Nappes phréatiques: une recharge artificielle sous conditions

Le 21 juin 2016 par Stéphanie Senet
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Eaux usées et eaux de surface seront-elles injectées dans les nappes phréatiques?
Eaux usées et eaux de surface seront-elles injectées dans les nappes phréatiques?

Pour s’adapter aux sécheresses et aux pollutions, la recharge artificielle des nappes d’eau souterraine pourrait se développer en France selon plusieurs conditions identifiées par l’Anses[1] dans un avis publié ce 21 juin.



[1] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 

 

Même si la pluviométrie printanière l’a éloigné momentanément, le risque de sécheresse augmente en France sous l’effet cumulé du réchauffement climatique, de l’urbanisation et de l’affluence touristique croissante. Pour compenser la baisse des niveaux des nappes souterraines, la recharge artificielle représente une alternative possible, déjà adoptée par des pays à fort stress hydrique comme l’Afrique du Sud, l’Australie, les Etats-Unis et Israël. C’est aussi un moyen d’atteindre l’objectif européen de la bonne qualité des eaux en 2015, alors que seulement 67% des masses d’eau connaissent un bon état chimique et 90% un bon état quantitatif. Evoquée par le plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc) et étudiée par le BRGM[1], l’hypothèse a fait l’objet d’une auto-saisine de l’Anses en novembre 2012.

A qualité équivalente ou supérieure

Plusieurs techniques permettent de recharger artificiellement une nappe phréatique: l’injection directe par forage lorsque l’aquifère est captif ou l’infiltration quand la nappe est libre. D’un point de vue réglementaire, cette activité est aujourd’hui soumise à autorisation préfectorale, après un examen au cas par cas. Deux types d’eau sont alors utilisés -des eaux usées et des eaux de surface- avec leur lot de contaminants chimiques et biologiques.

«Il faut porter une attention particulière aux traces métalliques, aux résidus médicamenteux et aux composés organiques volatils dès lors que l'on envisage le recours à des eaux usées traitées», explique Jean-Nicolas Ormsby, directeur adjoint de l’évaluation des risques à l’Anses. Si le traitement habituel des eaux usées permet d’éliminer la moitié des substances à plus de 70%, ce n’est pas le cas des pesticides, de leurs produits de transformation (glyphosate, diuron), et des résidus de médicaments (carbamazépine, diclofénac, sotalol). Ceux-ci sont traités à moins de 30%. Ce qui inspire la première recommandation de l’Anses: l’opération ne doit pas altérer la qualité de l’eau de la nappe souterraine ni imposer des traitements supplémentaires par rapport à une eau non rechargée destinée à la même utilisation. L’eau de recharge doit par ailleurs être de qualité équivalente ou supérieure à l’eau souterraine.

 

Usages présents et à venir

Les usages présents ou à venir doivent également être pris en compte. Pour l’Agence, les eaux rechargées doivent être compatibles avec leur utilisation pour la consommation humaine afin de ne pas hypothéquer ces ressources pour l’avenir. Les projets doivent aussi correspondre à un besoin spécifique en eau (manque ou déséquilibre ponctuel). «Il est important de prendre en compte le fonctionnement de la nappe dans sa globalité et de le confronter à l’ensemble des usages de l'eau», souligne Jean-Nicolas Ormsby.

Enfin, le système de recharge doit être «utilisé de façon durable», en permettant notamment une surveillance régulière. Impossible d’ailleurs de déroger aux objectifs quantitatifs et qualitatifs européens.

 

Rares expériences dans l’Hexagone

L’injection directe a fait l’objet de rares expériences en France. L’Agence de l’eau Seine-Normandie relève une opération à Croissy-sur-Seine (Yvelines) à cause d’une demande croissante en eau potable et à une recharge insuffisante de la nappe alluviale. De l’eau de Seine clarifiée par floculation, filtration et ajout de charbon actif a été apportée dans les Sablières. A Flins et Aubergenville (Yvelines), de l’eau pompée dans les nappes a été traitée pour diminuer la concentration en fer et en ammonium avant d’être ré-infiltrée.

Les dossiers de recharge indirecte s’avèrent beaucoup plus nombreux. Ils concernent surtout les effluents épurés des stations d’épuration.

 

 



[1] BRGM: Bureau de recherches géologiques et minières

 



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