Nicolas Hulot dévoile ses premières mesures

Le 23 juin 2017 par Stéphanie Senet
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Première interview du nouveau ministre de la transition écologique et solidaire
Première interview du nouveau ministre de la transition écologique et solidaire

Invité sur RMC par Jean-Jacques Bourdin, le ministre de la transition écologique et solidaire a fait, ce 23 juin, plusieurs annonces concernant les perturbateurs endocriniens, la recherche d’hydrocarbures ou la transition énergétique.

 

Deux jours après leur nomination, les attributions des deux nouveaux secrétaires d’Etat rattachés à Nicolas Hulot restent une grande inconnue. Le ministère de l’écologie ne s’est toujours fendu d’aucun communiqué de presse. Que feront Brune Poirson et Sébastien Lecornu? Nul ne le sait vraiment. Et ce ne sont pas les déclarations de Nicolas Hulot qui ont éclairci l’affaire. «Leurs attributions seront traverses car le sujet que l’on porte est un sujet sociétal», a tranché Nicolas Hulot. Celui-ci a toutefois glissé que «la mer, la biodiversité et les océans seront rapidement familiers à Brune Poirson», même si c’est elle qui «siègera à Luxembourg au Conseil européen de l’énergie». Quant à son homologue, «il a une grande connaissance des territoires». Et «la transition énergétique et écologique ne peut se faire sans les territoires», a affirmé le nouveau locataire de l’Hôtel de Roquelaure. N’oublions pas que la ministre des transports Elisabeth Borne a survécu au remaniement ministériel, tandis que Stéphane Travert a remplacé Jacques Mézard au ministère de l’agriculture et de l’alimentation.

 

Exit la recherche d’hydrocarbures

Interrogé sur les permis de recherche d’hydrocarbures, Nicolas Hulot a déclaré qu’il ne reviendrait pas sur les permis autorisés, car «cela impliquerait des astreintes très importantes». Mais il a assuré qu’il n’autoriserait aucun nouveau permis d’exploration d’hydrocarbures, aussi bien sur le territoire métropolitain qu’en Outre-mer. «Pour cela, nous allons préparer, dès cet été, une loi qui sera soumise au vote du Parlement à l’automne», a-t-il dit. Une loi qui est dans les tuyaux depuis 2013... Par ailleurs, c'est une suite logique aux propos tenus par le candidat Macron, qui s’était déclaré opposé à la recherche de gaz de schiste en France métropolitaine pendant la campagne. «C’est une annonce positive mais sans surprise et pour le moment insuffisante», a commenté à l’AFP Célia Gautier du Réseau Action Climat.

 

Rattrapage fiscal

Deuxième (fausse) annonce: la fiscalité de l’essence et du gazole seront remises à égalité «dans un horizon assez proche». «Jusqu’à présent, la fiscalité écologique était essentiellement punitive et additionnelle. Si on veut qu’elle nous aide à structurer les modes de consommation et de production, et nous emmène vers des comportements vertueux, il faut que ce soit à pression fiscale égale pour l’essentiel de nos concitoyens et pour nos petites et moyennes entreprises», a tenu à rassurer Nicolas Hulot.

Ce rattrapage n’a rien d’une nouveauté. Relancé fin 2015, il a été suggéré dès 1995 pour réduire le poids du diesel dans l’Hexagone. Certes à une allure d’escargot, et sans visée à long terme. Plus largement, une feuille de route sur la transition énergétique sera présentée en juillet. De son côté, la loi sur la transition énergétique reste, sans surprise, «non négociable».

Résultat: pas de quoi enthousiasmer les ONG. «Nous sommes prêts à nous mettre autour de la table pour participer à la réforme indispensable du code minier. Le rattrapage de la fiscalité essence-diesel doit être le plus rapide possible, pour donner un véritable signal à la fois aux acheteurs de véhicules, notamment pour les flottes d’entreprise, comme aux constructeurs. La santé des Français n’est pas négociable», a commenté France Nature Environnement. A cause des avantages fiscaux accordés au gazole, le diesel concerne toujours 86% des immatriculations des véhicules d’entreprise en 2016.

 

Le loup autour de la table

Alors que le nouveau ministre de la transition écologique a proposé d’abattre de 36 à 40 loups lors de la campagne 2017-2018, il a complété sa position chez Jean-Jacques Bourdin, en indiquant le lancement, dès septembre, d’une remise à plat du dispositif. Objectif? «Définir un schéma avec les éleveurs et les associations pour les 4 prochaines années, qui sera applicable dès le 1er janvier 2018.»

 

Perturbateurs endocriniens: allô Berlin

Interrogé sur les critères européens de définition des perturbateurs endocriniens, Nicolas Hulot a déclaré être opposé à la version actuelle et avoir demandé un report du vote du texte. «Je suis en négociation avec le cabinet de la ministre allemande. La France va rester ferme parce qu’il existe des conditions dans le texte, qui en l’état, sont inacceptables. J’ai jusqu’au 4 juillet pour trouver une solution commune avec l’Allemagne.»

En l’état actuel, la proposition est critiquée par les ONG sur plusieurs points: niveau de preuve scientifique très élevé pour définir les perturbateurs endocriniens, et dérogation pour les pesticides et biocides dont le mode d’action est hormonal. Craignant que la France ne fasse marche arrière, l’association Générations futures s’est félicitée de cette prise de position. «Nous attendons maintenant que les négociations engagées portent leurs fruits. Rappelons que les perturbateurs endocriniens engendrent des coûts sanitaires annuels de plus de 150 milliards d’euros par an pour l’UE», a déclaré François Veillerette, son porte-parole.

 

Quelle valeur aux produits alimentaires?

Les états généraux de l’agriculture et de l’alimentation débuteront bien en juillet, au travers d’ateliers organisés dans toute la France sur le modèle du débat sur la transition énergétique. Ambitieux, le résultat est attendu pour septembre. Il faudra sortir «avec une feuille de route qui représente un nouveau virage des modes de production et de consommation et qui saura réconcilier urbain et rural, et donnera de la dignité et de la sécurité à nos paysans», dont «la condition, aujourd’hui, est tragique», selon Nicolas Hulot.

Le ministre de l’agriculture Stéphane Travert a complété en affirmant que la question principale serait celle de «la valeur des produits alimentaires qui doit revenir aux producteurs, face à la part que s’allouent les transformateurs et les distributeurs». «Les coopératives bio connaissent aujourd’hui 33% de croissance et la plupart des produits proviennent de l’étranger. N’est-ce pas schizophrénique?», a ajouté Nicolas Hulot.

Le nouveau ministre s’est montré plus évasif sur l’extraction du sable dans la baie de Lannion, «déjà suspendue par le ministre de l’industrie», ainsi que sur les rejets en mer d’Alteo, pour lesquels «il faudra combiner l’impératif écologique, la Méditerranée étant au carrefour de toutes les difficultés et de toutes les agressions, avec la sauvegarde des emplois.» L’affaire pourrait revenir à Bercy ou à Matignon, comme lors du précédent quinquennat, Manuel Valls ayant eu le dernier mot au grand dam de Ségolène Royal. De son côté, le président Macron sera de nouveau «écologiste» samedi après-midi. Après être monté au créneau contre le retrait de Donald Trump de l’Accord de Paris, il prononcera le discours de clôture de la journée dédiée à la présentation du Pacte mondial pour l’environnement porté par l’ancien président de la COP 21 Laurent Fabius.



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