Morts en série de sangliers: les algues vertes suspectées

Le 26 juillet 2011 par Geneviève De Lacour
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La plage de Saint-Maurice est interdite au public
La plage de Saint-Maurice est interdite au public

Sur les plages des Côtes d’Armor, les cadavres de sangliers s’accumulent. Deux semaines après la visite de Nicolas Sarkozy en Bretagne, les algues vertes refont parler d’elles, suspectées d’avoir causé la mort de 15 sangliers depuis début juillet. Les associations de défense de l’environnement réclament des analyses toxicologiques. Elles veulent savoir si les émanations de gaz provenant des algues ont tué une nouvelle fois.

Dimanche 24 juillet, les cadavres de 3 laies et de 5 marcassins ont été retrouvés dans la matinée dans la vase de l’estuaire du Gouessant, tout près de la plage Saint-Maurice à Morieux dans les Côtes d’Armor. Le 7 juillet, à 400 mètres de là, 2 marcassins avaient été découverts sans vie. Depuis, le secrétaire général de la préfecture des Côtes d’Armor vient d’annoncer la découverte ce matin du 26 juillet de 5 nouveaux cadavres, 3 au même endroit, c’est-à-dire sur la plage de Saint-Maurice, et 2 autres sur la plage de la Grandville, à Hillion. Les deux sites étant séparés par l'estuaire du Gouessant.

Ces plages situées en baie de Saint Brieuc, qui est le premier site, en volumes, d’échouage d’algues vertes en France, sont régulièrement envahies par les algues vertes et restent fermées en raison de leur présence.

L'autopsie des deux marcassins morts sur la plage Saint-Maurice début juillet a montré, selon la préfecture des Côtes-d'Armor, qu'ils ont succombé à un étouffement dû à une présence de vase dans les voies aériennes supérieures. «A ce stade d'investigation, les résultats (ndlr, après autopsie) ne permettent pas d'identifier clairement les causes du décès. En effet, les animaux présentent des tableaux cliniques différents, dont la présence de vase dans les voies aériennes supérieures, et des états pulmonaires divers», écrit la préfecture. Celle-ci a donc écarté tout lien entre la mort des animaux et la présence de poches de gaz générées par les algues vertes entassées à proximité.

 
Les résultats des autopsies des 8 sangliers sont attendus lundi en fin d'après-midi. Mais déjà, les associations de défense de l’environnement ont rapidement signalé les lacunes des autopsies qui ne permettent pas à leurs yeux d'écarter la possibilité d'une mort provoquée par l'hydrogène sulfuré (H2S) dégagé par les algues vertes en décomposition: pas de quantification du taux d'H2S dans le sang des animaux, pas d'analyse des poumons pour voir si les alvéoles pulmonaires sont touchées par le H2S, notamment. «La thèse officielle de l'étouffement, évoquée pour les deux premiers marcassins retrouvés morts le 7 juillet, apparaît pour le moins fragile. Elle ne peut expliquer pourquoi l'embouchure du Gouessant est le seul site du littoral français concerné par de telles mortalités d'animaux, d'ailleurs habitués à fouiller le sol pour se nourrir», commente l’association Eau et Rivières dans un communiqué publié le 25 juillet.
 
Avec ces nouvelles découvertes macabres, les services de l'Etat ont accepté pour la première fois d'effectuer des analyses toxicologiques complémentaires dans des laboratoires spécialisés. «On ne peut pas préjuger du résultat. Mais au moins, avec ces analyses, si les résultats sont négatifs, on sera certain d'avoir écarté une hypothèse qui est aujourd'hui une hypothèse plausible, à savoir la mort des animaux par H2S», a commenté Gilles Huet, délégué général d'Eau et Rivières de Bretagne. Car selon-lui, «coïncidence troublante, les seuls sangliers retrouvés morts l’ont été en baie de Saint-Brieuc, l’une des zones les plus touchées par l’échouage d’algues vertes».
 
Les analyses complémentaires porteront sur le contenu alimentaire et sur les tissus des animaux, les poumons et le sang, précise la préfecture, dans un communiqué publié lundi 25 juillet. «Les analyses concernant la présence éventuelle d’hydrogène sulfuré seront effectuées dans un laboratoire spécialisé à Strasbourg, tandis que les analyses toxicologiques auront lieu à Lyon.»
Autre élément troublant, les sangliers ont été retrouvés à proximité du Gouessant. Or, la rivière traverse un plan d’eau, celui de Pont-Rolland, dont les eaux sont touchées par le phénomène d’eutrophisation. Et le délégué général de l’association Eau et rivières de préciser: «le plan d’eau est particulièrement eutrophisé et pourrait avoir favorisé le développement de cyanobactéries dont certaines sont toxiques. Les sangliers ont très bien pu boire l’eau du Gouessant contaminée par les cyanobactéries».
Ces morts successives ont relancé la polémique sur la prolifération des algues vertes et leur dangerosité. Près de 32 000 m3 d'algues vertes ont été ramassés sur les plages bretonnes au 18 juillet, soit un peu plus qu'à la même période l'an dernier (28 271 m3 à la mi-juillet 2010), selon la préfecture de région.
 
«On nous a fait le même coup pour le cheval soi-disant embourbé et asphyxié dans la vase» en 2009 à Saint-Michel-en-Grève, s'énerve en écho André Ollivro, président de l'association Sauvegarde du Penthièvre. Le cheval était en réalité mort des suites d'un œdème pulmonaire lié au dégagement d'hydrogène sulfuré (H2S), comme l'a montré l'autopsie faite à la demande du cavalier.
Sans danger à l'état naturel, les algues vertes émettent, quand elles se décomposent, de l’hydrogène sulfuré extrêmement dangereux pour la santé. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), dans son avis rendu public le 7 juillet dernier, précisait que la seule situation accidentelle qui soit problématique correspond «au perçage d’une croûte recouvrant des algues en putréfaction ou la chute dans une zone où des algues en putréfaction ont pu s’accumuler (vasières par exemple)».
 
Vendredi 23 juillet, un rassemblement a marqué à Binic dans les Côtes-d'Armor le deuxième anniversaire de la mort de Thierry Morfoisse, un chauffeur qui transportait des algues vertes. Il est officiellement mort d'un arrêt cardiaque mais sa famille reste persuadée qu'il a été intoxiqué par les gaz mortels. L'affaire est en cours d'instruction.
 
Les résultats des analyses toxicologiques réalisées sur les sangliers devraient parvenir à la préfecture d’ici 2 à 3 semaines. Pour sûr, ils sont attendus de pied ferme. 


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