NDDL: le coup de sang (froid) des herpétologues

Le 12 février 2014 par Marine Jobert
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La Grenouille de Lessona, oubliée des déplacements.
La Grenouille de Lessona, oubliée des déplacements.
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Après l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) en janvier, c’est au tour de la Société herpétologique de France –une association agréée dédiée à l’étude des reptiles et des amphibiens- de voler dans les plumes du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Dans une lettre ouverte envoyée à Philippe Martin, trois scientifiques[1] expliquent, du point de vue de ces espèces menacées partout sur la planète, en quoi le bétonnage de ce site serait une catastrophe. Une adresse qui prend une couleur particulière à la veille de la réunion du comité permanent du Conseil national de protection de la nature -exceptionnellement présidé par… Philippe Martin-, qui doit se prononcer sur un ultime arrêté autorisant le déplacement du campagnol amphibie (Arvicola sapidus). Ce rongeur protégé n’apparaissait pas dans les arrêtés publiés fin décembre par le préfet de région.

 

Les scientifiques rappellent d’abord que 10 espèces d'amphibiens et un hybride, et 10 espèces de reptiles –«c'est à dire pratiquement toutes les espèces susceptibles d'être présentes dans ce type de milieu dans cette région!»- ont élu domicile dans ce paysage de bocage serré, «parsemé d’une centaine de mares». «De tels secteurs [sont] devenus aujourd'hui rares au niveau régional, voire national», soulignent-ils. D’autant qu’y ont lieu des rencontres haut sommet entre les espèces: «De telles zones de contact entre espe?ces a? affinite?s bioge?ographiques et climatiques contraste?es sont tre?s rares a? l'e?chelle du territoire national et tre?s localise?es (souvent moins d’1 kilomètre pour les Reptiles). Ce type de zone fait l'objet actuellement d'e?tudes scientifiques importantes qui s'inscrivent dans le cadre des changements climatiques globaux». Un contexte géoclimatique très particulier qui leur fait conclure qu’il serait «illusoire d'envisager de ‘compenser’ la perte ou la dégradation de tels secteurs et des espèces qu'ils hébergent».

 

Puis vient l’étrillage en règle des relevés naturalistes confiés à Biotope, le bureau d’études mandaté par Vinci. Diagnostics écologiques «lacunaires», inventaires des animaux présents «incomplets», fonctionnalités des habitats «insuffisamment évaluées». «Les fonctionnalités ont été considérées non pas espèce par espèce, mais à l'échelle globale ‘des reptiles’ ou ‘des amphibiens’. Cette approche est incohérente d'un point de vue scientifique étant donné les grandes différences de biologie (comportements, stratégies démographiques et reproductrice, etc.) ou d'écologie (utilisation des habitats, besoins thermiques, etc.) des espèces présentes», cinglent les auteurs. Et de donner une leçon de choses au ministre de l’écologie: le pélodyte ponctué se reproduit préférentiellement dans des zones inondables temporaires. Or de telles zones n'ont pas été caractérisées correctement dans les études consultées. A l'inverse, le crapaud épineux préfère les grands plans d'eau stagnante, qu'évitent souvent les pélodytes. «De telles différences sont ‘effacées’ dans les évaluations des impacts et des besoins compensatoires», déplorent-ils.

 

En ligne de mire –comme pour les naturalistes en colère ou les décompenseurs en lutte: les méthodes retenues pour évaluer et compenser les destructions consécutives à la construction de l’aéroport. En résumé, elles seraient totalement inadaptées aux spécificités des reptiles et des amphibiens, tant en termes d’habitat que de structure. «Dans les documents consultés, (…) il s'agit de mesures de surfaces, basées sur une notation par grand type d'habitat. C'est ainsi que se calcule le ‘besoin compensatoire’. Cette approche (…) ne correspond à aucun retour d'expérience en termes de biologie de la conservation.» Quant à réussir le déplacement de certaines espèces, il aurait fallu pour cela anticiper des années à l’avance. «Ce type de mesure ne peut être conduit dans l'urgence car les habitats d'accueil doivent être fonctionnels et exempts de l'espèce déplacée. Si les travaux démarrent au printemps 2014, les conditions de déplacement ne répondront pas à ces critères.» Sans compter l’apparente absurdité des espèces sélectionnées pour le grand déménagement: «Pour ne parler que des amphibiens, cette opération concerne seulement deux tritons, sur dix espèces recensées, soit seulement 20% du cortège. Qu'en est-il des autres espèces présentes, qui sont aussi protégées ainsi que leurs habitats (…) à l'annexe 2 de la convention de Berne?».

 

 



[1] Jacques Castanet, professeur honoraire de l’université P&M Curie, président de la SHF; Olivier Lourdais, chargé de recherches CNRS; Jean-Pierre Vacher, doctorant en biologie, responsables de la commission Conservation

 



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