Nicolas Hulot présente son plan Hydrogène

Le 01 juin 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Plusieurs dizaines de taxis à hydrogène roulent déjà en Île-de-France;
Plusieurs dizaines de taxis à hydrogène roulent déjà en Île-de-France;
Toyota

Le gouvernement investit 100 millions d’euros dans de nouvelles filières d’hydrogène. Les objectifs poursuivis sont de fournir de nouvelles solutions de stockage d’énergie électrique et de décarboner les transports et le système de gaz naturel.

 

Deux jours après en avoir dévoilé les grandes lignes à l’Assemblée nationale, le ministre de la transition écologique a officiellement présenté, ce vendredi 1er juin, son plan Hydrogène. Jeté aux oubliettes après l’incendie du dirigeable transatlantique Hindenburg, en 1937, l’hydrogène refait donc une apparition dans l’agenda politico-industriel français. Dans les années 1990, avec l’arrivée des premières piles à combustible commerciales (statiques et embarquées), le dihydrogène avait de nouveau fait parler de lui, avant de retomber dans l’oubli.

L’un des principaux défauts de l’hydrogène est d’être produit par des énergies fossiles, dans des raffineries ou des usines chimiques. La production du million de tonnes d’hydrogène français est à l’origine de 13 Mt de CO2 chaque année: le quart des rejets carbonés de l’industrie. L’un des objectifs du plan Hulot est de décarboner cette production, en réduisant les coûts des électrolyseurs alimentés par de l’électricité verte. D'ici 2023, 10% de l'hydrogène utilisé en France devra être issu d'électricité produite par des éoliennes, du solaire et de hydraulique, espère l’Hôtel de Roquelaure. L'objectif est de monter entre 20% et 40% en 2028.

Cette fois, le gouvernement semble décider à lui donner sa chance. Pour plusieurs raisons. A commencer par le développement des énergies renouvelables électriques. «Aujourd’hui, rappelle-t-on dans l’entourage de Nicolas Hulot, le réseau électrique est capable de supporter 40% d’électricité produite par des sources intermittentes. Aller plus loin implique de disposer d’importants systèmes de stockage.» Volants d’inertie, air comprimé, batteries, power to gas se disputent les faveurs des électriciens, des scientifiques et des industriels. Mais, compte tenu de leurs performances annoncées et de la baisse des coûts, ce sont les deux dernières qui semblent appelées à jouer les meilleurs rôles.

power to gas

Le concept du power to gas est simple. En période de faible consommation (ou de petit prix sur le marché de gros de l’électricité), les électrons produits par les éoliennes et les fermes photovoltaïques alimentent des électrolyseurs qui produiront de l’hydrogène. Stocké, l’hydrogène peut être ensuite utilisé par des piles à combustible (PAC) pour produire, à la demande, de l’électricité, voire de la chaleur en cogénération. De 2012 à 2015, le CEA a testé cette solution en Corse, avec son démonstrateur Myrte.

20 millions par an

D’ici la fin du quinquennat, l’Ademe[1] va donc investir 100 millions d’euros (issus des programmes d’investissement d’avenir et de l’Agence nationale de la recherche) pour cofinancer des projets territoriaux. Les filiales d’EDF (RTE, Enedis et EDF SEI pour les DOM-COM) vont identifier les zones les plus propices au couplage d’électrolyseurs et de réseaux d’électricité. L’idée étant de lancer le plus rapidement possible des expérimentations, comparables à celle menée depuis deux ans par l’électricien national sur l’île de la Réunion.

L’hydrogène peut aussi décarboner les transports. Plus de 220 voitures carburent aujourd’hui au H2. Sous leur capot: une PAC génère l’électricité nécessaire à l’alimentation d’un moteur électrique. Effectué en moins de trois minutes, le plein de quelques kilos d’hydrogène donne au véhicule 500 kilomètres d’autonomie environ. Le tout pour une cinquantaine d’euros.

20 fois plus de voitures en 5 ans

D’ici 2023, le gouvernement espère voir rouler 5.000 voitures et 200 véhicules lourds (camions, bateaux, TER, bus). Ce qui nécessitera la construction d’une centaine de stations-service. Ces chiffres pourraient quadrupler à l’horizon 2028. Pour atteindre pareils objectifs, le ministère des transports met la dernière main à une nouvelle réglementation encadrant les points de distribution. L’Ademe accompagnera les industriels. Et une mission parlementaire devrait voir le jour dans les prochaines semaines sur le verdissement des locomotives. Au grand bonheur d’Alstom Transport qui teste un TER à hydrogène (Coralia iLint), sur des voies allemandes, faute de normalisation française.

L’un des plus importants stockages d’électricité par hydrogène ne sera pas soutenu par le plan Hulot. A Manu, en Guyane française, la société Hydrogène de France (HDF) prévoit de mettre en service en 2020 une centrale photovoltaïque de 55 mégawatts crête (MWc), couplée à un électrolyseur (140 mégawattheures –MWh- de capacité) et à une pile à combustible. En pleine journée, l’installation produira 10 MW, contre 3 MW durant la nuit. Les 90 M€ seront financés par HDF, des investisseurs privés et des banques.

Troisième pilier du plan Hulot: la décarbonation de la filière gaz. L’hydrogène a la capacité d’être un bon combustible qui peut être mélangé au gaz naturel. Mais cette fois, les industriels ont pris un peu d’avance. Un consortium mené par Engie démarre très prochainement l’expérience Grhyd. Situé à Dunkerque, ce démonstrateur produira de l’hydrogène grâce à de l’électricité d’origine renouvelable. Le gaz aura deux utilisations: la production d’un GNV dopé à l’hydrogène, utilisé par une flotte locale de bus et l’injection directe dans le réseau de distribution de gaz naturel.

gare aux réseaux

Aux antipodes, à Fos-sur-Mer, un groupement d’entreprises, conduit par GRTGAZ, mènera une autre expérience: Jupiter 1000. Alimentés par du courant issu de centrales hydroélectriques et de fermes solaires, deux électrolyseurs de technologies différentes (alcaline et membranes) produiront de l’hydrogène. Celui-ci sera ‘mélangé’ à du CO2 capté dans une usine voisine. De cette méthanation naît un méthane de synthèse qui sera injecté dans le réseau de transport de gaz. Un détail: il faudra attendre encore quelques années avant de savoir si les réseaux de gaz supportent une dose d’hydrogène, un gaz particulièrement corrosif.



[1] Ademe: Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

 



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