Néonicotinoïdes: la colonie souffre en silence

Le 19 novembre 2015 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Des abeilles désorientées
Des abeilles désorientées
Université de Southampton

Les néonicotinoïdes ont un effet très marqué sur la mortalité des abeilles parties butiner, confirme une étude française publiée dans les Proceedings of the Royal Society B. Et si l’effet n’est pas toujours visible au niveau de la colonie, c’est parce que celle-ci s’adapte tant bien que mal, en modifiant sa répartition démographique.

Pour Mickaël Henry, de l’unité de recherche Inra «Abeilles et environnement» d’Avignon, et ses collègues, il existe un hiatus entre la toxicité avérée des néonicotinoïdes sur les abeilles en laboratoire, et leur effet sur le terrain, souvent moins visible. Et bien que l’effet de ces insecticides sur les abeilles ne soit plus à démontrer, cette divergence continue de nourrir la polémique.

Les chercheurs avignonnais viennent d’en découvrir les raisons: les néonicotinoïdes ont bien un effet marqué sur les abeilles individuelles, mais leurs conséquences sur la colonie sont plus difficiles à déceler. Pour étudier l’impact in situ de ces pesticides, l’équipe a implanté 18 colonies plus ou moins éloignées de champs semés avec des graines de colza enrobées de thiaméthoxame [1], surveillant 6.847 abeilles équipées de puces RFID.

Résultat: plus les colonies sont proches du champ, plus elles sont exposées au thiaméthoxame, et moins les abeilles retrouvent le chemin de la ruche. Par rapport à des abeilles peu exposées, celles qui le sont plus présentent, quatre semaines après le début de l’expérience, un taux de mortalité accru de 22,4%.

Moins de mâles, plus d’ouvrières

Au niveau de la colonie, rien d’aussi net. Mais en se penchant un peu plus sur la répartition démographique, les chercheurs observent que les colonies les plus exposées au thiaméthoxame produisent moins de mâles, improductifs pour la ruche, afin de favoriser les ouvrières. Un phénomène déjà observé dans les colonies confrontées à une pénurie alimentaire ou une surmortalité de butineuses.

Comme d’autres études l’ont démontré, les néonicotinoïdes semblent donc bien déstabiliser la ruche. Et ce au risque de la rendre plus vulnérable à d’autres agressions, que ce soit par d’autres agents chimiques ou biologiques, dont le varroa. Cette «multifactorialité» de la surmortalité des abeilles a d’ailleurs fait l’objet d’un récent rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Publiée mercredi 18 novembre dans Nature, une autre étude, britannique celle-ci, révèle que les néonicotinoïdes diminuent la pollinisation des vergers de pommiers par les bourdons, et constitueraient donc un risque pour les rendements agricoles. Dans les zones où ces insectes sont très exposés à ces pesticides, les pommes contiennent en moyenne 3 pépins par pomme, contre environ 5,5 dans les zones moins imprégnées.

[1] Pour cela, ils ont dû obtenir une dérogation du ministère de l’agriculture, le thiaméthoxame faisant l’objet, avec l’imidaclopride et la clothianidine, d’un moratoire européen de deux ans depuis fin 2013.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus