Nanoplastiques à la mer !

Le 15 décembre 2017 par Stéphanie Senet
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Les prélèvements proviennent de l'expédition du 7ème continent dans le gyre subtropical de l'Atlantique Nord
Les prélèvements proviennent de l'expédition du 7ème continent dans le gyre subtropical de l'Atlantique Nord

Pour la première fois, des chercheurs français ont identifié des nanoparticules de plastiques dans des prélèvements d’eau effectués au sein du gyre subtropical de l’Atlantique Nord. Leurs résultats ont été publiés le 21 novembre dans la revue Environnemental Science and Technology.

 

La recherche sur les déchets plastique marins a plongé dans l’infiniment petit. Des scientifiques des universités de Toulouse et de Rennes viennent de pointer la présence de nanoparticules de plastiques dans des prélèvements en surface d’eau de mer, réalisés en 2015 au cours de l’expédition 7e continent. «Ces travaux confirment nos premières conclusions obtenues en 2016. Nous avions montré que les microplastiques pouvaient se fragmenter en particules nanométriques grâce à une simulation du rayonnement solaire en laboratoire[1]. Mais cette fois-ci, nous avons travaillé avec de l’eau prélevée dans le milieu naturel», explique au JDLE Alexandra Ter Halle, chercheure CNRS à l’université Paul Sabatier à Toulouse et pilote de l’étude.

 

Entre 100 et 800 nanomètres

Après avoir concentré l’eau de mer (200 fois), les analyses en diffusion dynamique de la lumière ont révélé la présence de particules nanométriques dont la taille varie entre 100 et 800 nanomètres (nm). La spectrométrie de masse a ensuite révélé leur vraie nature. «Leur signature chimique montre qu’elles ne sont pas d’origine naturelle. Nous avons détecté du polyéthylène, du polyéthylène téréphtalate, du polystyrène et du polychlorure de vinyle», commente Alexandra Ter Halle. Ce qui les différencie des micro-plastiques (de 1 à 5 mm), le plus souvent constitués de polyéthylène et de polypropylène.

 

zoom sur les microplastiques

La fragmentation du plastique ne s’arrête donc pas aux microparticules. «Celles-ci ont fait l’objet d’une grande attention des chercheurs au cours des 10 dernières années parce que les moyens techniques existaient pour les quantifier et parce que le risque d’ingestion par le plancton avait été identifié», affirme la chercheure du CNRS. L’une des principales études sur ces particules visibles à l’œil nu a été publiée le 10 décembre 2014 dans la revue PLoS ONE. Elle a révélé que plus de 5 milles milliards de plastiques flottaient à la surface des océans. Les fonds marins sont également touchés, comme l’ont montré les travaux de 15 centres de recherche européens en avril 2014. Au final, toute la colonne d’eau est touchée.

 

Nouvelles pistes de recherches

L’équipe d’Alexandra Ter Halle va désormais plancher sur le processus de fragmentation des plastiques, sur la composition précise des nanoparticules ainsi que sur leur écotoxicologie. «Dès janvier 2018, nous allons lancer un projet financé par l’Anses[2] visant à reconstituer, en laboratoire, des particules aussi proches que possible de la réalité et observer leurs effets sur plusieurs organismes d’eau douce dont des algues, des insectes et des batraciens», précise la chercheure. A suivre.



[1] Gigault J., Pedrono B., Maxit B., Ter Halle A. Marine plastic litter: the unanalyzed nano-fraction. Environ. Sci-Nano 2016, 3 (2), 346-350

[2] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 



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