Nanotubes de carbone: les chercheurs restent prudents

Le 04 juin 2008 par Claire Avignon
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nanotubeok
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Des toxicologues commencent à étudier les effets sur la santé des nanotubes de carbone. Les résultats montrent qu’ils ne sont pas inoffensifs, mais leur caractère cancérogène n’est pas démontré.

Une équipe de l'Institut de médecine du travail d'Edinbourg vient de publier un article dans la revue Nature Nanotechnology selon lequel l'exposition de souris à des nanotubes de carbone (NTC) conduit à une réaction cellulaire qui, à long terme, peut entraîner l'apparition d'un mésothéliome (1). Ils confirment de précédents travaux de chercheurs japonais parus dans The Journal of toxicological sciences en février (2).

Les NTC forment l'un des 4 états organisés connus du carbone, avec le graphite, le diamant et les fullerènes (molécules en forme de ballons de football). Formés d'une ou plusieurs parois concentriques où les atomes de carbone sont organisés en réseaux d'hexagones, ils sont utilisés pour fabriquer des articles de sport, des écrans plats, des pneumatiques, etc.

«Les images et les résultats obtenus par l'équipe d'Edinbourg sont assez spectaculaires, analyse Francelyne Marano, toxicologue. Mais, attention: ce n'est pas une étude de cancérogénèse. Et il faut être extrêmement prudent, car les souris ont été exposées aux nanotubes de carbone par injection péritonéale, et non par inhalation.»

Or l'inhalation est la principale voie d'exposition soupçonnée. Et l'on ne sait pas encore si cette exposition implique un risque pour l'homme. «On évalue encore mal le passage de la barrière. Des travaux récents sur les nanoparticules estiment qu'environ 1% d'une dose est inhalée. Mais l'on ne dispose pas encore d'informations sur les NTC», continue Francelyne Marano. «On sait qu'ils vont jusqu'aux poumons chez les animaux, mais personne n'a encore vérifié s'ils allaient jusqu'à la plèvre. Or, le mésothéliome est un cancer de la plèvre», précise Jorge Boczkowski, directeur de recherche à l'Inserm.

Pour le chercheur, «les effets sanitaires des NTC sont un domaine nouveau, et ils dépendent beaucoup de leurs caractéristiques physiques comme leur longueur, la présence d'impuretés, de défauts. Il est donc difficile de parler de ces produits d'une manière générale». Ainsi, l'article paru dans Nature Nanotechnology conclut à un risque accru de réaction inflammatoire qui augmente avec la longueur des NTC «multi-parois» testés, et qui est comparée à la réaction provoquée par des fibres d'amiante. De son côté, l'équipe de Dominique Lison de l'université catholique de Louvain a exclusivement étudié des «NTC multi-parois synthétisés par décomposition d'hydrocarbures sur des catalyseurs (cobalt, fer) supportés sur une couche d'alumine». Elle a observé des «activité inflammatoires et génotoxiques en grande partie expliquées par la présence de défauts dans la structure des NTC», mais pas d'«activité cancérogène franche», «contrairement aux fibres d'amiante». Ces résultats belges ont été présentés lors des rencontres scientifiques du 7 mai de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset).

Bien que très peu de données soient encore validées, la plupart des chercheurs demandent une protection et une surveillance des travailleurs exposés.



(1) Craig A. Poland, Rodger Duffin, Ian Kinloch, Andrew Maynard, William A. H. Wallace, Anthony Seaton, Vicki Stone, Simon Brown, William MacNee & Ken Donaldson: «Carbon nanotubes introduced into the abdominal cavity of mice show asbestos-like pathogenicity in a pilot study»: Nature Nanotechnology, Published online: 20 May 2008

(2) Atsuya Takagi, Akihiko Hirose, Tetsuji Nishimura, Nobutaka Fukumori, Akio Ogata, Norio Ohashi, Satoshi Kitajima and Jun Kanno: «Induction of mesothelioma in p53+/− mouse by intraperitoneal application of multi-wall carbon nanotube»: J. Toxicol. Sci., Vol. 33: No. 1, 105-116. (2008)




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