Nitrates bretons: le bilan contrasté des chartes de territoire

Le 14 octobre 2014 par Romain Loury
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Des chartes de territoire au succès variable
Des chartes de territoire au succès variable

Malgré des progrès, le plan de lutte contre les algues vertes en Bretagne continue à buter sur la réticence de nombreux agriculteurs, selon un premier bilan des 8 chartes de territoire mises en place pour chaque baie concernée.

Annoncé en février 2010, le plan de lutte contre les algues vertes 2010-2015 contient trois volets majeurs: amélioration des connaissances, actions curatives (amélioration du ramassage et du traitement des algues) et actions préventives (amélioration des traitements des eaux usées, changement de pratiques agricoles, aménagement du territoire).

Depuis le lancement du plan, c’est ce dernier chapitre qui s’est révélé le plus compliqué à mettre en place. Il se décline en 8 chartes de territoire, chacune correspondant au bassin versant d’une baie touchée par le problème des algues vertes. Selon un bilan présenté lors du comité régional de suivi du plan (qui ne s’était pas réuni depuis septembre 2013), les résultats sont très variables de l’une à l’autre.

Considérée comme bonne élève, la baie de la Lieue de Grève (Côtes d’Armor) a ainsi vu sa charte ratifiée par 66% des agriculteurs, qui s’engagent ainsi à réduire leurs émissions de nitrates, pour un objectif de 80% en 2015. A l’inverse, la baie de la Fresnaye (Côtes d’Armor) n’a obtenu d’engagements que pour 7% de la surface agricole utile (SAU), pour un objectif fixé à 80%!

Les plus polluants ne s’engagent pas

L’avancée du plan ne se réduit pas au seul pourcentage d’agriculteurs engagés ou de SAU couverte. D’autant que certaines chartes font montre de «très peu d’ambition», et seraient donc peu contraignantes, estime auprès du JDLE Arnaud Clugery, chargé de mission à l’association «Eaux et rivières de Bretagne», qui cite en exemple celle en vigueur dans la baie de l’Horn-Guillec (Finistère).

Quant aux agriculteurs qui décident de ne pas signer d’engagement, «ce sont très souvent les plus polluants», ajoute-t-il. Bonne nouvelle selon lui, le préfet de mission a annoncé que «le risque d’un passage au réglementaire [n’était] pas écarté» afin de venir à bout des récalcitrants. «Les services de l'État travaillent déjà sur un projet d'arrêté ZSCE [zones soumises à contraintes environnementales]», affirme «Eaux et rivières de Bretagne».

Le bilan présenté par la préfecture de Bretagne en dit peu sur l’augmentation de la part d’herbe et de bio dans la SAU, considérée comme l’un des moyens les plus sûrs d’enrayer la pollution aux nitrates. Parmi les bons résultats, ceux de la baie de la Lieue de Grève, dont la part d’herbe dans le bassin versant atteint désormais 58% de la SAU pour un objectif de 60%. «Quant au bio, il ne progresse pas», ajoute Arnaud Clugery.

Bien qu’ils constituent l’indicateur majeur du plan, les taux de nitrates n’ont pas été communiqués lors de la réunion du comité. «Ce qui est certain, c’est que les concentrations de nitrates sont à la baisse depuis 10 ans. Mais ils sont à la baisse partout: ce n’est donc pas forcément lié à ce plan algues vertes, mais plutôt à d’autres mesures qui se sont succédées ces 15 dernières années», juge Arnaud Clugery.

Moins d’algues vertes en 2014

Selon la préfecture de Bretagne, 2014 aura été très clémente en matière d’algues vertes: «les quantités collectées fin septembre s'élèvent à environ 16.000 tonnes, soit une baisse de 45% par rapport aux tonnages enregistrés à la même époque en 2013, année déjà considérée comme exceptionnellement basse depuis 2002 et à comparer aux 59 000 tonnes ramassées en 2012».

Difficile d’attribuer ce résultat à la seule, et encore hypothétique, réussite du plan algues vertes, reconnaît la préfecture. L’hiver 2013-2014 aura été marqué de «phénomènes météorologiques intenses (…) qui ont favorisé la dispersion des stocks d'algues, déjà faibles à l'entrée de la saison hivernale», les échouages ayant de plus «un caractère très irrégulier et aléatoire».

Début septembre, la France a été condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne pour manquement à la directive de 1991 contre la pollution des eaux par les nitrates agricoles.



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