Néonicotinoïdes: un moratoire sans effet sur les ventes

Le 27 mai 2016 par Romain Loury
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Toujours plus de néonicotinoïdes
Toujours plus de néonicotinoïdes
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Le moratoire n’aura-t-il servi à rien? Depuis son entrée en vigueur fin 2013 dans l’Union européenne, les néonicotinoïdes ont vu leurs ventes augmenter de 31% en 2014 en France, selon des données obtenues par l’Union nationale des apiculteurs de France (Unaf) auprès du ministère de l’agriculture.

Face au nombre d’études révélant la toxicité de ces insecticides sur les pollinisateurs, la Commission européenne a promulgué en 2013 une suspension de deux ans de trois néonicotinoïdes, à savoir l’imidaclopride (Gaucho), la clothianidine (Cheyenne) et le thiamétoxame (Cruiser).

Si l’intention était a priori louable, elle souffre de deux failles: d’une part seuls certains usages sont interdits (semences enrobées, traitements du sol et foliaire pour les cultures qu’affectionnent les abeilles), les autres demeurant autorisés, dont les céréales d’hiver et la culture sous serre. D’autre part les néonicotinoïdes comptent deux autres membres, dont le thiaclopride et l’acétamipride, non visés par le moratoire.

Conséquence, les ventes de néonicotinoïdes n’ont pas diminué, elles ont même augmenté, et très fortement. C’est ce que révèlent des données 2011-14 rendues publiques vendredi 27 mai par l’Unaf, qui les a obtenues auprès du ministère de l’agriculture –qui les tire lui-même des déclarations de ventes par les distributeurs. Après recours à la commission d’accès aux documents administratifs (Cada), en raison des réticences du ministère à les lui fournir.

Un report vers d’autres néonicotinoïdes

Premier constat, il y a bien un effet de report sur les autres néonicotinoïdes: les ventes de thiaclopride ont augmenté de 169% entre 2013 et 2014, celle d’acétamipride de 13% dans le même temps. Pire, l’imidaclopride, bien que sous moratoire pour certains usages, a vu ses ventes exploser (+37% entre 2013 et 2014): à 367.821 tonnes vendues en 2014, il demeure même le néonicotinoïde le plus vendu.

«Ce produit demeure autorisé pour les céréales d’hiver, et certains agriculteurs ont dû faire le forcing là-dessus pour en utiliser encore plus», estime le président de l’Unaf, Gilles Lanio, contacté par le JDLE.

Seuls la clothianidine et le thiamétoxame, regroupés dans la catégorie des insecticides de type nitroguanidine, ont vu leurs ventes baisser de 87% entre 2013 et 2014. Leurs volumes de vente demeurant faibles par rapport aux autres produits, la famille des néonicotinoïdes a au final connu une poussée de 31% sur la première année du moratoire.

«C’est un échec gravissime: la seule solution c’est d’interdire complètement les néonicotinoïdes, sinon il y aura toujours des échappatoires possibles», juge Gilles Lanio. Outre les néonicotinoïdes, les résultats montrent une forte hausse des ventes pour la plupart des produits, confirmant l’échec du premier plan Ecophyto, revu en 2015. A l’inverse, les phéromones d’insectes et les insecticides dérivés de produits biologiques et botaniques sont en nette baisse.

Rebondissements au Parlement

Officiellement soutenue par la France, par la voix de sa ministre de l’environnement Ségolène Royal, une éventuelle prolongation du moratoire européen est actuellement en cours de réflexion, avec des travaux en cours à l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). En France, l’avenir de ces produits est aussi suspendu au projet de loi sur la biodiversité, qui sera de nouveau examiné en juin par l’Assemblée nationale, en troisième lecture.

Lors de la deuxième lecture par les députés, en mars, ceux-ci avaient décidé l’interdiction de l’ensemble des néonicotinoïdes à partir de septembre 2018. En mai, le Sénat est revenu sur cette mesure, lui préférant une évaluation des alternatives par l’Anses, en vue d’une possible interdiction des molécules substituables d’ici juillet 2018.

«C’est se moquer du monde: quand vous ne voulez pas régler le problème, vous le laissez à une commission, en l’occurrence à l’Anses», estime Gilles Lanio, selon qui ces évaluations d’alternatives pourront être contestées par les fabricants. «J’espère que nos politiques vont enfin se réveiller et prendre leurs responsabilités», ajoute-t-il.

Parmi ces politiques, le ministre de l’agriculture, dont Gilles Lanio déplore les ambiguïtés sur le sujet: lors de la deuxième lecture par l’Assemblée, Stéphane Le Foll avait ainsi envoyé un courrier aux députés leur demandant de ne pas voter l’interdiction totale, notamment au motif que des actions de réduction d’usage des pesticides étaient en cours grâce à Ecophyto.



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