Municipales : la vague verte au plus haut

Le 16 mars 2020 par Stéphanie Senet et Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Sur les trottoirs de Paris, devant un bureau de vote.
Sur les trottoirs de Paris, devant un bureau de vote.
VLDT

Malgré une abstention historique pour cause de pandémie, les écologistes apparaissent comme les vainqueurs du scrutin du 15 mars. Leurs électeurs se sont prononcés sur des thématiques locales (propreté, transports, urbanisme) et globales (climat) et non contre l’action du gouvernement.

Initiée lors du scrutin européen de 2019, la poussée écologiste se poursuit. Et l’ampleur de la vague verte dépasse parfois les espérances des militants les plus blasés. Il y a les résultats attendus. A Bordeaux, la liste de l’écologiste Pierre Hurmic fait jeu égal (+34%) avec celle du maire sortant, le juppéiste Nicolas Florian. 96 voix départagent les deux ténors de la capitale de la Nouvelle Aquitaine.

Encore inconnue, il y a quelques mois, Jeanne Barseghian (EELV) ne devrait pas tarder à se faire un nom. La juriste de 39 ans s’octroie 28% des voix des Strasbourgeois, devant Alain Fontanel (LREM) et la Catherine Trautmann (PS), crédités, chacun de moins de 20%. A quelques encablures de la capitale de l’Alsace, Danielle Dambach (EELV) a, elle, été élue dès le premier tour. Un beau coup de chapeau donné à cet édile, en poste depuis seulement deux ans.

Un premier tour pour des prunes ? Le report annoncé du second tour des élections au 21 juin, qui pourrait être annoncé par le président Macron, pose un problème juridique. Les résultats du premier tour restent-ils valides ou sont-ils annulés de facto? Le débat fait rage chez les juristes, alors que le code électoral ne prévoit pas cette hypothèse. Pour l’ancien professeur Didier Maus, interrogé par Le Monde, les deux tours étant indissociables, le report du second annule automatiquement le premier. Interrogé par le JDLE, Luc Rouban, directeur de recherche au Cevipof, estime aussi qu’il est impossible de conserver les résultats du premier tour, y compris l'élection au premier tour de milliers de maires, au nom de l’égalité devant la loi. Selon lui, «il est préférable de reporter les deux tours et de prolonger la durée du mandat des maires actuels de plusieurs mois, comme cela s’est produit en 2007». Autre possibilité: Marie-Anne Cohendet, de l’université Paris I, imagine une nouvelle loi fixant un second tour dans les 6 mois. Au nom de la «sincérité du scrutin». Une loi qui aura besoin d’être votée par le parlement. Est-ce bien raisonnable en période de confinement?

Eric Piolle bien parti pour rempiler à Grenoble

Dans la préfecture de l’ancienne région Franche-Comté, Besançon, Anne Vignot arrive en tête du scrutin. La cheffe de file de la liste écologiste et d’union de la gauche décroche plus de 31% des voix, loin devant son challenger (LR), Ludovic Fagaut, qui recueille 23,6%. Seul maire écolo d’une ville de plus de 150.000 habitants, Eric Piolle a de fortes chances d’être reconduit à la mairie de Grenoble. L’ancien gestionnaire de risques financiers rafle plus de 46% des suffrages, enfonçant son principal concurrent, l’ancien ministre chiraquien Alain Carignon (19,8%). «Les Grenobloises et les Grenoblois ont voulu manifester qu’ils veulent rester des pionniers», a sobrement commenté le maire.

la surprise lyonnaise

La percée écologiste a surpris dans bien des coins de l’Hexagone. A commencer par Lyon. Seul 1 des 9 arrondissements de la capitale des Gaules a porté la liste LREM du maire sortant en tête. Les 8 autres secteurs sont emportés par l’équipe de l’écologiste Grégory Doucet. De quoi mettre un terme à 19 ans de règne de Gérard Colomb.

Ce ne sera sans doute pas le cas à Rennes. Malgré son excellent score (25%, 10 points de mieux qu’en 2014), l’écologiste Matthieu Theurier ne devrait pas faire (trop) vaciller de son fauteuil la maire Nathalie Appéré. L’élue socialiste dispose de plus de 7 points d’avance sur son principal concurrent. Une alliance des deux n’est pas exclue.

Déception à Nantes où la maire Johanna Rolland a pu capitaliser sur son bilan et la division des écologistes pour virer de cap en tête, avec plus de 31% des suffrages. Soutenue par le sénateur écologiste Ronan Dantec et le député européen Pierre Larouturrou, l’élue anciennement socialiste a largement distancé l’EELV Julie Laernoes, (19,5%). Autre entrée en scène ratée: celle de Jean-Michel Bérégovoye. Longtemps en tête dans les sondages, le leader des écolos rouennais n’a pas bénéficié d’un effet Lubrizol. Le neveu de l’ancien premier ministre est crédité de 23,1% (le double de son score d’il y a 6 ans): 6 points de moins que son adversaire, le socialiste Nicolas Mayer-Rossignol.

échecs à Paris et Montpellier

Deux grandes gamelles, enfin, à Paris et Montpellier. Dans la capitale, le bon score de Yannick Jadot (20%) aux Européennes a fait espérer un printemps vert aux responsables d’EEVL. Hélas, la campagne chaotique de David Belliard n’a jamais vraiment décollé. Crédité au mieux de 15% des intentions de vote, le tombeur de Julien Bayou ne récolte finalement que de 11,6%, en quatrième position et loin derrière Anne Hidalgo (30%) dont il espérait prendre la place.

La palme du ratage revient évidemment aux militants EELV de Montpellier. Des mois durant, le parti écologiste a été donné vainqueur. Las, en pleine campagne, le parti écolo a changé de tête de liste, tout en refusant d’intégrer l’ancien député vert Jean-Louis Roumegas. Avec trois listes concurrentes, les écolos étaient sûrs de se faire étriller. C’est chose faite. Laissant le champ (presque) libre au maire sortant Philippe Saurel, qui devra toutefois triompher d’une triangulaire.

Que retenir de ce scrutin hors normes? Qu’il est représentatif des incohérences de la communication gouvernementale sur la crise sanitaire. D’un côté, les autorités sanitaires incitent les Français à rester confiné, de l’autre, le gouvernement appellent les électeurs à aller voter.

Interrogés dimanche 15 mars par l’Ifop, les deux tiers des citoyens estiment que l’organisation des élections en pleine pandémie est une ânerie. Erreur qui se traduit par une chute historique du taux de participation : 44%, contre 63%, lors du précédent scrutin municipal.

le gouvernement sanctionné?

Aussi critiquables soient-ils, ces résultats ne constituent pas une sanction de l’action du gouvernement. 84% des personnes interviewées par l’Ifop estiment s’être prononcées en fonction d’enjeux locaux. Les trois quarts des sondés précisent n’avoir tenu aucun compte de l’action du président de la République ou du premier ministre avant de glisser leur enveloppe dans l’urne.

Si la bonne gestion financière de la ville, son offre de soin, sa propreté restent les thématiques les plus importantes, «la lutte contre la pollution», l’environnement et «la lutte contre le dérèglement climatique» sont désormais des sujets déterminant pour près d’un électeur sur deux. Exception faite des sympathisants du Modem et des membres des catégories les plus aisées. Après Bayrou, le déluge?