Nigeria : le rapport de la discorde

Le 23 août 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Selon un rapport non encore publié par le Pnue, l’essentiel de la pollution pétrolière du delta du Niger est imputable aux populations locales.

Il n’est pas encore paru qu’il fait déjà polémique. Commandité par le gouvernement nigérian, payé par les compagnies pétrolières et réalisé par le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), l’audit environnemental de l’industrie pétrolière du plus grand pays d’Afrique fait jaser. Et pour cause. Ne devant paraître qu’à la fin de l’année, ce rapport tant attendu a été, en partie, dévoilé dimanche 22 août par nos confrères du Guardian. Dans son édition de lundi, le quotidien londonien indique que, sur les 9 à 13 millions de barils qui souillent depuis 50 ans les sols, les eaux et la mangrove de la région pétrolifère du delta du Niger, seuls 10 % sont directement imputables à l’industrie pétrolière. Les 90 % restant seraient le résultat des vols d’hydrocarbures et des sabotages d’installations pétrolières.

L’estimation en fait bondir plus d’un. Jusqu’au milieu des années 1990, Shell Nigeria reconnaissait que la moitié des fuites de brut étaient imputables à la corrosion de ses installations. Depuis, le discours a changé. Et en 2007, 70 % des fuites étaient le fait « d’actes de sabotage réalisés pour des raisons politiques ou économiques. »

L’estimation du Pnue va donc bien au-delà du discours des pétroliers. Et contredit, aussi, un rapport réalisé en 2009 par Amnesty International.

Coordinateur d’une enquête qui a mobilisé une centaine de personnes pendant trois ans, Mike Cowing défend son travail. « Le Pnue n’est pas chargé d’attribuer les responsabilités des nombreuses marées noires qui se produisent dans l’Ogoniland. Nous nous appuyons sur la science. Et les données que nous publions sont celles du ministère nigérian de l’environnement et du département des ressources pétrolières », écrit-il dans un courriel, publié par The Guardian. Et l’expert de rappeler que les membres de son équipe ont été témoin, quotidiennement, de vols importants de pétrole.

S’il paraît difficile de déterminer l’origine des milliers de pollutions par les hydrocarbures qui détruisent, chaque année un peu plus, l’une des plus grandes mangroves du monde, plusieurs faits méritent d’être rappelés.

Au Nigeria, Shell sent le soufre. La compagnie anglo-néerlandaise extrait la moitié du pétrole local, apportant du même coup au gouvernement d’Abuja la moitié de ses recettes annuelles. Présent depuis 1936, Shell est la principale compagnie pétrolière travaillant sur place. Elle est aussi probablement la plus détestée, et notamment par la minorité Ogoni. La faute aux pollutions mais aussi à l’exécution en 1995, par le régime nigérian, de 9 militants ogonis, en lutte contre les dommages écologiques causés par les installations de la Shell.

Depuis lors, les Ogonis ne cessent d’agir contre la multinationale. En juin 2009, accusée de complicité dans la mort de Ken Saro-Wiwa, l’un des 9 suppliciés de 1995, Shell préfère verser 15,5 millions de dollars de dommages et intérêts aux représentants des familles des victimes plutôt que de subir un procès devant la justice américaine. Six mois plus tard, la justice néerlandaise se déclare compétente pour instruire une plainte déposée par deux paysans nigérians contre le numéro deux mondial du pétrole et du gaz. Les plaignants entendent obtenir réparation pour les conséquences de la fuite d’un oléoduc, dans la région du delta, 4 ans plus tôt.

S’étendant sur une superficie de 70.000 km2, le delta du Niger abrite aujourd’hui une trentaine de millions d’habitants. Héritage de la guerre civile qui ruina le pays, il y a plus de 40 ans, le pouvoir central n’accorde pas la moindre confiance aux minorités locales qui n’ont droit à aucune part des royautés pétrolières. Laissées pour compte, ces populations se paient parfois sur la bête, en pompant des hydrocarbures directement dans les oléoducs ; opération terriblement dangereuse, tant pour ceux qui la commettent que pour l’environnement.

D’autres s’enrôlent dans des milices armées qui n’hésitent pas à prendre en otage les installations offshore et ceux qui les servent pour obtenir quelque rançons auprès de Shell, d’Exxon ou de Total. Quand les négociations piétinent, ils n’hésitent pas à faire sauter des pipelines, comme le Trans Escravos, en mars 2009. Une explosion qui fut la cause d’un relâchement de 70.000 barils de brut. L’état de l’environnement du delta du Niger sera, peut-être, connu à la fin de l’année. Mais son avenir ne s’annonce guère meilleur.



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