Nanotechnologies: un impact sanitaire toujours aussi flou

Le 03 février 2020 par Romain Loury
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Des particules comprises entre 1 et 100 nanomètres (1 nm = 1 milliardième de mètre)
Des particules comprises entre 1 et 100 nanomètres (1 nm = 1 milliardième de mètre)
© Inra, Josiane Aïoun

Bien qu’imprégnant largement notre quotidien, les effets sanitaires des nanoparticules et leur devenir environnemental demeurent encore largement méconnus. Dans un rapport publié lundi 3 février, le Comité de protection et de précaution estime pourtant que l’enjeu social est minimisé.

Les nanoparticules sont désormais omniprésentes, que ce soit dans les cosmétiques, sous forme d’additifs alimentaires, dans les emballages, dans les textiles, ou dans des matériaux de construction. Du fait de leur petite taille, ces particules peuvent s’immiscer dans le corps humain par de nombreuses voies (inhalation, ingestion, cutanée, placentaire, intraveineuse), s’accumulant dans les organes sans que leur impact à long terme soit réellement connu.

En 2006, le comité de la prévention et de la précaution, désormais un comité spécialisé de la cnDAspe[i], publiait un rapport sur les dangers et les risques liés à ces particules. Parmi ses grandes recommandations, figuraient le recensement des nanoparticules issues des nanotechnologies et les filières de production, la production de nouvelles connaissances, la mise en place de mesures de précaution, ainsi que la prise en compte des aspects sociétaux.

Dans un bilan publié lundi 3 février, soit 14 ans après ce premier rapport, le CPP estime que ces recommandations ont été «partiellement prises en compte», notamment par les ministères concernés (écologie, santé, consommation, etc.), ainsi que par des associations comme France nature environnement et Avicenn.

L’ingestion, question désormais cruciale

Toutefois, de nouveaux défis sont venus s’ajouter au fil des ans. En particulier la présence de nanoparticules dans l’alimentation: l’ingestion n’était même pas mentionnée dans le premier rapport, si ce n’est l’exposition pour les travailleurs. Le sujet semble désormais majeur, alors que l’additif E171 (dioxyde de titane, en partie sous forme nanométrique) est interdit depuis le 1er janvier dans les produits alimentaires, en raison de suspicions quant à des effets sur la cancérogénèse colorectale.

Autre point peu abordé en 2006, l’écotoxicologie. Si ce volet de recherche «s’est largement développé depuis», peu de choses sont connues sur le devenir des nanoparticules dans l’environnement, notamment sur leur photodégradation, leur stabilité en solution aqueuse, le transport entre compartiments et leur biodégradation, note le CPP.

Le comité relève par ailleurs la faiblesse du débat public sur les nanotechnologies, en particulier «un retard dans l’ouverture aux dimensions éthiques (et non pas seulement scientifiques) et à la société dans son ensemble (et non pas aux seuls experts)». Selon lui, il existe «une divergence croissante entre la dynamique scientifique et technique à l’œuvre concernant les nanos, et sa faible prise en charge comme question sociale ou problème public». Résultat, «l’enjeu social des nanos est minimisé – ce sont maintenant d’autres innovations qui font débat, comme la biologie de synthèse ou l’intelligence artificielle».



[i] Commission nationale de la déontologie et des alertes en matière de santé publique et d'environnement