Nanotechnologies: des poissons en très petite forme

Le 29 février 2012 par Romain Loury
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Les nanoparticules pourraient altérer le métabolisme des lipides, selon une étude chez le poisson publiée dans la revue PLoS ONE, qui révèle aussi des perturbations du comportement.

L’agro-alimentaire constitue l’un des domaines où les nanotechnologies devraient rencontrer le plus d’applications, qu’il s’agisse de l’aliment lui-même (additifs, enzymes, arômes, etc.) ou de son emballage. Mais les doutes ne sont pas pour autant levés quant à leur innocuité.

L’étude de Tommy Cedervall, de l’université de Lund (Suède), et ses collègues n’apporte rien de très rassurant à ce sujet. Menés sur des carpes à la lune (Carassius carassius, ou gardon carpé), ces travaux révèlent des troubles physiques et comportementaux dont les implications pourraient être aussi bien environnementales que sanitaires.

Au lieu d’administrer directement aux poissons les nanoparticules de polystyrène, les chercheurs ont reconstitué en aquarium une mini-chaîne alimentaire polluée à la source: ils ont incubé des algues avec ces particules, puis les ont filtrées avant d’en nourrir du zooplancton. Ce sont avec ces larves, filtrées à leur tour, que les poissons ont été nourris.

Deux semaines plus tard, ces poissons étaient devenus très lents, aussi bien pour se déplacer que pour se nourrir (16,6 minutes pour un repas moyen, contre 6 minutes chez les animaux-contrôles). Plus que de la distraction, une «forte perturbation comportementale» selon les chercheurs: «Fait frappant, ces poissons laissaient les larves de Daphnia entrer et sortir de leur bouche sans essayer de les attraper», indiquent-ils.

Lors de précédents travaux, l’équipe a montré que les nanoparticules, quelle que soit leur matière, adsorbaient fortement l’apolipoprotéine A-I (ApoA-I). Présente dans tout le règne animal, notamment chez l’homme, cette protéine sanguine est un acteur-clé du métabolisme lipidique, se fixant au cholestérol et aux triglycérides.

Une affinité qui, pour l’organisme, semble se traduire aussi bien au niveau du taux de lipides que du poids. Alors que les poissons-contrôles maigrissent tout au long de l’expérience -de manière normale, en raison du régime assez maigre qu’ils y reçoivent-, les animaux testés n’en perdaient plus dès la troisième semaine. Selon les chercheurs, l’accumulation de nanoparticules inhiberait l’utilisation par le poisson de ses réserves d’énergie.

«A notre connaissance, c’est la première fois qu’un lien est établi entre la couronne de protéines [celle qui, dans l’organisme, se forme autour de la nanoparticule] d’une part, le métabolisme et le comportement dans le cadre d’un écosystème d’autre part», commentent les chercheurs.

Dans un rapport sur les nanotechnologies publié en mars 2009, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa, fondue dans l’Anses [1] en 2010) reconnaissait la difficulté à évaluer l’exposition du consommateur [2]. Un flou que l’Etat espère dissiper avec le décret sur les nanotechnologies (http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000025377246&dateTexte=&categorieLien=id) paru le 19 février, qui oblige leurs fabricants, importateurs et distributeurs à une déclaration annuelle.

[1] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

[2] Selon un inventaire (http://www.nanotechproject.org/inventories/consumer/analysis_draft/) au 31 mars 2011 dressé par le Project on Emerging Nanotechnologies, 1.317 produits de consommation courante, dont 105 de nature alimentaire, seraient sur le marché, soit une hausse de 521% en 5 ans.



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