Neutralité carbone du ciment: mode d’emploi

Le 05 novembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'essentiel des émissions carbonées du ciment sont produite lors de la production.
L'essentiel des émissions carbonées du ciment sont produite lors de la production.

Dans une étude publiée la semaine passée, 4 chercheurs suisses estiment que la neutralité carbone du secteur cimentier européen est à portée de main. A condition d’impliquer toutes les parties prenantes.


Si c’était un pays, la production de ciment émargerait au troisième rang mondial des émetteurs de CO2, après la Chine et les Etats-Unis. Produire 4 milliards de tonnes de ciment par an libère ‘mécaniquement’ 2,8 milliards de tonnes de gaz carbonique, soit 8% des rejets anthropiques de dioxyde de carbone. Des chiffres appelés d’ailleurs à progresser à mesure que se développent les pays émergents, que la démographie progresse et que l’urbanisation croît. Sans bouleversement technologique, ces tendances apparaissent comme résolument incompatibles avec les objectifs fixés par l’Accord de Paris.

moins 80% d'émissions carbonées
Mandatés par la fondation européenne du climat, 4 chercheurs suisses ont évalué le potentiel de décarbonation de la production de ce matériau de construction vital, avec les technologies disponibles et sans recours au captage-stockage géologique de carbone (CSC). Un potentiel prometteur, à en croire le rapport qu’ils ont publié la semaine passée. A condition que tous les acteurs de la chaîne de valeur y mettent du leur.

En se focalisant sur l’industrie européenne, Aurélie Favier (Ecole polytechnique de Zurich, ETHZ), Catherine de Wolf (Ecole polytechnique de Lausanne, EPFL), Karen Scrivener (EPFL) et Guillaume Habert (ETHZ) estiment qu’en agissant de front sur la cuisson du calcaire et des aluminosilicates (qui donnera le clinker, matière première de base de la production du ciment), l’économie circulaire et la mobilisation des entreprises de travaux publics, il serait possible d’abattre de 80% les émissions carbonées de l’industrie cimentière européenne.

La qualité environnementale de cette décarbonation est plus ou moins évidente. De nouveaux types de fours rotatifs, notamment ceux équipés de systèmes de préchauffage et de précalcination, consomment effectivement moins d’énergie que les installations en service. De même, la réutilisation de déchets de construction (les fines de ciment ou de béton) ou de cendres volantes réduit la demande en matière première.

Moins de ciment sur le chantier
Cette dernière valorisation pourrait d’ailleurs s’avérer moins intéressante que prévu, à mesure que fermeront les centrales au charbon en Europe. Les 4 scientifiques proposent aussi d’accroître les tonnages de combustibles solides de récupération (CSR) brûlés dans les fours en substitution au charbon. Une solution pas très écolo, mais considérée comme bas carbone. Plus étonnant, l’étude estime que l’on peut aussi sensiblement réduire, sur les chantiers, la consommation de ciment. Ce qui implique une totale adhésion des architectes, des maîtres d’ouvrages et d’œuvre, des producteurs de ciment et des entreprises du bâtiment.
Mises en œuvre de concert, ces solutions permettraient, affirment les 4 auteurs, de réduire de 80% les émissions carbonées du secteur cimentier européen entre 1990 et 2050. La neutralité carbone pouvant être obtenue en équipant les fours rotatifs d’un système de CSC.



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