Montagne d’or: un peu plus de cyanure dans les rivières guyanaises?

Le 06 juin 2018 par Marine Jobert
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Le plus gros projet minier du pays.
Le plus gros projet minier du pays.

Les opposants au projet de méga-mine dénoncent une modification des bases sur lesquelles sont calculés les rejets de cyanure dans le milieu naturel.

Une coquille dans un texte ou une épine dans le pied? Sur le site du ministère de l’écologie, un projet d’arrêté relatif à certaines catégories d’installations classée pour la protection de l’environnement (ICPE) est en consultation jusqu’au 13 juin. Son objectif? «Corriger, dans plusieurs arrêtés, diverses erreurs matérielles (…) de prescriptions générales.» Dans le contexte tendu du débat public en cours en Guyane sur le projet de la plus grande mine d’or jamais envisagée sur le territoire français (projet de la Montagne d’Or), cette consultation inquiète au plus haut point les opposants. En cause, le type de cyanure à partir duquel sont calculées les valeurs limites d’émission. Avant un arrêté d’août 2017 (celui qui fait l’objet des «corrections»), celles-ci étaient calculées en fonction des cyanures totaux. Depuis le 1er janvier 2018, elles le sont à partir des cyanures libres. Explications.

Cyanures libres toxiques

Il existe au moins deux façons de considérer les cyanures: soit en tant que cyanures libres, soit comme cyanures totaux. Les premiers, qui se décomposent rapidement dans le milieu, peuvent être toxiques par voie orale ou par inhalation. Les seconds sont composés non seulement de cyanures libres, mais aussi de cyanures complexes, dont les ions ont une affinité pour se lier avec différents métaux. «Leur toxicité est masquée», détaille le chimiste André Picot, qui confirme que les cyanures libres sont, eux, «extrêmement réactifs et toxiques.» Or l’arrêté aujourd’hui en vigueur, tout en gardant la même valeur limite d’émission de 0,1 milligramme par litre (mg/l), prévoit de réguler les seuls rejets de cyanures libres, qui ne sont qu'une petite partie des cyanures totaux. Avec quelles conséquences? «L'arrêté a introduit un ‘droit’ à rejeter davantage de cyanures totaux dans l'environnement. On peut l’estimer à 5 fois la quantité potentiellement rejetée, assure le collectif guyanais Or de question.

Effets sur le long terme

Or ces cyanures totaux «sont les plus importants à considérer en termes de pollution potentielle sur le moyen et le long terme», assure le chimiste Christian Michot, membre du réseau ‘Risques et impacts industriels’ de France Nature Environnement et ancien expert d’un établissement public sous tutelle du ministère de l’écologie. «Ne réglementer que le cyanure libre constitue une erreur, car cela revient à occulter une partie de la pollution potentielle. On a besoin d’appréhender la somme des cyanures libres et complexes», complète-t-il.

Revenir à la version antérieure

«L’objectif inacceptable est en fait de pallier les contraintes climatiques et météorologiques de la Guyane qui empêchent le cyanure de se dégrader rapidement, vu les productions titanesques envisagées par la méga-industrie», dénonce le collectif d’associations. «Si le sujet peut sembler anecdotique pour certaines régions françaises, il est fondamental pour la Guyane (…)», car ce changement se traduirait «en dizaines de tonnes supplémentaires de rejets miniers de cyanures totaux.» Les associations demandent que le texte revienne aux dispositions d’avant l’arrêté d’août 2017.



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