Néonicotinoïdes: l’Anses présente sa méthode d’évaluation des alternatives

Le 23 mars 2017 par Romain Loury
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La cicadelle de la vigne
La cicadelle de la vigne
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L’évaluation des alternatives aux néonicotinoïdes est officiellement lancée: mercredi 22 mars, l’Anses a publié un premier volet de ce travail. Elle y expose sa méthode de travail, et en présente une démonstration sur le cas des cicadelles dans la vigne.

Publiée en août 2016, la loi biodiversité fixe l’interdiction de l’usage des néonicotinoïdes, insecticides toxiques pour les pollinisateurs, à compter du 1er septembre 2018. En l’absence d’alternatives, des dérogations seront permises jusqu’au 1er juillet 2020. Ce travail de recherche des alternatives a été confié à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), qui a publié mercredi 22 mars un premier volet exposant sa méthode de travail.

Mercredi 22 mars, la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat a publié un rapport d’information sur le déclin des pollinisateurs, suite à une table ronde organisée en février sur le sujet. Elle estime que si ce phénomène est multifactoriel, il est «largement imputable aux agents biologiques pathogènes et aux agents chimiques, du fait de l’exposition aux produits phytosanitaires».

Scores de 0 à 3

Pour les cinq substances néonicotinoïdes actuellement autorisées dans l’Union européenne[i], et pour chacun de leurs usages, l’Anses se charge d’évaluer les différentes alternatives. Parmi elles, les autres produits phytopharmaceutiques, les microorganismes, les macroorganismes, les médiateurs chimiques, les méthodes physiques, génétiques et culturales, ainsi que la stimulation des défenses des plantes.

Pour chacune des méthodes de lutte identifiées, l’Anses évalue, sur une échelle de 0 à 3, la magnitude de l’efficacité, sa durabilité (risque d’apparition de résistances), l’opérationnalité (la méthode est-elle déjà disponible et/ou utilisée dans le monde ou en France?), ainsi que la praticité de sa mise en œuvre.

Premier exemple: la flavescence dorée

Grâce à ces quatre critères, l’agence compare, grâce à un diagramme en radar, l’ensemble des méthodes, néonicotinoïdes compris, pour un usage déterminé. En attente du rapport complet, attendu pour la fin de l’année, l’Anses livre un premier exemple, celui de la lutte contre les cicadelles, insectes vecteurs de la flavescence dorée de la vigne.

Il en ressort que plusieurs familles d’insecticides chimiques (pyréthrinoïdes, organophosphorés, pyréthrines, oxadiazines) présentent une efficacité, une opérationnalité et une praticité aussi élevées que celles des néonicotinoïdes –mais avec un risque aussi élevé de résistance. Seule méthode non chimique à rivaliser avec elles, l’arrachage de plants porteurs de la maladie, d’une même efficacité et d’un risque bien moins élevé de résistance, mais d’une moindre praticité.

D’autres méthodes non chimiques sont jugées d’«efficacité moyenne mais opérationnelles», comme le traitement à l’eau chaude du matériel végétal de vigne (plants de pépinière), dans une moindre mesure l’utilisation d’huiles et de poudres minérales. «L’utilisation de microorganismes pathogènes pour les organismes nuisibles et la confusion acoustique semblent prometteuses en termes d'efficacité mais sont encore au stade d'étude ou de pré-développement», indique l’Anses.

Evaluation sanitaire et environnementale à venir

Est-ce à dire que les meilleures alternatives aux néonicotinoïdes seront, du point de vue de l’Anses, forcément chimiques? Pour l’agence, «ce constat ne préjuge pas des conclusions relatives aux risques pour la santé humaine et l’environnement (y compris les pollinisateurs) présentés par les différentes méthodes. La production d’indicateurs de ces risques pour les produits phytopharmaceutiques disposant d’une autorisation fait l’objet du deuxième volet de l’instruction de la saisine, et sera présentée dans un avis ultérieur», précise-t-elle.

Lors d’un rapport publié en janvier 2016, l’Anses s’était montrée favorable à un durcissement des conditions d’utilisation des néonicotinoïdes, du fait de leurs effets délétères sur les pollinisateurs. Dans un rapport publié en septembre 2015 sur les causes du déclin de ces insectes, elle avait pointé la multifactorialité de ce phénomène, également lié à la perte de biodiversité parmi les fleurs, à l’usage des sols, aux pathogènes des abeilles, aux pratiques apicoles et au réchauffement climatique.



[i] Il s’agit de l’imidaclopride, de la clothianidine, du thiaméthoxame, de l’acétamipride et du thiaclopride. Les trois premiers font l’objet, depuis fin 2013, d’un moratoire européen sur plusieurs usages, actuellement en cours de renégociation à Bruxelles. Les deux autres ne sont pas visés par le moratoire de 2013.

 



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