Nanomatériaux: l’additif alimentaire E171 bientôt interdit

Le 18 mai 2018 par Romain Loury
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Un additif nanoparticulaire
Un additif nanoparticulaire
INRS

Le gouvernement prévoit la suspension d’autorisation de l’additif alimentaire E171, à savoir le dioxyde de titane, d’ici à la fin de l’année, a annoncé Brune Poirson vendredi 18 mai lors d’un déplacement dans le Nord.

 

Présent entre autres dans les chewing-gums, les bonbons, les biscuits, les produits chocolatés et les plats cuisinés, ce colorant blanc suscite de nombreux doutes quant à sa sécurité sanitaire. En cause, une proportion élevée du dioxyde de titane (TiO2) y est de dimension nanométrique, avec des effets physiologiques qui pourraient être délétères.

Un promoteur de cancers colorectaux?

En janvier 2017, une étude de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) menée chez le rat montrait que l’ingestion de nanoparticules de TiO2 favorisait la cancérogénèse colorectale. En avril 2017, l’Anses[i] reconnaissait que ces travaux «mettaient en évidence des effets qui n’avaient pas été identifiés auparavant».

Alors que plusieurs associations demandent son interdiction pure et simple, de nombreuses marques (Carrefour, Super U, Leclerc, Carambar, Lutti, Picard, William Saurin…) ont d’ores et déjà annoncé qu’elles n’utiliseraient plus l’E171. C’est donc en terrain partiellement conquis qu’intervient l’annonce de Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, celle d’une suspension d’autorisation de l’additif d’ici à la fin de l’année.

Un sujet débattu à l’Assemblée

Cette suspension est déjà inscrite au projet de loi issu des Etats généraux de l’alimentation[ii], actuellement en première lecture à l’Assemblée. Elle y a été introduite par voie d’amendements déposés par des députés LREM, textes qui prévoient une suspension du TiO2 dans l’alimentation à compter du 1er juin 2018. L’additif pourra éventuellement être de nouveau utilisé suite à l’avis de l’Anses sur le TiO2, que les associations prévoient «fin 2018 au plus tôt, plus probablement 2019».

La version actuelle du projet de loi, qui sera débattue en séance publique à partir du 22 mai, a retardé cette date de suspension de deux ans, au 1er juin 2020. Un peu tard pour huit associations[iii], qui dans un communiqué publié mardi 16 mai demandent à ce que la suspension intervienne plus tôt. L’annonce de Brune Poirson semble donc leur donner raison.

Bruxelles saisie par la France

Tout en saluant cette annonce, Agir pour l’environnement appelle à l’élargir aux médicaments et aux cosmétiques. «La cohérence voudrait qu’un produit considéré comme potentiellement dangereux soit interdit quel que soit son utilisation», indique l’association.

La France a par ailleurs entrepris des démarches au niveau de l’Union européenne: en février, elle a demandé à la Commission une suspension de mise sur le marché européen des produits alimentaires contenant du E171. Bruxelles a saisi l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) afin qu’elle examine de nouvelles études présentées par la France, en vue d’un éventuel réexamen. En septembre 2016, l’Efsa avait jugé que cet additif ne posait pas de risque sanitaire, mais recommandait de nouvelles études afin de faire la lumière quant à d’éventuels effets sur le système reproducteur.



[i] Agence nationale de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[ii] Projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable

[iii] Agir pour l’environnement, Comité pour le développement durable en santé (C2DS), France nature environnement, Foodwatch, Générations cobayes, Générations futures, Réseau environnement santé, Women in Europe for a Common Future (WECF)

 



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