Néonicotinoïdes: des associations environnementales contre Bayer et Syngenta

Le 16 décembre 2013 par Marine Jobert
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Les abeilles, partiellement épargnées par les néonicotinoïdes pendant 2 ans.
Les abeilles, partiellement épargnées par les néonicotinoïdes pendant 2 ans.
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C’est pour porter la contradiction à Bayer et Syngenta que plusieurs associations environnementales[1] viennent de demander à la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) d’être autorisées à agir dans le litige qui oppose les deux géants de l’agrochimie à l’Union européenne. Les deux transnationales contestent la décision de Bruxelles d’interdire pendant deux ans –et pour certaines cultures- trois néonicotinoïdes qu’elles produisent. Un moratoire qui a pris effet le 1er décembre, afin d’examiner si un tel arrêt améliore la santé des abeilles mellifères et autres insectes pollinisateurs, dont les populations se sont significativement effondrées depuis l’introduction de ces nouvelles molécules (à savoir la clothianidine et l'imidaclopride de Bayer et le thiaméthoxame de Syngenta).

 

Les deux entreprises avaient communiqué fin août sur leur requête concomitante. La Commission aurait pris sa décision «sur la base d'un processus défectueux, d'une évaluation inadéquate et incomplète de l'autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et sans le soutien de tous les Etats membres de l'Union européenne», affirmait Syngenta dans un communiqué. Parmi les Etats opposés à cette interdiction temporaire, on compte la Grande-Bretagne, la Hongrie et l’Italie. L’Allemagne, l’Espagne et la France avaient en revanche soutenu l’interdiction.

 

«Bayer et Syngenta ont lancé leurs avocats dans une bataille contre le moratoire, qui est scientifiquement rigoureux, juridiquement solide et qui vise à protéger les intérêts des agriculteurs européens et des consommateurs», estime Marco Contiero, chargé du secteur agricole de Greenpeace International à Bruxelles, dans un communiqué. «Ces actions (…) cherchent à obtenir une décision contre le principe de précaution. Selon les deux groupe, la décision d'imposer ce moratoire est la conséquence d'une sur-interprétation du principe de précaution», a-t-il déploré devant l’AFP.

 

Greenpeace International rend également publique une étude consacrée à la toxicité de la guttation (c’est-à-dire l’exudation des plants de maïs traités), l’une des voies de contamination (avec le pollen, le nectar et la poussière dégagée par les semences) mise en avant par l’Efsa pour motiver le moratoire. «Dans le cas du maïs traité avec du thiaméthoxame, les études sur le terrain démontrent un effet aigu sur les abeilles exposées à la substance par la voie de la guttation», concluait l’Efsa dans son avis rendu en juin dernier. Greenpeace a analysé cette eau excrétée par des plants de maïs, cultivés dans deux champs distincts en Hongrie à partir de semences enrobées traitées avec de la clothianidine (Poncho®) et du thiaméthoxame (Cruiser®). Résultat: certaines des concentrations relevées égalent ou excèdent les concentrations de substances actives recommandées par les industriels dans leurs formulations commerciales ou dans leurs conseils d’utilisation. «Ces voies de contamination sont très peu étudiées», regrette Greenpeace. L’expertise de l’Efsa n’avait d’ailleurs pu porter que sur des plants de maïs traités avec l’un des trois néonicotinoïdes, l’agence ne disposant pas d’informations suffisantes pour d’autres usages et pour les autres substances actives, faute de communication par les industriels.

 

Ce moratoire de deux ans, acquis de haute lutte, ne satisfait cependant pas tout à fait les associations environnementales. Car, comme le rappelle Bee Life, les néonicotinoïdes persistent dans l'environnement: «La demi-vie[2] de la clothianidine dans le sol a été mesurée à une durée comprise entre 148 et 6.900 jours. Cette matière active peut ainsi être absorbée par des cultures non traitées, jusqu'à deux ans après la première utilisation et peut se retrouver dans le pollen et le nectar des fleurs non traitées à des niveaux toxiques pour les abeilles». Certains usages seulement sont interdits, à savoir les semences enrobées, les micro-granules (traitement du sol) et la pulvérisation (traitement foliaire) sur les cultures qu’affectionnent les abeilles, comme le colza, le maïs, le tournesol et le coton. Lorsqu’ils sont effectués sous serre ou en plein champ après la floraison, ces traitements restent toutefois autorisés, et ce même pour les cultures qui attirent les abeilles. Enfin, les usages qui restent autorisés ne sont désormais accessibles qu’aux professionnels. Les céréales à paille semées en hiver, les betteraves, ou les traitements en forêt ne sont pas concernés par cette interdiction.

 



[1] Greenpeace International, Bee Life European Beekeeping Coordination et 4 autres associations environnementales ou de consommateurs (Pesticides Action Network Europe, ClientEarth, Buglife and SumOfUs

 

[2] C’est-à-dire le temps mis par une substance pour perdre la moitié de son activité pharmacologique ou physiologique.

 



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