tout à fait légal de vendre des légumes qui ne sont pas inscrits au catalogue, tout comme de vendre de petites quantités de semences aux amateurs.» L’interdiction porte uniquement sur la vente en gros de ces semences paysannes. «Carrefour, comme tout le monde, peut donc vendre toutes les rhubarbes et tous les fruits de la planète, toutes les variétés de légumes des paysans, et tous les légumes ‘interdits’, a réagi le Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis), qui édite le catalogue en question. Bien sûr, comme tout le monde, Carrefour doit aussi être attentif à respecter ses consommateurs et à ne pas les tromper sur ce qu’il leur vend.» A bon entendeur…

 

Carrefour, moteur de l’homogénéisation

Tout en reconnaissant le mérite de certains des maraîchers qui se sont engagés auprès de Carrefour pour fournir leurs magasins en légumes et en fruits lors des 5 prochaines années, le réseau dénonce ces «stratégies marketing de l’agrobusiness à l’affût de nouvelles niches commerciales à exploiter ou d’initiatives écocitoyennes à récupérer pour se verdir la façade». Et ce, en se payant le luxe d’enrôler Guy Kastler, l’un des piliers historiques du Réseau. Les noms d’oiseaux ne sont pas loin… «Ce qui est écœurant c’est que Carrefour, avec son chiffre d’affaires avec sa politique d’agréage [contrôle des fruits et légumes avant leur mise en rayon] pour avoir des tomates identiques de janvier à décembre, est précisément responsable de l’homogénéisation des variétés et de la disparition des paysans et de leur savoir-faire», conclut Patrick de Kochko.

 



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