‘Nage avec’: pour les associations, c’est assez

Le 12 juillet 2017 par Romain Loury
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Le dauphin bleu et blanc, le plus fréquent en 'nage avec'
Le dauphin bleu et blanc, le plus fréquent en 'nage avec'

Nager en pleine mer au milieu des dauphins et des baleines? Appelée ‘nage avec’, cette pratique est proposée depuis le début des années 2000 par plusieurs opérateurs de la Côte d’Azur, sur le sanctuaire Pelagos. Dénonçant une perturbation et un harcèlement des cétacés, plusieurs associations demandent son interdiction.

Le ‘whale-watching’ peut-il tout se permettre? Non, répondent plusieurs associations, dont France Nature Environnement, le Groupe de recherche sur les cétacés (Grec), la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), SOS Grand Bleu et Souffleurs d’écume. Et surtout pas le ‘nage avec’ qui, selon elles, engendrerait un stress pour les animaux, les perturbant dans leurs activités d’alimentation, de reproduction et de soins apportés aux jeunes. D’autant qu’un arrêté de juillet 2011, fixant la liste des mammifères marins protégés sur le territoire national, interdit, entre autres, «la perturbation intentionnelle incluant la poursuite ou le harcèlement des animaux dans le milieu naturel».

Entre trois et cinq opérateurs

En quoi consiste le ‘nage avec’? Contrairement aux ‘whale-watchers’ ayant signé un code de bonne conduite-non obligatoire-, et qui se contentent d’observer les animaux du bateau et à un minimum de 100 mètres, les opérateurs du ‘nage avec’, au nombre de trois à cinq entre Antibes et Mandelieu-La Napoule (selon les interlocuteurs), proposent à leurs clients de s’immerger au milieu des cétacés, équipés d’un masque et d’un tuba.

Pour cela, les vedettes, souvent accompagnées d’avions pour le repérage des animaux, se dirigent directement vers les dauphins et les baleines, leurs passagers sautant dans l’eau alors que l’engin est en marche. Le tout pour un coût d’environ 300 euros la journée, entre 200 et 250 €la demi-journée.

Un éclatement des groupes

«Les animaux ne sont pas consentants: c’est un véritable harcèlement, les bateaux passent une fois, deux fois, trois fois, quatre fois près des cétacés», explique Alexandre Gannier, président du Grec. A chaque passage, les clients replongent, entraînant un éclatement des groupes au fil de l’expédition –une dispersion qui perturbe l’observation par les ‘whale watchers’ traditionnels, déplorent ceux-ci.

«Les opérateurstournent autour des groupes, ils jettent les gens devant les animaux, et ceux-ci sont indiscutablement perturbés», ajoute Patrice Garziglia, capitaine du Papeete II (Beaulieu-sur-Mer). «Les cas où les animaux sont réceptifs pour nager [avec leurs visiteurs] sont très rares: les cétacés ont besoin de temps pour se reposer, pour s’alimenter», renchérit Pascal Mayol, président d’honneur de Souffleurs d’écume.

Contacté par le JDLE, Thierry Pourrère, capitaine de l’Annett à Mandelieu (premier bateau à avoir proposé le ‘nage avec’ au début des années 2000), s’érige contre ces affirmations: «Si vous importunez les dauphins, ils s’en vont. Les animaux que nous voyons ne sont pas stressés. Notre approche est au contraire très positive, il faut que les dauphins soient consentants.»«Depuis la nuit des temps, les dauphins viennent jouer près des bateaux», rappelle son confrère Martial Frémont, capitaine du Cala Rossa, également à Mandelieu.

Quel risque pour l’homme?

Outre la perturbation des animaux, les associations pointent un risque pour l’homme. Si aucun accident n’est survenu à ce jour sur la Côte d’Azur, elles citent le cas de la snorkleuse Lisa Costello, à Hawaii en 1992, qui est parvenue à échapper àla noyade après avoir été happée par un globicéphale noir. S’il existe de rares cas d’accidents de nageurs imprudents, les vidéos de sorties ‘nage avec’ au large de la Côte d’Azur révèlent plutôt des animaux qui jettent parfois un œil aux nageurs, mais pas spécialement désireux d’interagir avec eux.

Très opposé au ‘nage avec’, le ‘whale-watcher’ Patrice Garziglia relativise le risque pour l’homme: «Les baleines sont des animaux extrêmement paisibles. Comme les dauphins, elles restent des animaux sauvages, mais pas si dangereux que cela.» Selon lui, le danger viendrait plutôt du fait de sauter du bateau en marche: «Il y a beaucoup d’excitation à bord, et il y a un risque avec l’hélice.»

Crainte d’une généralisation

Les associations disent craindre que la pratique se répande: «Les gens m’appellent et raccrochent quand je leur dis que je ne fais pas du ‘nage avec’», déplore Patrice Garziglia. «Le sentiment qu’on a, c’est que les gens ne sont jamais satisfaits et qu’ils veulent toujours aller plus loin, vers toujours plus d’adrénaline», observe Pascal Mayol.

Pour Thierry Pourrère, «c’est une petite rancœur» de la part des associations, «qui vivent de subventions» et «sont obligées d’aboyer pour exister», voire une attaque de la part des concurrents directs que sont les ‘whale watchers’ traditionnels –activité également proposée par les associations. «Tout cela n’est qu’une question d’argent: c’est tellement plus commercial de dire aux gens que nous sommes les méchants opérateurs», soupire Martial Frémont.

La préfecture maritime attentive

Que pensent les autorités du ‘nage avec’? Contactée par le JDLE, la préfecture maritime de la Méditerranée, à Toulon, évoque l’arrêté de 2011, et rappelle que sa mission première est de «protéger la vie en mer, aussi bien celle de l’homme que celle de l’environnement». Favorable à «une approche mesurée et équilibrée», elle indique que «la conciliation et la sensibilisation des acteurs va être renforcée, notamment auprès de ceux qui se livrent à cette activité».

Outre le rappel de la loi, la lutte contre de potentiels abus passe par le constat et la sanction, rappelle la préfecture maritime. Pour constater, encore faut-il être présent, observe Alexandre Gannier: «En mer, il n’y a personne, il y a un vrai laisser-faire. L’activité en elle-même n’est pas interdite, mais ces gens sont pourtant en infraction. Et il n’y aucun agent de l’Etat pour le constater sur place.»

Pour Pascal Mayol, il faut «soit interdire l’activité de ‘nage avec’, soit rendre obligatoire le code de bonne conduite du ‘whale-watching’». «La préfecture maritime est prudente là-dessus, ce n’est pas à elle de prendre cette décision, il faut que ce soit géré au niveau national», ajoute-t-il. D’où la pétition lancée jeudi 6 juillet à l’adresse du président Emmanuel Macron: mercredi 12 juillet en milieu d’après-midi, elle avait récolté près de 5.100 signatures.



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