Ni bio, ni conventionnelle, une troisième voie alimentaire?

Le 22 février 2019 par Stéphanie Senet
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Le label zéro résidu de pesticides a été lancé il y a un an
Le label zéro résidu de pesticides a été lancé il y a un an

Entre agriculture biologique et pratique conventionnelle, les produits «zéro résidu de pesticides» tentent de se faire une place au soleil. Au risque de semer la confusion chez le consommateur.

 

«Un mouvement citoyen de producteurs français engagés dans une démarche de progrès environnemental.» Voilà comment se définit le collectif Nouveaux Champs, créé il y a juste un an, à l’origine du label «zéro résidu des pesticides». Il compte aujourd’hui une cinquantaine de producteurs, surtout de fruits et légumes[1], mais aussi quelques viticulteurs, des céréaliers et des fabricants de jus de fruits répartis sur la France entière.

 En-dessous de la limite maximale

But du jeu: «Nous nous engageons à offrir un produit présentant une quantité de résidus de pesticides inférieure à la limite maximale (LMR) fixée par le ministère de l’agriculture pour chaque espèce», explique Gilles Bertrandias, président du collectif. Concrètement, les 9.500 tonnes de produits labellisés en 2018 affichaient des concentrations entre 10 et 1.000 fois inférieures aux normes selon les produits. Ce qui, contrairement à l’intitulé du label, ne garantit pas pour autant «zéro résidu».

413 substances autorisées

Les producteurs labellisés se soumettent à une obligation de résultat, contrôlée pour chaque parcelle par des laboratoires accrédités par le Cofrac[2]. «Nous analysons les 277 substances actives de pesticides autorisées dans l’Union européenne qui sont visées par une LMR, sur 413 au total», poursuit Gilles Bertrandias. «Nous y ajoutons tous les néonicotinoïdes interdits qui peuvent être encore présents dans les sols, ainsi que des substances décriées ou utilisées sur des parcelles voisines.» Le collectif assure que 10.000 tonnes d’aliments n’ont pas obtenu le sésame l’an dernier pour dépassement du taux autorisé: autant que la production commercialisée.

Plutôt zéro résidu ou sans pesticides? Spécifique à la Bretagne, un label ‘sans pesticides’ a été lancé en février 2018 par les marques Prince de Bretagne, Savéol et Solarenn. Il touche 176 producteurs maraîchers, qui représentent 50% de la tomate française.

Si elle est contrôlée, cette production génère toutefois une deuxième confusion possible pour le consommateur: les fermiers peuvent bel et bien utiliser les 413 substances de pesticides homologuées. En comparaison, le cahier des charges de l’agriculture biologique se limite à 95. L’usage des pesticides est seulement réduit, avec une baisse en moyenne de 51% des indicateurs de fréquence de traitements phytosanitaires (IFT) sur les parcelles de fruits et légumes labellisées. Un résultat toutefois supérieur à l’objectif du ministère de l’agriculture: 25% de pesticides de synthèse en moins en 2020.

 

Des filets des vergers aux barquettes en plastique

Comment rester dans les clous? Les exploitants s’appuient sur une série de techniques, dont l’utilisation de filets autour des vergers pour se protéger d’éventuelles contaminations, le recours à la génétique variétale, à la rotation des cultures, aux insectes pour lutter contre les ravageurs et à l’emballage des produits en barquette plastique pour éviter tout contact en rayon. Au total, 108 types de barquettes ont été référencés l’an dernier pour 25 espèces (dont la tomate, la pomme et la poire). Avec un produit en moyenne 30% plus cher qu’en agriculture conventionnelle, le collectif affiche un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros.



[1] Ceux-ci représentent plus de 10% des producteurs français de fruits et légumes.

[2] Comité français d’accréditation



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