NKM: «La sécheresse concerne tous les usagers»

Le 16 mai 2011 par Geneviève De Lacour
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La sécheresse est comparable à celle de 1976
La sécheresse est comparable à celle de 1976

Avec un mois d'avance, Nathalie Kosciusko-Morizet a réuni lundi 16 mai la Commission de suivi hydrologique, dite comité Sécheresse. Cet aréopage rassemble les représentants du BRGM , des usagers de l'eau, des élus et des experts, afin de faire le point sur la sécheresse qui sévit actuellement en France.

«La situation est véritablement critique.» C’est par ces termes que Nathalie Kosciusko-Morizet a commencé sa conférence de presse aujourd’hui lundi 16 mai après avoir présidé la première réunion du comité Sécheresse. Avec 28 départements déjà concernés par au moins un arrêté de limitation des usages de l’eau, la France est «d'ores et déjà en situation de crise», précise la ministre de l’écologie.

Et c’est la combinaison des deux facteurs, déficit pluviométrique et températures élevées, qui fait que «tous les indicateurs sont à l’orange ou au rouge». Le faible débit des fleuves, le niveau des nappes phréatiques, la fonte des neiges, la reproduction des poissons, tous ces facteurs indiquent que la situation est celle d’un mois de juillet. «Nous avons deux mois d’avance», a insisté la locataire de l’hôtel de Roquelaure.

 
En effet, les cumuls de précipitations pour le mois d’avril n’ont atteint que 29% de la moyenne de référence sur la période 1971-2000. Le déficit atteint même entre 50 et 75% de la normale du Poitou au Limousin et jusqu’au nord de Midi-Pyrénées, ainsi que du nord des Alpes au Jura et sur le nord du Bassin parisien.
 
Le bilan des nappes phréatiques n’est pas plus réjouissant. 68% des nappes présentent des niveaux inférieurs à la normale, indique Ariane Blum du BRGM. Ce chiffre était de 58% en avril. Michèle Blanchard de Météo France rappelle que le mois passé a été particulièrement chaud et a asséché les sols à «des niveaux jamais atteints depuis 50 ans». Et la pluie ne devrait pas pointer le bout de son nez au cours des 15 prochains jours, estime la météorologue.
 
L’urgence de la situation a conduit la ministre à avancer la prochaine réunion à juin pour permettre «un suivi plus rapproché».
Nathalie Kosciusko-Morizet souligne «l'attention particulière» à apporter à «l'impact des fortes chaleurs sur le fonctionnement des centrales nucléaires» avec deux risques, «la baisse du débit d'eau et l'augmentation de la température, qui ont un impact sur le processus de refroidissement» des réacteurs. «Le manque d'eau est bien prévu dans le dispositif de contrôle. En dernier recours, si le débit d'eau est trop faible, le réacteur est arrêté sans dérogation possible», assure la ministre de l'écologie. Elle rappelle aussi que, depuis 2003, les centrales sont dotées d'un «référentiel grand chaud», sorte de «plan Canicule» adapté aux réacteurs nucléaires, pour faire face à ce type de conditions météorologiques.
Autre problème, avec des rivières à leurs cotes les plus basses, certains réservoirs, comme le barrage de Serre-Ponçon ou la retenue de Cavaillon, n’atteindront pas leur niveau touristique.
 
Aucune mesure d'urgence n'a été programmée. Mais la ministre annonce la publication, dès juin, de nouvelles cartes de mesures de restriction, plus précises et plus réactives pour mieux évaluer en «temps réel» la situation. Actuellement, le ministère de l'écologie présente une carte à l'échelle des départements, actualisée une fois par semaine.
 
Comment prévenir ce genre de situation? La ministre est revenue sur son annonce de la semaine passée d’une réduction de 20% de la consommation d’eau d’ici 2020, qui est à répartir entre les secteurs. «La situation de l’agriculture est assez peu satisfaisante en ce qui concerne sa gestion de l’irrigation. On donne des autorisations trop facilement», affirme la ministre. «Des départements subissent des restrictions même en année humide. Il faut respecter le débit d’étiage!»
 
La solution reste, selon elle, de mettre en œuvre un «dispositif préventif», un système de gestion unique par bassin versant des irrigants, et normalement déjà prévu par la loi sur l'eau et les milieux aquatiques (Lema). Cet «outil puissant d'anticipation» définira «en amont» les volumes d'eau à prélever, puis leur répartition. «Cette expertise collective doit être rendue d'ici la fin de l'année.» Elle évoque aussi d’éventuels changements de culture pour des espèces moins consommatrices en eau.
Deuxième solution évoquée par la ministre. Une nette réduction des fuites d’eau potable. «Nous souhaitons atteindre un maximum de 15% de fuites. Il s’agit d’économiser ainsi un total de 600 millions de mètres cubes par an
 
Selon les chiffres du ministère, sur les 6 milliards m3 d’eau consommés, l'agriculture en emploie 50% (dont 80% pendant les 3 mois d'été), l'industrie 22% (en baisse de 30% par rapport aux années 1970) et les particuliers 30%.
Avec la sécheresse, vont apparaitre des tensions entre les différents secteurs, les différents usagers. «Mon rôle est de faire que le partage des enjeux se fasse, le partage des objectifs aussi. Ce problème de sécheresse concerne tous les usagers», insiste Nathalie Kosciusko-Morizet.
 
Enfin, trois départements supplémentaires sont sur le point d’instaurer des restrictions d’usage. Il s’agit de l’Ain, du Tarn et Garonne, de l’Ille et Vilaine ou la Loire.
 


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