NDDL: les scientifiques trancheront, à défaut de dialogue

Le 11 mars 2013 par Marine Jobert
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Le sort du bocage de Notre-Dames des Landes, entre compromis politique et expertise scientifique.
Le sort du bocage de Notre-Dames des Landes, entre compromis politique et expertise scientifique.
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Ballon d’essai ou paroles aventureuses? Claude Chéreau, le président de la Commission du dialogue mise en place par Jean-Marc Ayrault pour trouver une sortie au conflit en cours à Notre-Dame-des-Landes [JDLE], a fait le «buzz» tout le week-end, après ses déclarations au journal Le Monde. Il y fait notamment part de «ses doutes sur la pertinence de certains arguments justifiant la construction de la nouvelle plate-forme destinée à remplacer l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique». Une prise de positions démentie ce lundi 11 mars: «Je ne suis pas du tout opposé, je n'ai pas du tout de doute en ce qui concerne le projet aéroportuaire lui-même», déclare t-il à France 3 Pays de la Loire. Face à un triumvirat institué par le héraut du nouvel aéroport, les «pro» et les «anti» auront eu l’impression que le doute pouvait s’insinuer dans une mécanique politique bien huilée. L’opération pourrait donc être gagnante, au moins au plan symbolique.

Mais la Commission du dialogue est d’abord une instance éminemment politique. Dans les faits, c’est le comité d’expertise scientifique qui a les cartes maîtresses en main. Sa mission: «Valider la méthode de compensation, conformément aux conclusions de l’enquête publique ’loi sur l’eau’», précise un communiqué de Matignon. Présidé par l’hydrogéologue Ghislain de Marsilly et composé d’une dizaine d’experts, ce collège doit rédiger un avis qui, s’il ne lie pas l’autorité préfectorale, sera de poids dans la suite du dossier[1]. De façon plus globale, leurs jugements sur la méthodologie retenue pour déterminer les mesures compensatoires nécessaires à la réalisation de ce projet, ainsi que les mesures compensatoires elles-mêmes, pourraient faire jurisprudence. «S’ils fermaient les yeux sur la mauvaise qualité du dossier présenté par le cabinet d’étude mandaté par Vinci, cela créerait un précédent et ouvrirait les vannes pour toutes les mesures compensatoires prévues en France. Si on autorise ce qui est prévu à NDDL, pourquoi l’interdire ailleurs?», s’inquiète un observateur du processus.

 

Dans un document détaillé, établi par le groupe des décompenseurs en lutte[2], l’étude d’impact est taillée en pièces. Extraits: «La compensation pour la fonctionnalité Biodiversité du dossier Loi sur l’eau de l’aéroport n’a été calculée qu’à partir d’un seul groupe des amphibiens. Elle fait donc abstraction de tous les autres taxons. Ont ainsi été ’oubliées‘ les espèces avicoles et piscicoles, les odonates et les lépidoptères, les reptiles, les mollusques et certaines espèces mammifères, comme la loutre d'Europe, dont l'étude aurait dû être incontournable. Ces ’oublis‘ sont justifiés par des arguments non recevables. Notamment les odonates et les lépidoptères ont été balayés parce que ’présentant un moindre intérêt‘». Suit une dénonciation d’une «méthodologie de compensation au rabais, scientifiquement défaillante.» Exemple: «La solution trouvée (…) permet de compenser la perte d’une zone humide jouant un rôle de régulation hydraulique par la conversion d’une culture en prairie, ou bien la conversion peupleraie en boisements alluviaux et pour des surfaces comparables de bénéficier d’une plus-value de compensation. Cette perte de correspondance entre les impacts réels et les mesures compensatoires mises en place ne peut garantir à terme que les fonctionnalités détruites seront compensées.»

 

Une vision de la nature que ne partage pas François de Beaulieu, administrateur de l’association Bretagne vivante. En marge de la portée politique des déclarations de Claude Chéreau, il a été choqué de lire que, selon le président de la Commission du dialogue, «sur la richesse de la biodiversité, je ne suis pas certain que Notre-Dame-des-Landes soit une rareté, comparée à la réserve naturelle du lac de Grand-Lieu». «On voit son incompétence en matière d’écologie. Cela revient à dire qu’on peut raser toutes les chapelles du Morbihan, puisqu’on a une cathédrale dans le département! C’est la vision franco-française de la protection de la nature: on sanctuarise et plus rien d’autre n’existe.» S’il reconnaît qu’il ne serait pas justifié de faire de NDDL une zone naturelle, en revanche l’instauration d’une zone Natura 2000 se justifierait à plein: «L’intérêt de cette zone réside dans son fonctionnement global, avec ses deux têtes de bassin versant, sa vaste zone humide et ses agriculteurs qui vivent de leur métier sans porter atteinte à un bocage qui est devenu une relique».

 



[1] Leurs conclusions auraient dû être rendues à l’automne 2013; elles sont finalement attendues pour la fin du mois de mars.

[2] Qui se définit comme «un groupe de contre-expertise des compensations en pièces détachées et au rabais qui visent à justifier un aéroport injustifié et à marchandiser toujours plus la nature. Il est constitué de naturalistes en lutte,  d’occupant(e)s de la ZAD, de membres d'Attac et de Bretagne vivante, des Naturalistes en lutte, et de citoyen(ne)s concerné(e)s par l'intégrité du site et le retrait des grands projets inutiles.»

 



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