Neutralité carbone: La Rochelle mise sur les crédits

Le 12 avril 2019 par Stéphanie Senet
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Quelle trajectoire pour atteindre la neutralité carbone en 2040 ?
Quelle trajectoire pour atteindre la neutralité carbone en 2040 ?

Visant la neutralité carbone en 2040, l’agglomération de La Rochelle (Charente-Maritime) a mis au point une stratégie originale basée sur la vente de crédits sur le territoire. Une première en France.

La neutralité carbone se joue aussi sur le littoral. L’agglomération rochelaise profite de l’appel à projets étatique ‘Territoires d’innovation de grande ambition’ (Tiga) pour faciliter sa transition vers la neutralité carbone en 2040 (cf. encadré). «Nous avions déjà mis en place des projets isolés. Avec ce projet Tiga, nous pouvons désormais relier entre elles toutes les initiatives menées sur la mobilité, l’habitat, et la préservation des marais», explique au JDLE Jean-François Fountaine, président de la communauté d’agglomération et maire de La Rochelle.

Empreinte carbone / En 2017, l’agglomération a émis 2 millions de tonnes équivalent CO2, provenant principalement des transports (40%), du bâti (20%), et de l’industrie (20%), le restant provenant des intrants et des déchets. Ce montant devrait être pratiquement divisé par deux en 2030 et à l’équilibre en 2040.

Le projet fait partie des 24 finalistes[1] de la sélection lancée en novembre 2017 par le Secrétariat général pour l’investissement et la Banque des territoires. A la clé: un chèque de 450 millions d’euros sur 10 ans. A condition de faire partie des lauréats dévoilés en septembre. En échange, l’agglomération doit se plier aux strictes contraintes de l’appel à projets national, dont «un retour sur investissement élevé», glisse l’ancien régatier professionnel.

Agrégateur carbone

Pour mettre en mouvement une transition globale, l’agglomération a associé la ville, l’université, le port et Atlantech[2], un pôle expérimental de la transition écologique. Un projet s’appuyant sur deux nouveaux outils majeurs, dont un «agrégateur carbone territorial». Conçu par l’association Atlantech avec la DGEC[3] du ministère de la transition écologique et l’Institut pour l’économie du climat[4], ce dispositif vise à financer des projets de réduction d’émission avec des crédits carbone achetés par des entreprises, des collectivités, des associations et même des citoyens.

 «Cet agrégateur va permettre de capter les entreprises locales non soumises au marché européen du carbone en valorisant leur démarche avec le label bas carbone[5]», explique Florence Peleau-Labigne, directrice générale des services de l’agglomération. «Sur 122 entreprises contactées, 31% se disent intéressées pour contribuer à cet effort de réduction des émissions», complète Anne Rostaing, chargée du projet à Atlantech. Avec un prix cible de 70 € la tonne en moyenne. A affiner selon les acteurs...

Piloté par une société coopérative, l’agrégateur financera la restauration d’une zone humide sur le territoire, le changement d’une flotte d’entreprise, un projet d’écologie industrielle. Les idées, qui ne manquent pas, seront sélectionnées par la société coopérative d’intérêt collectif.

Empreinte carbone en ‘open data’

Deuxième pilier innovant du projet rochelais, une plateforme de données de gaz à effet de serre (GES) doit voir le jour. Elle servira de référentiel de l’empreinte carbone sur le territoire. «Pour réaliser une base de données solide, nous allons travailler avec une centaine de partenaires, dont des acteurs majeurs du territoire comme le Grand port maritime, l’aéroport, l’hôpital, Alstom, Engie, EDF et Solvay», explique Didier Roux, président du comité scientifique La Rochelle Territoire zéro carbone.

Ebauche d’un futur décarboné

L’agglomération portuaire vise aussi à associer les territoires voisins. Notamment autour du MaaS (Mobility as a service), un outil de comparaison de l’empreinte carbone des différents modes de transport: bus, vélo, vélo-cargo, voiture individuelle ou en libre-service, covoiturage, marche à pied… Une fois le choix opéré, l’usager réglera son déplacement avec un mode de paiement unifié.

Transports alternatifs, écologie industrielle, éco-quartier, stockage du carbone… L’heure est à la créativité. «Avec le projet Tiga, nous voulons dépasser les classiques clivages territoriaux comme les acteurs du bio contre ceux du conventionnel, ou les gestionnaires contre les associations pour embarquer tout le monde dans un engagement vers la neutralité carbone», conclut Laure-Emilie Angevin, coordinatrice de la démarche Territoire zéro carbone à l’agglomération. Un objectif auquel personne n’échappera.

 

 

 



[1] Sur 113 projets présentés

[2] Atlantech regroupe un laboratoire de recherche, des entreprises de la transition, un centre de formation et un écoquartier

[3] Direction générale de l’énergie et du climat

[4] Institute for climate economics

[5] Le label bas carbone a été créé par un décret du 28 novembre 2018

 



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