Neuf présidents d’associations appellent à des «états généraux de l’agriculture»

Le 27 avril 2012 par Geneviève De Lacour
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20% d'agriculture bio en 2020 ?
20% d'agriculture bio en 2020 ?

Neuf présidents d’association dont Serge Orru pour le WWF France, Stephen Kerckove d’Agir pour l’environnement, François Veillerette de Générations futures ont signé aujourd’hui 27 avril dans le journal Le Monde un appel «Pour des états généraux de l’agriculture».

Ils notent que si les Français ont une bonne image de l’agriculture, ils sont 93% à souhaiter une évolution des pratiques agricoles réduisant l’utilisation des engrais et des pesticides pour limiter la pollution de l’eau, de l’air et des sols et les risques pour la santé. Des Français qui souhaitent un modèle basé sur l’agriculture biologique, à base de produits locaux.

Ces personnalités font d’abord un constat: peu de progrès ont été accomplis ces dernières années pour changer le modèle agricole français. «Les déclarations intempestives opposant environnement et agriculture ont enterré les derniers espoirs suscités par le Grenelle, dont les premiers résultats sont d'ailleurs très décevants: +2,6% d'utilisation de pesticides sur la période 2008-2010 alors que le plan Ecophyto prévoit une diminution de 50% d'ici 2018! De même, la part de la surface agricole en mode de production biologique est passée de 2% à 3% de 2007 à 2010. Un progrès, certes, mais on est loin des 6 % en 2012 prévus par le Grenelle de l'environnement.»

Dans ce contexte, ils estiment que les 20% d'agriculture bio prévus pour 2020 apparaissent comme totalement «hors de portée». Ironiques, ils font remarquer que la surface agricole utile en agrocarburants est pourtant passée en 5 ans à 6% «avec les moyens financiers adéquats».

Pourquoi cet échec? Manque de courage politique, pour réformer le système de cogestion des affaires agricoles qui rend l’Etat «impuissant» face au syndicat majoritaire (la FNSEA).

Les signataires de cet appel condamnent le fait qu’une toute petite partie des agriculteurs soient «très largement subventionnés par des fonds publics et touchent plus de 80% des 10 milliards d'euros de subventions par an (Insee) dans le cadre de la politique agricole commune (PAC)».

Et ces défenseurs de l’environnement de continuer: «Le moment est venu pour notre agriculture d’accomplir une véritable mutation que tant attendent et que nécessite l'urgence climatique et environnementale».

Ils évoquent aussi l’élection présidentielle. «Les deux candidats à l'élection présidentielle doivent aller au-delà des vagues promesses et prendre des engagements clairs sur quelques points fondamentaux pour réorienter notre politique agricole.» Des points fondamentaux comme la reconnaissance de modes d'agricultures productives, à faible utilisation d'intrants chimiques et à forte valeur sociale. «Nous demandons également une reconnaissance claire de l'agriculture biologique comme agriculture à part entière, avec un objectif de 20% en 2020 et la mise en place d'un comité interministériel (environnement, alimentation, santé) qui devra écrire avec les professionnels concernés un plan d'action à 5 ans.»

Les signataires de l’appel proposent ainsi des évolutions institutionnelles, comme la transformation du ministère de l'agriculture en ministère de l'alimentation et du développement rural, ou encore la fin de la cogestion comme seul mode de décision. Selon eux, une reforme de la gouvernance des chambres d'agriculture devra également être engagée.

Ils souhaitent enfin aller plus loin pour réformer en profondeur le système agricole français.

«Nous proposons donc aujourd'hui aux deux candidats de s’engager sans détour en faveur de la tenue dans les trois mois d'états généraux de l'agriculture et de l'aménagement rural. Réunissant autour de la table toutes les parties prenantes, selon le modèle de la gouvernance ouverte mise en œuvre pendant le Grenelle de l'environnement, en concertation avec les régions qui devront tenir demain un rôle-clé dans ce domaine

Avant de conclure: «Il y a urgence car, face à la raréfaction du pétrole, au dérèglement climatique, à la souffrance paysanne, notre pays a plus que jamais besoin d'un pacte agricole susceptible de promouvoir une agriculture vivrière et structurante pour les territoires, rémunératrice pour les agriculteurs, respectueuse des sols, de l'eau, de l'air, de la biodiversité, à forte valeur patrimoniale, créatrice d'emplois, porteuse d'innovations et source de santé pour nos citoyens».

 

 



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