Néonicotinoïdes: l’Anses pour un durcissement des conditions d’usage

Le 13 janvier 2016 par Romain Loury
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Un moratoire trop léger
Un moratoire trop léger
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L’Anses [1] préconise un renforcement des conditions d’utilisation des néonicotinoïdes, alors que certains usages toujours permis pourraient avoir un effet délétère sur les pollinisateurs, selon un avis publié mardi 12 janvier. Une position qui va dans le sens d’une extension du moratoire européen sur ces insecticides.

Suite aux conclusions de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) confirmant la toxicité de ces produits sur les pollinisateurs, la Commission européenne a émis en 2013 un moratoire de deux ans sur trois de ces substances, à savoir la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame. Ce moratoire, qui s’est théoriquement achevé en décembre, est en cours de révision au niveau européen.

Cette suspension ne concernait toutefois que certains usages: interdiction du traitement des semences et des sols pour les cultures attractives pour les abeilles (sauf cultures sous serre et céréales d’hiver), interdiction des traitements foliaires pour les cultures qui attirent ces insectes (à l’exception des cultures sous serre ou après floraison). De plus, deux autres substances, l’acétamipride et le thiaclopride ne sont pas concernés.

Selon l’avis publié mardi par l’Anses, «il n’y a pas lieu de lever les mesures de restrictions prévues dans le cadre du moratoire européen». A la lecture du document, fruit d’une saisine des ministères de l’écologie, de la santé et de l’agriculture, il y aurait même lieu de l’étendre à d’autres utilisations, qui pourraient être aussi néfastes pour les pollinisateurs.

Céréales d’hiver, choix des cultures suivantes, etc.

L’Anses, qui a publié en septembre un avis sur l’effondrement des colonies d’abeilles, évoque notamment le cas des céréales d’hiver, sous forme de semences enrobées: «les semis, effectués à l’automne, peuvent intervenir en conditions climatiques douces, à une période où les pollinisateurs sont toujours actifs et donc potentiellement exposés».

«Des incertitudes demeurent également concernant les niveaux de résidus pouvant persister dans les sols et donc exposer les abeilles lors des floraisons suivantes (traitement en pulvérisation après floraison sur vergers et vignes, choix des cultures succédant aux cultures dont les semences ont été traitées,...)», poursuit l’Anses.

En bref, même si le traitement n’a pas d’incidence immédiate sur les pollinisateurs, la forte rémanence des néonicotinoïdes dans les sols pourrait entraîner des dégâts ultérieurs. Raison pour laquelle l’Anses «préconise de privilégier la plantation de cultures non attractives pour les pollinisateurs à la suite d'une culture dont les semences ont été traitées par des néonicotinoïdes».

Le sujet bientôt débattu au Sénat

Si ces recommandations relatives à de nouvelles cultures seront «appliquées», le ministère de l’écologie, favorable à une extension du moratoire européen, estime dans un communiqué que «les restrictions d’usage de semences enrobées, y compris pour les céréales d’hiver, s’avèrent difficiles à mettre en œuvre». «Le projet de loi ‘biodiversité’, qui sera examiné les 19, 20 et 21 janvier prochains au Sénat [en première lecture], en débattra», ajoute-t-il.

Ce débat parlementaire devrait en effet remettre la question des néonicotinoïdes en lumière: lors du passage du projet de loi biodiversité à l’Assemblée nationale, en mars 2015, les députés socialistes Gérard Bapt et Delphine Batho étaient parvenus à faire adopter un amendement imposant leur interdiction totale à partir de janvier 2016. La mesure a fort peu de chances de survivre au Sénat.

[1] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail



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