Néonicotinoïdes: les abeilles enfin hors du flou?

Le 20 mai 2015 par Romain Loury
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Un moratoire que certains espèrent plus large
Un moratoire que certains espèrent plus large
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La ministre de l’écologie Ségolène Royal a présenté mercredi 20 mai, lors du conseil des ministres, son plan national d’actions pour la préservation des abeilles et insectes pollinisateurs sauvages. Le gouvernement s’y engage à demander l’extension du moratoire européen sur les néonicotinoïdes, mesure accueillie favorablement, mais avec prudence.

Force est de le reconnaître, la position du gouvernement sur ces insecticides de type neurotoxique n’est pas toujours des plus lisibles. Après avoir soutenu l’idée du moratoire européen sur 3 néonicotinoïdes [1], qui a suspendu en 2013 certains de leurs usages pour une durée de 2 ans, il s’est opposé, en février, à une proposition de résolution du sénateur EELV Joël Labbé demandant que la France plaide pour son extension à ces substances, et pour tout usage.

Et c’est contre l’avis du gouvernement que les députés ont adopté, mi-mars, leur interdiction à partir de 2016, dans le cadre d’un amendement des députés socialistes Gérard Bapt et Delphine Batho au projet de loi sur la biodiversité. Pourtant, lors de la 3ème conférence environnementale, en novembre 2014, François Hollande s’engageait à «aller plus loin» sur le moratoire européen.

Cette annonce du président a été confortée ce mercredi matin, avec la présentation au conseil des ministres du plan national d’actions sur la préservation des abeilles et des insectes pollinisateurs sauvages: soumis à consultation publique, il indique que «la France engage la démarche d’extension du moratoire européen sur l’ensemble des pesticides néonicotinoïdes».

En mesures d’accompagnement, le plan prévoit une saisine de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) «pour définir les interdictions d’usage dans le cadre des réévaluations européennes», ainsi qu’une demande à la Commission européenne afin d’accélérer la réévaluation de ces produits par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Egalement au programme, «la valorisation des projets territoriaux visant la suppression des néonicotinoïdes et le développement des alternatives au travers du plan Ecophyto 2».

La science, mais pas que…

Comment expliquer ce nouveau pas de valse-hésitation? Si plusieurs acteurs interrogés évoquent une forte divergence entre les ministères de l’agriculture et de l’écologie, l’entourage de Ségolène Royal avance que la position officielle s’est affermie suite à la publication récente de plusieurs études, ainsi que celle, début avril, d’un rapport du Conseil européen des académies des sciences (EASAC) exposant clairement les dangers de ces substances sur les pollinisateurs.

Contacté par le JDLE, le porte-parole de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), Henri Clément, estime que «le plan va dans le bon sens». Face aux «preuves scientifiques de plus en plus nombreuses», aux «remontées des élus de terrain et des apiculteurs», «le gouvernement se trouve obligé de prendre en compte tous les éléments», commente-t-il, prévenant que l’Unaf sera «très vigilante» quant aux engagements gouvernementaux.

A l’initiative, avec d’autres associations, d’une pétition demandant l’interdiction des néonicotinoïdes, la Fondation Nicolas Hulot réagit en demi-teinte à ces annonces. Contacté par le JDLE, son porte-parole Matthieu Orphelin juge «très intéressant» l’engagement pour une extension du moratoire européen, mais s’interroge sur les déclinaisons au niveau français. «Nous n’avons aucune précision sur la façon dont la France va anticiper d’éventuelles décisions européennes, notamment sur le calendrier de la saisine de l’Anses», regrette-t-il.

Dans l’entourage du sénateur Joël Labbé, on avance que cet engagement gouvernemental pourrait aussi avoir pour but de «temporiser»: suite à l’adoption de l’amendement Batho/Bapt au projet de loi biodiversité, Ségolène Royal, jugeant la mesure trop radicale, avait ainsi déclaré que «le cadre européen ne permettait pas une interdiction stricte». En clair: en poussant le gouvernement à s’engager plus clairement au niveau européen, l’amendement Batho/Bapt pourrait bien avoir signé son arrêt de mort, alors que le projet de loi biodiversité passera, en juillet, en première lecture au Sénat.

«On peut l’interpréter comme cela (…): il est certain que l’amendement sera traité en fonction de ces mesures», admet Gérard Bapt auprès du JDLE. Le député réagit néanmoins favorablement au plan, notamment au fait qu’il s’adresse à l’ensemble de la famille des néonicotinoïdes, et non plus à seulement 3 d’entre eux. Reste à s’assurer que tous les usages seront concernés, et pas seulement ceux destinés aux plantes à fleurs, tempère Gérard Bapt, qui évoque la toxicité de ces substances sur bien d’autres organismes que les pollinisateurs, jusqu’à l’homme.

Renforcer l’habitat

Outre les néonicotinoïdes, ce plan pollinisateurs propose de généraliser le fauchage tardif et les jachères fleuries sur les accotements des 12.000 km du réseau routier non concédé. Lors d’une expérience menée sur 250 km, ces mesures ont permis une hausse de 30% des pollinisateurs, rappelle le ministère.

«Les autres gestionnaires (Réseau ferré de France, Voies navigables de France, conseils généraux, etc.) ont été sollicités pour en faire autant», ajoute-t-il. Autre mesure, l’installation de 5.000 gîtes à insectes et ruchers avec les collectivités.

Coïncidence troublante, la Maison blanche a présenté mardi 19 mai sa propre stratégie nationale pour promouvoir la santé des abeilles et des autres pollinisateurs –dont le papillon monarque, insecte migrateur emblématique de la biodiversité nord-américaine.

Si la plupart de ses mesures ont trait à la question de l’habitat, il est prévu que l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) réévalue la toxicité des néonicotinoïdes. Une démarche jugée insuffisante par les associations américaines, dont Friends of the Earth, qui demandent l’interdiction pure et simple de ces pesticides.

[1] Ce moratoire ne concerne que l’imidaclopride, la chlothianidine et le thiamétoxam, mais pas d’autres néonicotinoïdes, dont l’acétamipride et le thiaclopride.



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