NDDL: extension naturaliste du domaine de la lutte

Le 04 novembre 2013 par Marine Jobert
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Le campagnol amphibie, espèce protégée.
Le campagnol amphibie, espèce protégée.
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Les petits bêtes vont-elles avoir raison de l’envol des grands oiseaux de fer?... Enjeu politique et économique s’il en est, la construction du futur aéroport du Grand-Ouest à Notre-Dame des Landes est en passe de se muer en un affrontement naturaliste inédit. Le lancement, il y a un mois, par Vinci et par la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) de Loire-Atlantique d’une consultation publique dans le cadre de demandes de dérogation à la destruction d’espèces protégées risque de cristalliser les oppositions au projet. En réponse aux plus de 2.000 pages du dossier déposé par les deux maîtres d’ouvrage, le groupe des naturalistes en lutte met la dernière main à une critique en règle des arguments développés notamment par le cabinet d’études Biotope. «Ils ne s’attendaient pas à une telle contre-expertise, s’amuse l’un des contributeurs. Ils pensaient que la question naturaliste serait marginale et qu’ils pourraient corriger au fur et à mesure.»

Biais méthodologiques et compensation tronquée

Des associations de protection de la nature[1] viennent de solliciter l’autorisation de procéder, accompagnées d’un huissier de justice, à des constats de présence de certaines espèces végétales protégées qui auraient été omises dans le dossier mis à la consultation. Des carences qui s’ajoutent à des reproches méthodologiques. «Chaque spécialiste qui se penche sur l’espèce qu’il connaît bien constate des biais dans les études menées par Biotope. Par exemple, pour le campagnol amphibie, l’étude a été bouclée sur la base de relevés de terrain réalisés en une seule semaine et dans une zone très restreinte, remarque un naturaliste en colère. La compensation proposée ne tient donc pas compte de sa zone de vie réelle, de son cycle annuel et donc des besoins réels de l’espèce.»

Rendez-vous préfectoral le 15 novembre

Le préfet de Loire-Atlantique n’est évidemment pas lié par les critiques des opposants, puisqu’il ne s’agit que d’une consultation publique. Il a toutefois convié le ban et l’arrière-ban du dossier[2] le 15 novembre prochain. A l’ordre du jour: un point d’étape complet de la mise en œuvre des recommandations de la commission de dialogue, et une information détaillée de l’instruction des dossiers «loi sur l’eau» et «espèces protégées». Lors de cette grand-messe, le représentant de l’Etat pourrait annoncer la publication de l’arrêté autorisant le déplacement des espèces. Un acte administratif qui serait immédiatement déféré devant le tribunal administratif par les opposants, ce qui n’aurait pas forcément pour effet de stopper le chantier, sauf à obtenir en référé une suspension de l’arrêté préfectoral. Un enjeu d’importance, les deux maîtres d’ouvrage n’ayant pas de temps à perdre: les espèces doivent être impérativement déplacées avant la fin de l’hiver afin de respecter leurs engagements. Des incursions sur le terrain qui risquent de ne pas être du goût des quelque 300 personnes qui vivent sur la «ZAD» (zone à défendre) et des agriculteurs mobilisés sur les 1.000 hectares convoités. Si le préfet autorisait ces prélèvements, «ce serait la guerre», anticipe un proche du dossier.

 



[1] Bretagne vivante, France Nature Environnement Pays de Loire, SOS Loire vivante, la LPO Pays de la Loire, Eaux et rivières de Bretagne, ERN France

[2] Les deux présidents de conseils régionaux, le président du conseil général, les présidents de communautés urbaines ou d’agglomérations du secteur, tous les maires concernés par le périmètre. Mais aussi les responsables socio-économiques, c’est-à-dire les présidents des chambres de commerce et d’industrie de toute la zone. Tous les représentants de l’Etat impliqués, des sous-préfets aux directeurs de tous les services déconcentrés de l’Etat, sont également de la partie. Tout comme les concessionnaires, les représentants des établissements publics (Ademe, RTE), les syndicats d’employeurs et de salariés, sans oublier évidemment toutes les associations de protection de la nature qui luttent contre le projet.

 



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