NDDL: les dernières palabres avant la décision

Le 05 janvier 2018 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Un rassemblement est prévu le 10 février sur la ZAD.
Un rassemblement est prévu le 10 février sur la ZAD.

Pendant que Matignon reçoit les élus de tout le Grand-Ouest –pour les préparer à l’abandon du projet?- les opposants murissent l’après-décision, pour tenter de sortir sans violence et par le haut d’une décennie de lutte.

Il n’y a guère que les opposants au projet de Notre-Dame-des-Landes qui ne seront pas officiellement reçus à Matignon dans les 7 jours qui viennent. Car Edouard Philippe consulte en grand, territoire par territoire. Ce 5 janvier, les sénateurs[1] et députés de Loire-Atlantique ont ouvert le bal, suivis des maires et présidents d’intercommunalités impactées par le projet d’aéroport du Grand-Ouest. La semaine prochaine, c’est la Bretagne qui sera reçue rue de Varenne. Tous les parlementaires, présidents de conseils départementaux et maires des principales agglomérations d’Ille-et-Vilaine, Morbihan, Mayenne, Maine-et-Loire et Vendée sont également conviés à rencontrer le Premier ministre, Nicolas Hulot et Elisabeth Borne. Un périmètre qui couvre précisément celui qu’avaient réclamé, en vain, les détracteurs de la consultation organisée en juin 2016 sur le seul département de Loire-Atlantique (et les régions évincées-), au nom de la cohérence régionale.

Hasard du calendrier: c’est le 12 janvier que le Conseil d’Etat doit se pencher sur un recours formé par deux associations opposantes à la construction de l’aéroport à NDDL pour faire tomber la déclaration d’utilité publique (DUP) délivrée en… 2008. Après réflexion, l’Acipa et le Cdépa[3] ont finalement préféré se désister, pour ne pas ajouter à la confusion générale. Et ce d’autant que le juge administratif se prononcerait après la décision élyséenne. Or en cas de construction du nouvel aéroport, il y aura d’autres recours à former… dont celui contre la nouvelle DUP, qui devra prendre la suite de celle de 2008, qui sera échue au 9 février prochain.
 
Faire avaler la pilule?

Des «entretiens», selon la terminologie de Matignon, qui interviennent trois semaines après la restitution du rapport des trois médiateurs, aux conclusions plutôt défavorables à la construction d’une nouvelle infrastructure dans le bocage nantais. «Je vais pouvoir entendre les élus locaux et régionaux sur leur conception de ce qu’il faut faire et ne pas faire, mais aussi sur la façon dont ils interprètent le rapport», a indiqué Edouard Philippe dans un entretien à France 2. Il ne sera pas déçu du voyage: Jean-Claude Lemasson, maire de Saint-Aignan-de-Grand-Lieu et reçu le 12 janvier avec les autres élus membres du bureau du syndicat mixte aéroportuaire du Grand-Ouest, entend bien pointer les impasses du texte, a-t-il expliqué sur BFMTV. Cette «ultime réunion ne sert strictement à rien, sauf peut-être à nous préparer à une décision qui serait mauvaise, et je ne veux pas!», a déclaré le sénateur socialiste Yannick Vaugrenard sur France Bleu Loire Océan. Il a boycotté le rendez-vous.

Copier le Larzac

Le sort réservé à la ‘zone à défendre’ (ZAD), en cas d’abandon du projet semble cristalliser les passions, tant du côté de ceux qui voudraient voir expulsées de cette ‘zone de non-droit’ les 200 à 300 personnes qui y vivent à l’année que de celui des opposants, historiques ou plus récents, qui n’entendent pas abandonner un territoire et des terres agricoles qu’ils travaillent et font vivre. Dans l’appel à rassemblement lancé pour le 10 février prochain, les associations opposantes proposent que «les terres (…) soient prises en charge par une entité issue du mouvement de lutte qui rassemblera toutes ses composantes. Que ce soit donc le mouvement anti-aéroport -et non les institutions habituelles- qui détermine l’usage de ces terres.» Une esquisse de ce que le Larzac a inauguré après l’abandon de l’extension du camp militaire, quand les 6.378 hectares détenus par l’Etat ont été concentrés en 1985 entre les mains des paysans du plateau, dans le cadre d’un bail emphytéotique, renouvelé récemment pour 99 ans. Les opposants à NDDL souhaitent que les quelque 1.000 ha détenus par l’Etat «aillent à de nouvelles installations agricoles et non agricoles, officielles ou hors cadre, et non à l’agrandissement».

La réouverture de la D281

Mais alors que d’aucuns manient avec véhémence la question du «retour à l’ordre public», un autre point de crispation se dessine: la réouverture d’une départementale qui traverse la ZAD. A fort enjeu stratégique pendant l’opération policière ‘César’ de 2012, elle avait été fermée par le conseil général en septembre 2013. La D 281 est aujourd’hui praticable, à condition de respecter les chicanes artisanales semées par les occupants. Faut-il lui conserver sa fonction défensive, en cas de retour des forces de l’ordre? Les discussions sont tendues entre les entités anti-aéroport. Dans une récente tribune, des membres des Naturalistes en lutte estimaient, soutenus par l’Acipa[2], que «le non-rétablissement de la circulation deviendrait le prétexte facile à l’intervention dont rêvent certains. (…) Partout en France, des citoyens se sont battus contre la privatisation des accès. Commencer une aventure collective en refusant le passage à tous ne serait pas digne des idées défendues par le mouvement.» 

 


[1] A l’exception des sénateurs Yannick Vaugrenard (PS), Michelle Meunier (PS) et Joël Guerriau (UDI), qui ont boycotté la réunion.

[2] Acipa: Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes 

[3] Cdépa: Collectif d'élus doutant de la pertinence de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes

 

 



Sites du groupe
Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus