Neutralité carbone pour les entreprises: mode d’emploi

Le 30 mars 2020
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Orange vise la neutralité carbone en 2040
Orange vise la neutralité carbone en 2040

A l’initiative de Carbone 4, la Net Zero Initiative publie, ce mercredi, un référentiel de neutralité carbone dédié aux entreprises.

Neutralité carbone. C’est sans doute l’un des concepts les plus populaires initiés par l’Accord de Paris. L’idée est simple. Les Etats abattent leurs émissions au maximum avant d’extraire de l’atmosphère leurs rejets carbonés résiduels, via des puits de carbone naturels ou des machines qui restent à inventer. De l’Union européenne au Royaume-Uni, une soixantaine de pays ont gravé la neutralité carbone dans le marbre juridique.

Et les entreprises s’y mettent! Ce lundi 30 mars, la banque Barclays a annoncé sa conversion au zéro émission nette en … 2050. «Pas une semaine sans qu’un groupe n’annonce avoir atteint la neutralité carbone», s’amuse Renaud Bettin, consultant au sein de Carbone 4.

Un sujet global pas local

Cela a-t-il la moindre incidence sur le climat? «On sait évaluer un budget carbone global pour stabiliser le réchauffement à 2°C», rappelle le climatologue Olivier Boucher (IPSL). Répartir la gestion de ces émissions entre les Etats, voire entre des entreprises relève de l’inédit. «La neutralité carbone au niveau d’une entreprise, ça n’a pas de sens», tranche Fanny Fleuriot, spécialiste de la comptabilité carbone à l’Ademe.

Jean-Marc Jancovici est du même avis. «Ces entreprises se déclarent neutres en carbone, selon des règles qu’elles ont édictées, sur un périmètre qui les arrange. Le tout avec un effet immédiat. C’est totalement anesthésiant», résume le co-fondateur de Carbone 4.

Chacun en fait à sa tête

Cette neutralité de façade est souvent le résultat conjoint de progrès incrémentaux (on améliore l’efficacité énergétique des machines ou des bureaux) et d’achats de crédits carbone pas chers. «Bon nombre des acteurs de la compensation sont aussi des vendeurs de crédit», rappelle Renaud Bettin.

Malgré des tentatives d’encadrement des initiatives, telles les Science based targets imaginées par le WWF, le WRI et le CDP, chaque société en fait encore à sa tête. D’où l’intérêt de présenter une méthodologie, à vocation universelle.

Telle est l’ambition de la Net Zero Initiative (NZI). Initié par Carbone 4, ce programme de recherche produit ses premiers effets. Sous la supervision d’un collège scientifique, les consultants ont imaginé un cadre méthodologique pour aider les entrepreneurs à mettre leur entreprise sur les rails de la décarbonation. Toujours dans les clous fixés par la science.

«Nous avons tout d’abord défini les leviers que les entreprises peuvent actionner: la baisse de leurs émissions de gaz à effet de serre, qui reste l’action prioritaire, la contribution à la réduction de l’empreinte carbone de leurs parties prenantes (via des produits allégés en carbone, par exemple) et l’accroissement de la séquestration du carbone», souligne Renaud Bettin.

Nouvelle comptabilité carbone

Le 1er avril, NZI mettra en ligne la totalité de son référentiel. «L’idée, reprend Renaud Bettin, c’est non seulement d’aider les entreprises à hiérarchiser leurs actions, mais aussi de leur permettre d’évaluer leur niveau de performance, afin de pouvoir, le cas échéant, apporter des corrections à leurs actions».

Cette proposition de nouvelle comptabilité carbone en intéressera plus d’un. L’Association mondiale de la normalisation (Iso) esquisse une norme internationale de la neutralité carbone des entreprises. Les Français vont-il tirer les premiers ? Pas impossible.

Déjà, d’importants groupes intègrent les principes de la NZI dans leur stratégie. Orange, qui soutient la démarche, l’utilisera notamment pour évaluer la meilleure filière de séquestration du carbone. «Nous avons le choix entre l’agriculture, les forêts et les mangroves», indique le directeur du développement durable du groupe de télécommunications, Philippe Tuzzolino. Rendez-vous en 2040, échéance du plan stratégique du géant des NTIC.