Nanoparticules dans les peintures: peu de risques de dissémination

Le 15 janvier 2014 par Marine Jobert
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Le pictogramme inventé par l'INRS pour indiquer la présence de nanomatériaux.
Le pictogramme inventé par l'INRS pour indiquer la présence de nanomatériaux.
INRS

Peindre et repeindre sa maison avec des nanoparticules, c’est (déjà) possible. Mais à quel coût pour la santé des humains et des écosystèmes? C’est l’objet d’une étude financée par l’Union européenne. La partie «ravalement» a été étudiée par des équipes suisses, qui concluent à un risque sanitaire minimal. Mais beaucoup d’incertitudes demeurent encore.

Le saviez-vous? Certaines peintures et vernis de façade contiennent des nanoparticules, qui ont des vertus hydrofuges, antifongiques, ou peuvent dégrader certains polluants atmosphériques[1]. Autant d’effets convoités par les industriels, qui s‘inquiètent toutefois de la perception des conséquences sanitaires des nanoparticules par le grand public, ainsi que par les professionnels du bâtiment. C’est dans cette optique qu’a été mené, sur financements européens, le projet «NanoHouse», dans le cadre du 7e programme de recherche.

Particules relarguées

Objectif: générer les données manquantes à l’analyse du cycle de vie des nanomatériaux pour la construction; en particulier sur l’exposition chronique, pour deux types de nanoparticules (argent et dioxyde de titane) contenus dans les peintures et revêtements utilisés en intérieur et à l’extérieur des habitations. Il s’agit des particules réellement relarguées par les nanoproduits (polymères des peintures, ici), étudiées en parallèle des nanoparticules initiales, à travers une exposition directe (aérosols disséminés à l’intérieur des bâtiments) et indirecte (exposition due au relargage des nanoparticules des revêtements extérieurs, transfert vers le sol et les plantes, puis retour vers l’homme à travers les légumes et l’eau potable).

C’est à ce second aspect que s’est consacré l’Empa. Après 42 mois de recherches et 3,1 millions d’euros dépensés par 9 partenaires (en Suisse, Italie, Belgique aux Pays-Bas), l’institution suisse de recherche sur la science des matériaux vient de présenter de premiers résultats, consacrés aux «chances et risques des nanomatériaux dans les revêtements pour façades».

Evacuons le sujet: l’efficacité –et l’utilité- des nanoparticules dans les peintures et vernis ne constituent pas un sujet de recherche. La question centrale, c’est de savoir dans quelles proportions, et éventuellement avec quelles combinaisons, ajouter les nanoparticules dans les peintures et vernis pour atteindre une action effective et tirer parti de leurs «fonctionnalités». C’est là que réside le frein essentiel, aux yeux des industriels.

1 à 2% relarguées

Concernant la dissémination, «seuls 1 à 2% des nanoparticules parviennent dans l’environnement», a évalué Bernd Nowack, qui dirige le groupe «Environmental Risk Assessment and Management» à l’Empa. Des nano qui seraient le plus souvent liées à des particules de peinture de plus grande taille, ce qui réduirait nettement leur action nano-spécifique, assure l’institut. «Nous avons été étonné de voir combien peu sont libérées», a déclaré Bernd Nowack.

Accumulation non évaluée

Sur le plan sanitaire, RAS: les peintures renfermant des nanoparticules ont les mêmes effets sur des cellules du tractus digestif et des cellules immunitaires que les peintures correspondantes sans nanoparticules. Cependant les études toxicologiques menées par Jean–Pierre Kaiser montrent en même temps que les nanoparticules sont absorbées par les cellules: il n’est donc actuellement pas possible de juger définitivement si cette accumulation peut avoir ou non des effets différés, avance prudemment l’Empa.

Intérêt mitigé des nano?

Concernant les risques, un chercheur estime que repeindre sa maison avec des peintures contenant des nanoparticules serait «plus avantageux si cette peinture tenait 30% plus longtemps», puisqu’on aurait économisé un revêtement de peinture entier qui n’aurait ainsi pas à être produit et éliminé. «Cette thèse reste toutefois controversée car souvent une peinture est renouvelée pour des raisons esthétiques et non pas parce qu’elle est défectueuse. Ce qui annule l’avantage de la durée de vie de la nano-peinture», nuance l’Empa. Le problème de l’élimination des peintures, en général, se pose avec plus d’acuité encore pour celles contenant des nanoparticules. Et les pratiques en la matière sont loin d’être irréprochables.

 

 


[1] L’adjonction de dioxyde de silicium à certaines peintures les rend hydrofuges, faciles à nettoyer et résistantes aux griffures. Les oxydes de titane ont une action photocatalytique et sont capables de dégrader les polluants atmosphériques. Les nanoparticules d’oxyde de titane, d’oxyde de zinc et d’oxyde de fer peuvent s’utiliser comme protection contre les rayons ultraviolets et, suivant leur taille, comme protection contre la chaleur. D’autres nanoparticules peuvent être utilisées pour lutter contre les champignons responsables du bleuissement du bois et contre son infestation par les algues.

 

 



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