Néonicotinoïdes: l’abeille change de préférences florales

Le 15 mars 2016 par Romain Loury
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Le trèfle blanc
Le trèfle blanc

Un nouvel effet des néonicotinoïdes sur les pollinisateurs: ces pesticides, qui perturbent la mémoire et l’apprentissage des abeilles, pourraient modifier leurs préférences en termes de fleurs, suggère une étude britannique publiée dans la revue Functional Ecology.

On n’en finit plus de découvrir de nouvelles vertus aux néonicotinoïdes: altérant la mémoire spatiale et les capacités d’apprentissage des abeilles, ces insecticides neurotoxiques sont l’une des causes du déclin des pollinisateurs. Les voici désormais accusés, pour celles qui retrouvent leur chemin, de modifier leur comportement de butineuses.

Dara Stanley et Nigel Raine, biologistes à la Royal Holloway University of London, ont placé des colonies de bourdons (Bombus terrestris), dont la moitié exposées au thiamétoxame, dans des chambres fermées contenant deux types de fleurs: le lotier corniculé (Lotus corniculatus) et le trèfle blanc (Trifolium repens). Les chercheurs ont notamment analysé leurs préférences florales, la quantité de pollen ramené à la colonie et la durée de leur période d’apprentissage.

Un choix alimentaire faussé

Résultat: les bourdons exposés au thiamétoxame présentent une très nette préférence pour le lotier corniculé, qu’elles visitent 6,5 fois plus souvent que le trèfle blanc. Les bourdons contrôles se montrent plus variés dans leurs choix, avec environ un tiers de visites au trèfle blanc.

La commission du développement durable de l’Assemble nationale (deuxième lecture) a approuvé l’interdiction totale des néonicotinoïdes à partir de janvier 2017, lors de l’examen en deuxième lecture du projet de loi sur la biodiversité, début mars. Une même mesure avait été adoptée en première lecture (mars 2015), avant d’être écartée par les sénateurs en janvier. Au premier jour de l’examen en séance publique, plusieurs associations[i] ont manifesté mardi 15 mars devant l’Assemblée nationale pour exiger cette interdiction totale.

Or cette dernière fleur est plus nutritive que le lotier corniculé, aussi bien en sucres qu’en acides aminés. Selon les chercheurs, les néonicotinoïdes pourraient fausser les choix alimentaires de la colonie.

Un apprentissage laborieux

Le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, est très opposé à l’interdiction des néonicotinoïdes, et il le fait savoir… aux députés. Le quotidien Le Monde a fait état mardi 15 mars d’une lettre de quatre pages, dans laquelle il dit craindre une «distorsion» de concurrence entre agriculteurs français et européens, et penche pour «une action volontariste». Sur le même modèle que le plan Ecophyto 1, au bilan très négatif?

 

Probablement pour compenser, les colonies imprégnées de thiamétoxame comptent plus de butineuses, et celles-ci rapportent de pollen. Elles ont aussi besoin de plus de tentatives pour apprendre à manipuler les fleurs que celles issues des colonies contrôles, notent les chercheurs.

Ces changements de choix floraux auraient un impact sur la diversité végétale: «les niveaux actuels d’exposition aux pesticides pourraient affecter la manière dont les abeilles interagissent avec le plantes, et altérer leur fonction pollinisatrice, pilier d’un écosystème sain», explique Nigel Raine.

Avec l’imidaclopride et la clothianidine, le thiamétoxame fait partie des trois néonicotinoïdes dont certains usages ont été suspendus, fin 2013, au niveau européen. La prolongation de ce moratoire est actuellement examinée par la Commission européenne.



[i] Union nationale de l’apiculture française (Unaf), Syndicat national d’apiculture (SNA), Fédération française des apiculteurs professionnels (FFAP), Confédération paysanne, Ligue de protection des oiseaux (LPO), Agir pour l’environnement, Fondation Nicolas Hulot (FNH), Générations futures, Greenpeace et Terre d’abeilles.

 



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