Néonicotinoïdes: la lutte intégrée comme alternative

Le 31 mai 2018 par Romain Loury
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Un risque avéré pour les pollinisateurs
Un risque avéré pour les pollinisateurs
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L’Anses a clos mercredi 31 mai son travail d’évaluation des alternatives aux néonicotinoïdes, avec la publication d’un dernier rapport sur le sujet. Elle y recommande une approche de lutte intégrée, combinant plusieurs méthodes.

C’est l’un des points majeurs de la loi d’août 2016 sur la biodiversité: tous les néonicotinoïdes seront interdits en France à compter de septembre prochain, avec de possibles dérogations jusqu’en septembre 2020. Pour préparer le terrain, l’Anses[i] s’est livré à un copieux travail d’analyse des alternatives à ces insecticides, suspectés d’accélérer le déclin des pollinisateurs.

Fin avril, la Commission européenne a annoncé l’interdiction quasi-totale de trois néonicotinoïdes (imidaclopride, clothianidine, thiaméthoxame), sous moratoire depuis 2013. La date a été précisée dans l’édition du 30 mai du Journal officiel de l’Union européenne: l’interdiction de vente de ces trois insecticides sera effective le 19 décembre.

Après les deux premiers volets publiés (l’un en mars 2017, l’autre en mars dernier), le troisième a été rendu public mercredi 30 mai, sous la forme de trois volumes. C’est dans le premier que l’agence poursuit sa comparaison entre leurs néonicotinoïdes et leurs alternatives (chimiques et non chimiques) sur divers usages agricoles.

Alternatives non chimiques dans 78% des cas

Bilan: sur les 130 usages évalués, seuls six n’offrent, selon l’Anses, aucune alternative suffisamment efficace et opérationnelle aux néonicotinoïdes. Il s’agit de la lutte contre les mouches sur maïs, contre des insectes xylophages sur cerisier, contre des mouches sur framboisier, contre les pucerons sur navet, contre les coléoptères sur arbres et arbustes, contre les insectes du sol (hannetons) en forêt.

A l’inverse, il existe dix cas où les alternatives aux néonicotinoïdes ne sont que non chimiques, tels que la lutte contre les aleurodes sur tabac, contre les cochenilles sur fruits à coque,  contre les cochenilles sur framboisier, contre les pucerons sur radis, contre les ravageurs du sol sur arbres et arbustes.

Fait encourageant, 78% des usages présentent au moins une alternative non chimique. Parmi les plus efficaces, les plus durables et surtout les plus rapidement opérationnelles, l’agence cite la lutte biologique, la lutte physique par application d’une couche protectrice (huile de paraffine, argile…) et la lutte par confusion sexuelle.

Le risque des alternatives chimiques

Il y a toutefois à craindre que l’abandon des néonicotinoïdes résulte en une conversion vers d’autres pesticides, pas forcément plus vertueux d’un point de vue environnemental. L’agence a même identifié 15 cas où les alternatives ne sont que chimiques, et ne reposent que sur une seule substance ou une seule famille de substances.

Le plus souvent, il s’agit de pyréthrinoïdes. Or, et c’est là l’une des grandes interrogations posées par cette future conversion, nul ne sait si ces substances seront moins nocives que les néonicotinoïdes, comme le révèle le deuxième volume du rapport publié mercredi par l’Anses. Se pose aussi le risque de résistances, suite à un afflux massif vers ces substances.

«En fonction de l’usage et du risque considéré (alimentaire, non alimentaire, abeilles, organismes aquatiques, etc.), la comparaison des indicateurs de risque associés aux néonicotinoïdes par rapport à ceux associés à leurs alternatives chimiques peut conduire à des résultats différents. Il n’est donc pas possible de conclure de façon globale et synthétique quant aux substances actives qui présenteraient le profil de risques le moins défavorable par rapport à celui des néonicotinoïdes», indique l’agence.

Impact incertain sur les filières

Autre incertitude, l’impact agricole qu’aura l’interdiction des néonicotinoïdes, qui fait l’objet du troisième volume du rapport: «les conséquences peuvent être différentes pour les différents acteurs de la filière du produit agricole considéré et des filières amont et aval, positives pour les uns et négatives pour les autres, modifiant sensiblement les répartitions de valeur ajoutée aux différents stades, les conditions contractuelles, les savoir-faire, les cahiers des charges techniques et les collaborations entre partenaires au sein des filières», indique l’agence.

La lutte intégrée, seule alternative

Selon l’Anses, «aucune méthode n’assure à elle seule une efficacié suffisante mais une combinaison de méthodes doit être envisagée dans le cadre d’une approche de lutte intégrée».

«Les méthodes de lutte culturale, très diverses, et qui sont en plein essor dans le cadre de l’agroécologie, requièrent encore, pour permettre un contrôle efficace, d’être combinées, ce qui nécessite une reconception plus ou moins profonde des systèmes de cultures (diversification, usage de plantes de services et mise en place de stratégies couplant ce qui se passe à la parcelle, dans ses abords, et à des échelles territoriales fines)», ajoute l’agence.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 



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