Naufrage du Prestige: le procès démarre en Espagne

Le 16 octobre 2012 par Stéphanie Senet
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En France, 1.600 kilomètres de côtes ont été pollués
En France, 1.600 kilomètres de côtes ont été pollués

10 ans après le naufrage du Prestige au large de la Galice (nord-ouest de l’Espagne), le procès de la plus grave marée noire espagnole s’ouvre ce 16 octobre à La Corogne. Une vingtaine de collectivités françaises y sont parties civiles.

La cargaison de ce pétrolier libérien, vieux de 26 ans, a commencé à se déverser dans l’Atlantique le 13 novembre 2002, en pleine tempête. Le navire s’est ensuite brisé en deux et a définitivement sombré 6 jours plus tard.

Avec 77.000 tonnes de fioul à son bord, le pétrolier battant pavillon des Bahamas en a rejeté plus de 60.000 dans l’océan, provoquant une marée noire au large de la Galice, du Portugal et des côtes françaises et détruisant largement l’écosystème marin.

L’Etat français fait partie des nombreuses parties civiles (plus de 2.000) au procès. Il réclame 67 millions d’euros de réparations, pour avoir été touché par la marée noire sur 1.600 kilomètres de côtes. Le syndicat mixte de protection du littoral landais (SMPLL) réclame de son côté 800.000 € de dommages-intérêts. Il regroupe le département des Landes, 17 communes ainsi que les chambres consulaires.

L’évaluation du dommage n’a pas été chose évidente. «Nous sommes loin du compte par rapport aux sommes engagées à l’époque, car on n’est pas en mesure de dresser la facture du travail effectué par nos employés pendant presque un an pour nettoyer les plages», a déclaré à l’agence Sipa Hervé Bouyrie, qui préside le SMPLL. En tant que maire de Messanges (Landes), il estime aussi que sa commune a perdu un tiers de ses ressources fiscales pendant trois ans, à cause du nettoyage des plages, et environ 15% de fréquentation touristique. «On ne sera jamais remboursé, mais vu les anomalies constatées lors de ce naufrage, on se doit de définir les culpabilités pour que ce genre de négligence ne se reproduise plus», a-t-il ajouté.

Quelques communes françaises se sont portées civiles, comme Biscarosse (Landes), la première à avoir déposé plainte, qui demande 60.000 € de dommages-intérêts, ou encore Saint-Jean-de-Luz et Bidart (Pyrénées-Atlantiques), qui réclament respectivement 434.000 et 218.000 €.

D’autres collectivités et organisations ont jeté l’éponge, comme le Comité régional de la conchyliculture de Poitou-Charentes. «Le ministère public espagnol a décidé de ne pas soutenir les parties civiles. Avec la longue durée du procès et son éloignement, nous avions décidé d’y renoncer», explique son directeur Laurent Champeau. Les ostréiculteurs picto-charentais déplorent pourtant avoir dû investir des centaines de milliers d’euros pour rassurer leurs clients.

Sur le banc des accusés: le capitaine grec du Prestige, son premier officier, et l’ancien directeur général de la marine marchande espagnole (qui a tenté de remorquer le supertanker au large, en misant sur une solidification du fioul par 3.500 mètres de fond). En revanche, le 4e accusé (un officier de marine), sera jugé par contumace, la justice ignorant où il se trouve. Tous encourent une peine allant de 4 à 12 ans de prison, pour crimes contre l’environnement.

Le propriétaire libérien du Prestige (Mare Shipping Inc), la compagnie d’assurance britannique (The London Steam-Ship Owners Mutual Insurance Association Limited) et le Fonds international de compensation des pollutions pétrolières (IOPC) devraient voir leur responsabilité civile reconnue. En revanche, ni l’armateur grec, ni l’affréteur suisse, lui-même filiale d’un conglomérat russe aujourd’hui disparu, ne sont poursuivis.

Selon l’avocat de la commune de Biscarosse, Michel Dufranc, «le tribunal risque de ne pas reconnaître les responsabilités de l’Etat espagnol». Il espère toutefois que de lourdes condamnations pécuniaires seront prononcées. Selon les estimations, les dommages se sont évalués à 8 Md€ sur 10 ans.

L’avocat du conseil général des Pyrénées-Atlantiques et des communes de Saint-Jean-de-Luz, Ciboure et Bidart, Pierre Santi, va quant à lui demander la poursuite de l’instruction en France, afin d’avoir un procès dans l’Hexagone, où le préjudice écologique est reconnu (cf. le procès de l’Erika, voir JDLE) contrairement à l’Espagne. A La Corogne, le procès se déroule jusqu’au 29 mai 2013.



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