Négociations climat : il est urgent de se hâter lentement

Le 14 mai 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Vous aussi, participez au Dialogue de Talanoa.
Vous aussi, participez au Dialogue de Talanoa.
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Dix jours durant, les négociateurs climat du monde entier se sont retrouvés à Bonn pour l'intersession, traditionnel round de négociation entre deux COP. A l'agenda des experts: la rédaction des règles d'application de l'Accord de Paris. Un menu impossible à digérer en moins de 2 semaines. Une nouvelle réunion est d'ores et déjà prévue à Bangkok, trois mois avant l'ouverture de la COP 24.

 

Que d’ambition ! Les experts et diplomates en charge des négociations sur le climat se sont fixés un objectif impressionnant : rédiger et faire adopter les règles grâce auxquelles près de 200 pays commenceront à réduire, structurellement, leurs émissions de gaz à effet de serre. Le but final étant de stabiliser le réchauffement entre 1,5°C et 2°C d’ici la fin du siècle (par rapport à la révolution industrielle de 1750).

 

Depuis la COP 21, des milliers d’experts se retrouvent régulièrement pour tenter de trouver des compromis sur des sujets aussi complexes que les règles du jeu de l’Accord de Paris, les financement de l’atténuation et de l’adaptation, le calendrier, le dédommagement des nations vulnérables par les pays riches (responsables du changement climatique actuel), le développement des marchés du carbone, etc. Autant de sujets compliqués où le consensus semble hors de portée.


Et pourtant. Ces deux dernières semaines, les négociateurs se sont retrouvés à Bonn pour avancer. Le compte à rebours est, il est vrai, proche de la fin : c’est, en principe, durant la COP 24 de Katowice, en décembre prochain, que toutes ces règles devront être adoptées. Ca n’en prend pas (encore) le chemin.

 

L’agenda était des plus chargé. En résumé, les équipes de négociateurs devaient tout à la fois rédiger le mode d'emploi de l’Accord de Paris, s’entendre sur le mécanisme des «pertes et dommages», indiquer quelles actions les Etats devront engager avant 2020 pour renforcer la lutte contre le réchauffement (dont les fameux 100 milliards par an à partir de 2020). A charge aussi d’imaginer le cadre de la finance carbone et des marchés qui vont avec. Pas inutile enfin d’imaginer l’avenir plus lointain: les politiques nationales (NDC) s'éteignant en 2030.

 

Les discussions se déroulent dans trois cadres précis: le groupe de travail sur l’Accord de Paris (APA), l’organe subsidiaire de mise en œuvre (SBI) et l’ Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique (SBSTA).

 

Au premier la tâche la plus délicate: les règles d’application de l’accord conclu à l’issue de la COP 21. Avec, en prime, la réponse à plusieurs questions fondamentales: comment les pays devront renforcer leur NDC (qui nous mènent à un réchauffement de 3°C), comment communiquer de façon transparente sur les actions et leurs résultats, comment évaluer les progrès de l’action climatique pour être sûr qu’ils soient compatibles avec les objectifs de l’Accord de Paris ? Pas possible ? En tout cas pas en un laps de temps aussi court. Depuis la fin de la COP 23, les experts planchent sur 168 pages de bonnes idées pour renforcer l’efficacité des politiques climatiques nationales. Nous en sommes toujours au même point ou presque.

 

Les discussions ont été plus fructueuses pour la présentation, en 2023, d’un grand bilan mondial des actions climatique, en vue de leur renforcement périodiques, tous les 5 ans. Cette fois, les négociations de Bonn ont accouché d’un projet de texte qui ne compte que 14 pages.

 

Des projets de texte, on en trouve aussi sur les flux financiers (en provenance des pays du Nord) qui devront soutenir les NDC des pays du Sud: 17 pages. Pas d’accord non plus sur les financements du Fonds vert sur le climat, dépouillé de la contribution américaine par Donald Trump.

 

Une cinquantaine de feuillets tentent de donner corps au mécanisme d’échange de crédits d’émission, prévu par l’article 6 de l’Accord de Paris, qui devrait succéder au mécanisme de développement propre du presque défunt protocole de Kyoto.

 

A propos des perspectives d’avenir, les deux co-présidentes de l’APA auront toute latitude pour proposer un texte d’ici à la COP 24. Sarah Baashan et Jo Tyndall pourront sans doute s’inspirer de la synthèse du Dialogue de Talanoa, qui comprend déjà plus de 700 bonnes idées et bonnes pratiques. Et ce n’est pas fini.

 

Pour le reste non plus d’ailleurs. Les négociateurs ont d’ailleurs prévu de se retrouver du 3 au 7 septembre à Bangkok pour tenter de lever le maximum de verrous avant la COP 24. Entretemps, et de façon plus discrète, ils se seront aussi vus lors du sommet du G7 (début juin), à l’occasion du Dialogue de Petersberg (16-18 juin) et pourquoi pas lors du sommet climatique de San Francisco, voulu et payé par Michael Bloomberg?

 

Des pronostics sur les sujets qui pourraient être débloqués dans la capitale de Thaïlande ? Yamide Dagnet ne s’y risque pas. La directrice de projets sur les négociations Climat du World Resources Institute (WRI) rappelle que la plupart des sujets sont liés. «Il n’y aura pas d’avancée sur l’APA sans progrès sur la transparence, et aucun accord sur la transparence ne sera possible sans un accord préalable sur le mécanisme d’ambition», résume-t-elle.

 

Raison pour laquelle, les négociateurs ont donné carte blanche aux deux co-présidentes de l’APA, justement, pour proposer d’ici à Bangkok un projet d’accord acceptable par tous. La mise en œuvre rapide de l’Accord de Paris dépend, en partie, du talent de deux diplomates, une Saoudienne et une Néo-Zélandaise, à mettre 196 gouvernements d’accord en moins de 4 mois. Un sacré challenge.



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